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  • il y a 2 ans
De ses années d’humiliations et de galère, Yazid Ichemrahen a gardé l’essentiel : la volonté de s’en sortir. La pâtisserie sera son école de vie, exigeant «rigueur, engagement et régularité»

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Transcription
00:00 C'était comme quand t'es en prison et qu'on te dit "va en promenade, tu vois le ciel".
00:04 La cuisine c'était un peu mon ciel à moi.
00:06 Quand j'étais au foyer, j'avais un quotidien qui était plus qu'atroce.
00:13 J'ai quitté ma famille d'accueil, une famille aimante dans une ville de 500-600 habitants à Chouyi,
00:18 pour retrouver un foyer où au final t'es plongé, mélangé avec tout type de personnes.
00:24 Quand t'es jeune, t'es au foyer, tu te demandes un peu ce que tu fais là.
00:27 Tu penses que ton destin est automatiquement différent et t'es en colère contre la terre entière.
00:32 La pâtisserie en fait, c'était mon seul échappatoire.
00:35 C'était la chose qui m'a permis de m'auto-valoriser.
00:38 Quand j'allais dans la cantine de mon foyer avec le cuisinier qui était là pour nous faire à manger,
00:52 souvent des plats qui étaient abondants, c'était les macédoines en sceau.
00:57 Et moi je me rappelle que je le rendais complètement fou.
01:00 Parce que c'était un cuisinier qui était là pour nourrir 100-150 enfants.
01:04 Donc avec toute cette petite organisation.
01:06 Et moi comme je rêvais à de grandes choses et à la pâtisserie,
01:08 je lui faisais acheter plein de choses, des œufs, de la farine, du chocolat,
01:13 et tout ce qui coûtait un peu trop cher, en plus même pour le budget du foyer.
01:16 Et mes après-midi j'allais les passer en cuisine avec lui, à lui saloper toute sa cuisine,
01:21 parce que je travaillais comme un petit cochon à l'époque.
01:24 Les 3 ou 4 heures par jour que je passais dans cette cuisine au foyer,
01:28 c'était comme quand t'es en prison et qu'on te dit "va en promenade, tu vois le ciel".
01:34 Et bien moi, la cuisine c'était un peu mon ciel à moi.
01:37 Pendant beaucoup de semaines je demandais à mes éducateurs si je pouvais faire des gâteaux pour le réfectoire.
01:43 Comme j'étais assez turbulent, ils ne me faisaient pas confiance, ils ne voulaient pas.
01:46 Et un jour je les ai offerts au directeur.
01:48 Et c'est ça qui m'a permis de faire les gâteaux au réfectoire.
01:52 Ça m'a appris une très grande leçon.
01:54 Ça m'a appris qu'il fallait montrer et faire découvrir ce qu'on a fait,
02:00 plutôt que parler de ce qu'on va faire.
02:02 Et en fait, dans toute ma vie, c'est comme ça que j'ai procédé.
02:06 Avec un simple gâteau, la farine, des œufs, du chocolat et de la crème,
02:10 on peut entrer chez n'importe qui, dans le monde, partout.
02:14 J'ai eu un petit frère qui est décédé à l'âge de 1 mois et demi, 2 mois.
02:18 J'étais complètement dérouté à l'époque, je devais avoir 13 ans, 14 ans.
02:22 Et il se trouve que mes éducateurs me laissaient faire beaucoup de gâteaux dans le réfectoire.
02:27 Et à ce moment-là, on m'a fait beaucoup plus de compliments.
02:30 Alors je ne sais pas si c'est parce que je venais de vivre un truc atroce,
02:33 ou c'est parce que mes gâteaux étaient vraiment très bons.
02:36 Mais je pense qu'il y avait un peu des deux.
02:39 La pâtisserie c'est aussi un vecteur d'émotion.
02:40 Mais à ce moment-là, c'est mes premiers forts souvenirs en pâtisserie.
02:46 Parce que c'est, je pense, avec le recul,
02:49 à ce moment que j'ai compris à quel point faire des gâteaux,
02:52 dans une cuisine, un laboratoire, pouvait me sauver la vie, très clairement.
02:56 C'est devenu une petite addiction depuis ce jour-là, je pense.
02:59 [Musique entraînante diminuant jusqu'au silence]
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