00:00 La politique Mathieu Croissandeau, revoilà le serpent de mer de la proportionnelle.
00:05 Oui c'est une idée qui revient sur la table grâce à la présidente de l'Assemblée nationale, Yael Brown-Pivet,
00:10 qui propose d'instaurer une dose de proportionnelle aux prochaines élections législatives.
00:15 Alors je rappelle qu'aujourd'hui on élit les disputés au scrutin majoritaire à deux tours.
00:19 En gros on vote pour des candidats et celui qui rassemble le plus de voix l'emporte.
00:23 Avec la proportionnelle on vote pour des listes et on répartit les sièges entre les listes en fonction de leur score.
00:28 Emmanuel Macron il l'avait promis en 2017, il avait prévu de la faire figurer dans sa grande réforme institutionnelle en 2018
00:34 et puis patatra la grande réforme institutionnelle n'avait jamais vu le jour.
00:37 On était au moment de l'affaire, je ne sais pas si vous vous en souvenez, l'affaire Benalla.
00:40 Du coup Yael Brown-Pivet s'y est attelé avec l'idée d'expérimenter ça dans dix départements les plus peuplés,
00:47 ceux qui envoient le plus de députés.
00:49 Et elle a reçu cette semaine d'ailleurs les différents patrons de groupe à l'Assemblée pour en discuter.
00:54 Ça présenterait quel avantage ?
00:55 De mieux représenter la diversité des sensibilités en France, d'avoir une Assemblée nationale plus au fait, plus conforme à la réalité du pays.
01:04 En gros d'éviter certaines aberrations démocratiques comme ce fut le cas pendant 30 ans par exemple avec le Rassemblement National
01:10 qui avait des millions de voix à la présidentielle mais qui n'avait aucun député à l'Assemblée.
01:14 Ça permettrait aussi de sortir de ce qu'on appelle la culture du fait majoritaire qui fait que pendant cinq ans la majorité a tous les pouvoirs
01:20 et l'opposition n'a rien d'autre à faire que s'opposer car avec la proportionnelle un parti n'aurait pas la majorité à lui tout seul mais serait obligé de composer.
01:28 Mais sauf que Mathieu c'est déjà le cas puisque le RN a aujourd'hui 89 députés, le camp présidentiel n'a pas la majorité à lui tout seul.
01:35 Oui alors ça c'est la particularité des dernières législatives de 2022 qui avaient surpris tout le monde.
01:40 Donc ça veut dire que sans proportionnelle on peut y parvenir.
01:42 Exactement.
01:43 C'est un accident.
01:44 D'ailleurs beaucoup avaient dit "tiens les français on fait comme si la proportionnelle était là".
01:47 C'était un accident, c'était en tout cas inédit dans le paysage et ce qui explique un peu que les opposants comme les soutiens de la proportionnelle jouent aujourd'hui un peu à front renversé.
01:56 Ceux qui la réclamaient comme le RN sont un peu moins pressés de l'avoir appliqué maintenant qu'ils espèrent pouvoir l'emporter aux prochaines législatives.
02:05 Et dans la majorité certains se disent aujourd'hui que la proportionnelle ça pourrait agir même comme un "naître don" c'est le terme qui est employé,
02:11 pour atténuer une prochaine flambée du RN.
02:13 Donc là on est vraiment à front renversé.
02:15 De ce point de vue en fait la proportionnelle c'est un peu un indicateur de bonne santé politique.
02:19 Quand vous vous en sentez fort, vous vous enfichez.
02:22 Quand vous vous sentez faible, vous la proposez.
02:24 Mais c'est pas la panacée la proportionnelle.
02:26 Non c'est pas un système parfait.
02:28 Il y a deux reproches.
02:29 Le premier reproche que lui adressent ses opposants c'est de faire des députés un peu hors sol.
02:34 Parce que plutôt que de ratisser le terrain pour espérer l'emporter dans leur circonscription,
02:37 les candidats ils ratisseraient surtout leur parti pour se faire désigner sur la liste.
02:41 Ça serait une forme de prime aux appareils chic.
02:43 Et certains disent on aurait des députés encore plus déconnectés qu'ils ne le sont aujourd'hui.
02:46 Second reproche, la proportionnelle c'est beau sur le papier,
02:49 mais en pratique ça nécessite un vrai changement de culture politique.
02:53 Un changement d'état d'esprit.
02:55 A l'étranger ça existe, dans les régimes parlementaires vous avez ce qu'on appelle des coalitions,
02:59 des partis qui se mettent d'accord, comme l'Allemagne, après les résultats des élections,
03:02 et sur un programme commun, même s'ils ne sont pas forcément d'accord sur tout, pour gouverner.
03:06 En France on est dans une culture absolument binaire,
03:09 où la majorité décide toujours que l'opposition dit des bêtises, et inversement.
03:13 On n'est pas habitué à composer, on considère les compromis comme des compromissions.
03:17 En fait on n'est pas mûrs.
03:18 La proportionnelle c'est pour les systèmes politiques un peu matures.
03:21 Et quand on voit ce qui se passe à l'Assemblée depuis deux ans,
03:25 on peut craindre en effet que la proportionnelle ne produise pas que de bonnes choses.
03:30 Merci Mathieu.
Commentaires