00:00 -Eh bien ça, en fait, on est nombreux, je pense, à avoir une éducation vaguement catholique,
00:04 même si moi je n'allais pas à la messe quand j'étais petite,
00:07 mais j'ai l'impression que ce qui m'a été donné était quelque chose d'extrêmement mortifère,
00:12 de "on est pécheur, on est mauvais, etc., il faut toujours s'améliorer",
00:16 qui correspond, pas si paradoxalement que ça, mais à notre société d'ultra-consommation,
00:22 il faut toujours faire mieux, il faut toujours être plus fort,
00:24 comme si on était tous des frigidaires qui devaient avoir toutes les options.
00:27 Et en fait, là, j'ai découvert un vrai renversement, d'ailleurs le prêtre à la fin me le dit,
00:32 il me dit "mais il y a deux façons de voir la religion, soit de façon totalement idolâtre, dit-il,
00:37 où on s'imagine que si on agit très très bien, Dieu va nous aimer,
00:40 alors c'est même comme si nous on manigançait un peu avec lui,
00:44 soit une autre façon où tout nous vient de Dieu, quoi qu'on fasse,
00:48 et alors du coup tout ce qu'on a à faire c'est être le mieux possible, le mieux dans sa vie, dans sa...
00:54 Voilà, moi je compare ça avec la permaculture un petit peu,
00:57 puisque vous voulez pas parler d'environnement, mais quand même c'est important, pardon,
01:00 mais juste pour dire que, effectivement, si on est dans les bonnes conditions,
01:05 c'est tout ce qu'on attend, nous c'est là qu'on donne les meilleurs fruits, en réalité, et pas en se...
01:08 - J'ai appelé mon amoureux ce matin pour lui dire que vraiment, cette fois c'est sûr,
01:11 ces cinq prochaines que je jure, je ne l'appellerai plus, ni lui, ni personne.
01:15 Bah, tu m'appelles si t'as un souci de notre côté, tu sais, il va pas se passer des choses folles en cinq jours.
01:20 - Ok, c'est pas grand chose mon truc, en fait, c'est juste revenir aux années 80, n'empêche,
01:25 j'ai l'impression d'être en cure de désintoxication, tellement c'est dur de ne plus parler,
01:29 mais c'est vrai qu'on est avec soi dans ses pensées, et en fait, l'expérience que vous vivez,
01:35 je sais pas si vous êtes resté cinq jours avec vous-même sans parler depuis que vous êtes né, les uns les autres.
01:42 Personne ne fait ça, ou très peu de gens le font, et en même temps on a la tentation de le faire.
01:46 - Mais ce qui est fort, c'est de le faire, on peut le faire tout seul, il y a tellement de gens seuls dans notre société,
01:50 mais ce qui est fort, c'est de le faire au milieu des autres. C'est ça qui est dingue.
01:54 Parce qu'en fait, moi je suis journaliste comme vous, on a envie de parler tout le temps, de poser des questions,
01:59 et même c'est plutôt, moi je croyais que c'était généreux, mais en réalité, ça laisse l'autre dans une grande liberté,
02:04 c'est très respectueux. Et hier, je lisais une phrase de Bukowski qui dit "il n'y a que les fous et les solitaires qui peuvent être eux-mêmes".
02:11 Et c'est vrai, parce que quand vous êtes seul, vous avez rien à... en fait, vous sortez du plaire.
02:17 - C'est exactement ça, c'est-à-dire que, bon, je dis Dieu, mais voilà, on l'a vu, si vous voulez,
02:22 on vous demande juste d'être heureux, d'être vous, et de sortir du plaire.
02:25 Et il me semble qu'on est dans une société, surtout pour les femmes, peut-être que je me trompe,
02:28 mais il me semble qu'on nous impose cette injonction comme ça, folle, de toujours plaire, toujours convenir.
02:34 C'est abominable quand vous y pensez, non ? Enfin, je sais pas, moi...
02:37 - Vous m'avez là, vous vous rendez compte d'une expérience, mais est-ce qu'il y a eu différentes faces pendant cette semaine ?
02:41 - Ah mais totalement, oui, oui.
02:42 - La première face où vraiment vous résistez, parce que c'était...
02:44 - Ah non, mais bien sûr.
02:45 - ...c'était radicalement différent de la vie que vous meniez,
02:47 puis une face d'acceptation et peut-être une face d'abandon, peut-être ?
02:50 - Le premier soir, j'ai même regardé Netflix, pour tout vous dire, tellement j'étais pas du tout dedans,
02:54 et je me disais "mais qu'est-ce que je fais ?"
02:56 - T'aurais pu regarder MyKanal, t'en casse un.
02:58 - Oui, je suis désolée, je suis désolée, pardon.
03:00 - J'aurais préféré.
03:02 - Excusez-moi. Mais donc voilà, j'étais là, tout le monde, avec sa soupe, comme ça, en silence.
03:06 - Le silence absolu pendant les repas, y compris ?
03:08 - Oui, avec juste une cantate de bac.
03:10 - Le sel, enfin, pardon.
03:12 - Le sel ?
03:13 - Le silence absolu.
03:15 - Ah, pas "small sel", non, c'est genre comme ça.
03:17 - C'est très agréable.
03:19 - C'est très agréable, au début, pas tellement.
03:21 Et après, effectivement, on rentre dedans.
03:23 On rentre dedans, je dis, comme dans un bain, un petit peu,
03:25 et puis après, ça devient d'une puissance folle,
03:29 parce qu'en réalité, effectivement, on avait très peu de cours,
03:31 trois fois par jour, une demi-heure.
03:33 On rencontrait un accompagnant, comme ça,
03:35 pendant une heure, l'après-midi.
03:37 Et c'était un peu...
03:39 On ne fait que prier, profiter de la nature,
03:41 parce que c'était dans le golfe du Morbihan,
03:43 qui est un endroit absolument sublime.
03:45 Et je pense aussi que c'était un écrin qui permettait d'entendre...
03:47 - Mais on peut y aller tous, là.
03:49 - On peut tous y aller.
03:51 - On appelle ça des cellules, j'imagine.
03:53 - Oui, on est dans une petite cellule,
03:55 comme un moine, avec un petit lit.
03:57 C'est le paradis, ça, non ?
03:59 Je pense que plein de gens rêvent de ça, non ?
04:01 - Oui, d'être dans une cellule avec un moine, ça, c'est...
04:03 - Non, mais je veux dire,
04:05 vous savez, juste trois habits,
04:07 rien à approuver,
04:09 c'est vraiment la simplicité.
04:11 Un tilleul en face de vous, la mer au loin.
04:13 Et donc c'était un écrin
04:15 qui vous permet d'entendre ces paroles,
04:17 parce que ça parle quand même de Jésus,
04:19 mais ces paroles folles, complètement révolutionnaires,
04:21 et qui vous rendent hyper heureux, en réalité.
04:23 Et moi, j'ai essayé avec Philippe
04:25 de reproduire un peu cet écrin,
04:27 pour le refaire.
04:29 Parce que des phrases qu'on a trop entendues,
04:31 on ne les entend plus, en réalité.
04:33 [Musique]
04:36 [SILENCE]
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