00:00 -Il a créé une des surprises des dernières législatives
00:03 en battant Manuel Valls
00:05 dans la circonscription des Français installés en Espagne.
00:08 Depuis cette victoire,
00:10 mon invité fait un peu figure d'électron libre de la majorité.
00:13 Musique de tension
00:15 ...
00:27 Bonjour, Stéphane Vogeta. -Bonjour, Clément Méric.
00:30 -Vous ne faites pas partie de ces députés
00:32 qui se sont passionnés pour la politique.
00:34 A l'adolescence, votre conscience politique
00:37 ne s'est pas éveillée en lisant Marx ou Jean-Paul Sartre,
00:40 mais en écoutant Jean-Jacques Goldman.
00:42 Et Jean-Jacques Goldman, c'était lié un peu à vos rêves d'ailleurs,
00:46 à votre envie de vous échapper de votre milieu social.
00:50 -Envoie-le-moi là-bas,
00:52 à la fois la volonté de sortir
00:55 d'une certaine assignation à résidence,
00:57 la volonté aussi d'aller découvrir les ailleurs,
01:00 ces ailleurs qu'on voit parfois à travers des écrans,
01:03 qu'on entend sur des radios,
01:04 mais qu'on a du mal à saisir quand on est un adolescent
01:07 qui vit dans une petite ville de province,
01:10 dans une région qui n'est pas la plus reluisante de la France.
01:13 -Vous avez grandi dans une famille de quatre enfants,
01:16 élevés par une mère célibataire
01:18 dans un quartier populaire de Toul, en Lorraine.
01:21 Et donc, vous expliquez que vous avez mis en place
01:24 un plan d'évasion. C'était quoi, votre plan ?
01:27 -Non, le plan d'évasion, c'était prendre conscience,
01:30 à un moment, et assez jeune, d'ailleurs,
01:32 que ma vie ne pourrait pas et n'allait pas se dérouler
01:35 intégralement dans le périmètre proche,
01:37 géographiquement parlant, de l'endroit où j'étais né.
01:40 -C'était de faire une école de commerce ?
01:43 -De partir d'une manière ou d'une autre.
01:45 Rapidement, je me suis rendu compte que la meilleure porte de sortie,
01:49 c'était l'éducation, le système d'éducation républicaine,
01:52 l'élitisme républicain à la française,
01:55 les études supérieures, voire même passer
01:57 par la voie royale des grandes écoles.
01:59 -Pour vous, ça a été l'ESSEC,
02:01 une des grandes écoles de commerce en France.
02:04 Vous vous êtes évadé très vite, en effet.
02:06 Vous avez quitté Toul, mais la France,
02:08 vous avez passé six mois en Italie, sept ans à Londres, je crois,
02:12 et à partir de 2005, vous avez posé vos valises à Madrid, en Espagne.
02:16 Vous faites partie de ces Français qui ont choisi
02:18 de faire leur vie à l'étranger.
02:20 C'est le goût de l'aventure, prise de risque ?
02:23 -J'ai envie d'offrir parfois à sa famille
02:25 une nouvelle vision des choses, une nouvelle expérience de vie,
02:29 offrir à ses enfants une expérience d'expatriation
02:31 et aller à la recherche d'opportunités professionnelles
02:35 qu'on ne trouve pas forcément en France.
02:37 -Vous, ça a été d'être banquier d'affaires chez UBS.
02:40 Ca vous a permis de travailler au sauvetage
02:42 de la dette publique espagnole, notamment pendant la crise de 2008.
02:46 Vous avez développé des activités de conseil stratégique et financier.
02:50 Vous vous engagez pour Emmanuel Macron,
02:52 alors que la politique était en dehors de votre vie.
02:55 -Effectivement, moi, j'ai été très longtemps
02:57 à la marge de la politique.
02:59 J'avais eu un très bref engagement politique au début des années 2000.
03:03 D'ailleurs, après le 21 avril 2002,
03:05 je m'étais engagé à la section londonienne du PS.
03:08 J'ai très rapidement perdu l'intérêt pour cet engagement
03:11 en voyant des choses qui ne me correspondaient pas,
03:14 qui ne correspondaient pas à mes aspirations.
03:16 Quelques années plus tard, j'étais à Madrid,
03:19 j'étais actif et connu dans la communauté française.
03:22 On est venu me chercher pour faire la campagne des primaires
03:25 d'Alain Juppé, en me demandant de former un comité de soutien.
03:29 Ca n'a pas été couronné de succès, comme vous le savez.
03:32 Et puis, quelques mois, quelques années plus tard,
03:35 la candidate investie par Emmanuel Macron
03:38 pour être candidate d'en marche législative
03:41 dans ma circonscription m'a proposé d'être son suppléant.
03:44 -Samantha Cazbon, qui a donc été élue.
03:46 Vous êtes devenue son suppléant.
03:48 Et puis, en 2021, Samantha Cazbon a décidé
03:51 de se présenter au sénatorial. Elle a été élue.
03:53 Dans ce cas de figure, c'est son suppléant ou sa suppléante
03:57 qui la remplace à l'Assemblée.
03:59 Vous auriez pu refuser.
04:01 Est-ce que vous avez hésité ? -Pas du tout.
04:03 -C'est un changement de vie radical, pour vous.
04:06 -Oui, effectivement, mais c'était quelque chose
04:09 auquel je m'étais préparé.
04:10 D'abord, parce que j'ai une vie qui a été structurée
04:13 autour de quelques grandes décisions.
04:15 A 22 ans, j'ai décidé de quitter la France
04:18 pour vivre et travailler à l'étranger.
04:20 A 38 ans, j'ai décidé de quitter le confort relatif
04:23 du travail salarié pour devenir entrepreneur.
04:25 Ca m'a fait gagner une certaine indépendance financière,
04:28 mais aussi une flexibilité dans l'organisation de ma vie.
04:32 J'ai pu dédier du temps à des activités associatives, bénévoles.
04:35 Finalement, le jour où la politique a pu commencer
04:38 à prendre plus de place dans ma vie,
04:40 j'avais le temps de donner cette place à la politique.
04:43 Quand l'opportunité assez inattendue s'est présentée
04:46 pour me dire que j'allais devenir député,
04:48 c'est une occasion exceptionnelle de voir de l'intérieur
04:51 ce système sur lequel j'avais une certaine méfiance,
04:54 et voir même participer à faire bouger les choses
04:57 sur le temps bref qui m'était imparti.
04:59 -Bref, parce que vous avez été député pendant un an à peine,
05:03 jusqu'au législatif de 2022.
05:05 Alors, en 2022, vous vous prépariez à faire campagne
05:08 pour être réélu, sauf que le 3 mai au soir,
05:11 Le Figaro a annoncé que Manuel Valls serait le candidat
05:14 de la majorité dans cette circonscription.
05:16 Vous avez réagi publiquement sur les réseaux sociaux,
05:19 en répondant aux tweets du Figaro, en expliquant "pas que je sache".
05:23 Vous n'aviez pas du tout été associé à cette décision,
05:26 vous n'avez pas prévenu. -Pas du tout.
05:28 Les personnes à qui je parlais à Paris,
05:31 qui étaient relativement bien placées
05:33 pour me donner des informations fiables,
05:35 à aucun moment m'ont indiqué que ça pouvait être un risque.
05:39 On connaissait les rumeurs, mais à aucun moment
05:42 m'ont indiqué que ça pouvait être un risque.
05:44 -Et comment vous l'avez pris ?
05:46 C'était un peu balayer d'un revers de main
05:48 tout le travail que vous aviez pu fournir pour la majorité.
05:51 -J'essaie de ne pas le prendre personnellement.
05:54 Je l'ai pris comme le poids de cette personnalité de Manuel Valls,
05:58 qui avait quand même une réputation et des contacts
06:01 et un entrejean dans la classe dirigeante
06:03 et dans le macronisme,
06:05 qu'à l'évidence, je n'avais pas et je n'ai toujours pas.
06:08 Mais en l'occurrence, je l'ai pris comme un signe du destin.
06:11 -Vous êtes parti en candidat dissident de la majorité.
06:14 Vous vous êtes toujours présenté comme restant au sein de la majorité.
06:18 C'est un peu gonflé de faire ça face à un ancien Premier ministre
06:22 quand vous étiez "que suppléant".
06:24 -Oui, effectivement, je n'étais que suppléant,
06:26 mais malgré ça, j'avais été élu local,
06:29 j'avais été élu par mes concitoyens français
06:31 en tant que conseiller des Français de l'étranger.
06:34 J'avais des retours, d'abord, favorables et positifs
06:37 quant à mon action comme député
06:39 pendant la brève année durant laquelle j'avais exercé ce mandat.
06:43 Surtout, j'avais reçu un flot de commentaires
06:46 et d'encouragement à me présenter
06:49 et à résister à l'injonction présidentielle,
06:51 suite à l'investiture de Manuel Valls.
06:54 Rapidement, j'ai pris la décision que je devais maintenir.
06:58 -Vous êtes donc lancé dans un immense tour
07:00 de votre circonscription,
07:02 Espagne, Portugal, Monaco, plusieurs milliers de kilomètres.
07:05 A quel moment avez-vous senti
07:07 que vous aviez votre chance face à Manuel Valls ?
07:10 -Tout de suite. J'ai démarré cette aventure
07:12 avec la conviction que j'allais gagner.
07:15 -Qu'est-ce qui vous a donné ce sentiment, cette conviction ?
07:18 -D'abord, la connaissance du corps électoral
07:21 que je représente et auprès duquel je me présentais,
07:24 les Français d'Espagne et du Portugal,
07:26 qui ont exprimé, dans un millier de messages
07:29 que j'ai reçus en quelques jours, un rejet énorme de Manuel Valls,
07:33 motivé notamment par son expérience malheureuse
07:36 à l'élection municipale de Barcelone,
07:38 pendant laquelle il est un peu retombé dans les travers
07:41 qu'on a pu lui voir exercer dans le passé,
07:43 avec des changements d'attitude,
07:46 un discours qui n'est pas toujours très clair,
07:50 une trahison à la moitié du guet,
07:54 par un passage d'un bord politique à l'autre.
07:57 Du coup, il y a eu un énorme rejet qui s'est généré,
08:00 une défice de popularité... -Vous en avez tiré profit.
08:03 -Vous avez été élu avec plus de 57 % des voix,
08:05 et on a l'impression qu'après cette élection,
08:08 c'est un nouveau Stéphane Vogeta qui est apparu,
08:11 qui a été un peu transformé, presque libéré politiquement.
08:14 C'est comme ça que vous l'avez vécu ?
08:16 -Tout à fait. C'est ce que je me suis dit
08:18 au moment de l'investiture de Manuel Valls.
08:21 Je me suis dit que ce n'était pas prévu,
08:23 que ça allait être compliqué, mais je sais que je peux gagner
08:27 cette élection et si je la gagne, tout changera.
08:29 Je sais que je serai accepté par la majorité présidentielle
08:33 et parce qu'ils ne pourront pas faire l'économie d'un député de plus.
08:36 -Vous avez été réintégré dans la majorité,
08:39 vous avez fait le choix d'être apparenté au groupe,
08:42 de ne plus être membre à part entière.
08:44 -Oui, j'ai été exclu d'un parti politique,
08:46 je ne vais pas retourner dans ce parti politique,
08:49 même si, sentimentalement, ce sont mes amis,
08:52 donc je retourne auprès d'eux, mais c'est la manière la plus efficace
08:55 d'être dans la majorité. En étant apparenté au parti majoritaire,
08:59 c'est là qu'on a le plus de capacité d'agir.
09:02 -Vous avez fait une loi pour encadrer les influenceurs
09:05 sur les réseaux sociaux et vous avez commencé à échanger
09:08 avec le rappeur Booba sur les réseaux,
09:10 parce qu'il est entré en guerre contre les "influx voleurs".
09:13 Il y a un tweet sur lequel je suis tombé,
09:16 le 25 avril 2023. Il vous a adressé un message,
09:18 il a été vu par 1,3 million de personnes.
09:21 C'est énorme.
09:22 C'est pour ça que vous vous êtes tourné vers lui ?
09:25 C'était pour élargir votre audience ?
09:27 -Non, Booba, en fait, il fait partie de ces lanceurs d'alerte
09:31 dont les messages m'ont été relayés au début.
09:33 C'est pour ça que je me suis, en juillet-août 2022,
09:36 juste après l'élection, saisi de ce sujet,
09:38 car j'étais alerté sur les réseaux sociaux,
09:41 sur le fait qu'il y avait des influenceurs
09:43 qui faisaient des victimes à travers leur conduite.
09:46 Booba était un de ces lanceurs. -Le problème avec Booba,
09:49 c'est qu'il est parti en guerre contre Magali Berda.
09:52 A l'époque, Magali Berda, c'était la reine des agents d'influenceurs.
09:55 Elle a déposé plainte contre lui pour cyberharcèlement.
09:59 Quand vous vous êtes retrouvé face à Magali Berda,
10:01 sur le plateau de l'LCP, ça a donné lieu à un échange tendu.
10:05 On va en revoir un extrait.
10:06 -La communauté de Booba, qui est à mes trousses
10:09 avec plus de 100 000 menaces de mort,
10:11 vous en faites partie, ouvertement.
10:13 Vous préférez, en termes d'exemple,
10:15 moralité, adhérer aux paroles des chansons de Booba
10:18 qui sont complètement sexistes et ignobles
10:21 et qui encouragent la haine, la violence et le meurtre,
10:24 ou vous préférez une personne comme moi ?
10:26 -Alors, lors de la conversation que j'ai eue avec lui,
10:29 j'ai reconnu et je lui ai dit que je l'avais utilisée,
10:33 tout comme cette communauté m'utilisait, moi,
10:36 en tant que parlementaire, pour essayer de faire porter un message.
10:39 -Magali Berda vous a reproché de jouer les chevaliers blancs,
10:43 mais d'avoir des pratiques un peu limites sur Internet.
10:46 Est-ce qu'à trop vouloir casser les codes de la communication,
10:49 vous avez pas fini par franchir la ligne rouge
10:52 en faisant copain-copain avec quelqu'un comme Booba ?
10:55 -En l'occurrence, ce jour-là, Magali Berda a émis
10:58 des accusations assez fortes.
10:59 Elle m'a traité, moi, parlementaire d'un harceleur,
11:02 clairement, et elle a émis certaines accusations
11:05 très spécifiques, en disant que je parlais constamment d'elle
11:08 sur les réseaux... -Vous aviez retweeté
11:11 des messages de Booba. -Oui, qui l'insultaient,
11:13 ce qui était strictement faux.
11:15 Et donc, effectivement, moi, je comprends très bien
11:18 la problématique du harcèlement en ligne,
11:21 la violence en ligne, le harcèlement en ligne,
11:23 c'est un problème grave. En revanche,
11:26 tenter de se dissimuler
11:29 ou se cacher derrière des accusations de harcèlement
11:34 pour éviter de répondre à sa responsabilité
11:36 vis-à-vis de ses agissements et des agissements des personnes
11:40 que l'on contrôle parce qu'on gère une agence,
11:42 je ne trouve pas ça correct. -On va passer à notre quiz.
11:46 Vous allez devoir compléter les débuts de phrases
11:48 que je vais vous proposer.
11:50 "La France devrait s'inspirer de l'Espagne pour..."
11:53 -"Pour la joie de vivre qu'elle inspire au jour le jour."
11:57 -"Être expatrié, c'est renoncer à..."
12:01 -"C'est renoncer à un pan de son passé
12:06 et à des liens réguliers avec sa famille."
12:08 -Donc, il y a quand même une part qui peut être douloureuse.
12:12 -Bien sûr, il y a toujours un pan de nostalgie et de regret.
12:15 Je me rappelle toujours la chanson de Michel Polnareff,
12:18 "L'être à France", qui l'exprime très bien.
12:21 Enfin, "Et même s'il faut partir, changer de terre ou de trace..."
12:24 Je vous laisse compléter la suite.
12:26 Rires
12:28 Vous devinez de quoi il s'agit ?
12:30 -C'est Jean-Jacques Goldman. -Bien vu.
12:32 -Et ça rime avec "espace".
12:33 J'avoue que j'ai perdu la citation complète.
12:37 -On va la voir s'afficher.
12:38 "S'il faut chercher dans l'exil, l'empreinte de mon espace."
12:42 Extrait de "Envole-moi".
12:44 -Envole-moi.
12:45 -Il faut que vous réécoutiez un peu Jean-Jacques Goldman.
12:49 -J'étais plus sur Sardou et Johnny, ces derniers temps.
12:51 -Merci, Stéphane Vogeta, d'être venu dans La Politique.
12:55 -Merci à vous.
12:56 ...
13:15 [SILENCE]
Commentaires