00:00 Daniel Mangias, 121ème Paris-Roubaix ce dimanche, l'Enfer du Nord, une course mythique.
00:09 Qu'est-ce que tu évoques justement cette épreuve qu'on attend tous ?
00:12 Pour moi Paris-Roubaix c'est quelque chose de particulier parce qu'il y a vraiment une
00:19 solennité, un enjeu, un stress qui accompagne les coureurs dès la veille, enfin même bien
00:25 avant, mais quand on présente les coureurs la veille du départ de Paris-Roubaix, ils
00:30 sont déjà dans leur bulle, ils sont dans la compétition, c'est l'un des rares moments
00:34 où l'on voit cela parce qu'on sait que c'est une journée que l'on doit impérativement
00:37 réussir.
00:38 Sur le Tour de France, si on rate une étape, il y en a une vingtaine d'autres qui suivent,
00:43 alors que là ce n'est pas le cas du tout.
00:45 Et pour une catégorie de coureurs, c'est l'objectif de la saison.
00:48 On a vu Mathieu Van Der Poel gagner le Tour des Flandres pour la troisième fois, donc
00:54 je ne dirais pas qu'il arrivera décontracté, mais il aura un côté serein en ayant déjà
01:01 réussi son début de saison.
01:03 Mais c'est vrai qu'il y a un enjeu énorme sur Paris-Roubaix, tout est palpable.
01:07 On voit la tension chez le coureur, on le voit dans l'encadrement également, c'est
01:12 une course complètement différente des autres.
01:14 Si tu devais résumer en un mot l'enfer du Nord, tu le décrirais comment toi ?
01:18 Je mettrais deux mots, je mettrais chance et malchance.
01:22 Il est important de ne pas être victime de la malchance, il faut peut-être avoir une
01:27 part de chance pour faire la différence par rapport aux autres.
01:30 La course peut se jouer, se gagner à n'importe quel endroit, c'est une tension permanente
01:36 lorsque les coureurs arrivent sur le premier secteur pavé jusqu'à l'arrivée.
01:42 C'est vraiment une dramaturgie, un 5 étoiles que nous avons là parce que c'est une course,
01:50 d'ailleurs on le voit avec les audiences de télévision et avec les spectateurs sur
01:55 le bord des routes, c'est un monument.
01:58 Déjà pour un coureur, s'il sait qu'il ne va pas gagner Paris-Roubaix, terminer
02:04 Paris-Roubaix dans les délais est déjà une victoire.
02:07 Je me souviens d'un coureur, Rivalda Siscavicius, qui était entré sur le vélodrome, il est
02:13 ordolé, le vélodrome était fermé, il a dit "je reviendrai l'année d'après".
02:17 Il s'est préparé pour Paris-Roubaix, il est allé chercher une place de 9ème, ce
02:22 qui est quand même une sacrée performance.
02:23 C'est vraiment, je ne dirais pas comment expliquer, la tension est palpable dès un
02:31 coureur de Paris-Roubaix qui veut préparer Paris-Roubaix dès sa première course de
02:35 la saison cycliste, il est déjà par la pensée sur les secteurs pavés.
02:40 Évoquer Paris-Roubaix à Daniel Mangias, c'est évidemment évoquer énormément de
02:45 souvenirs, toi qui as commenté cette épreuve pendant de nombreuses années, est-ce que
02:48 tu devrais en retenir un qui t'a marqué, peut-être pas forcément le plus heureux,
02:52 le plus malheureux, mais un souvenir isolé que tu nous rappellerais à quelques jours
02:57 du grand départ ?
02:58 En tant que bon Français, je pense aux victoires de Gilbert Duclos-Lassalle et de Marc Madiot,
03:06 j'entends le public du vélodrome de Roubaix qui scandent "Madio, Madio" c'est quelque
03:13 chose, j'avais lancé cela, le public avait répondu et c'était des frissons en attendant
03:19 l'arrivée des coureurs, je pense qu'à 2-3 kilomètres de l'arrivée, que ce soit
03:22 Marc ou Gilbert, ils ont dû entendre le public, il y a une communion entre le coureur et le
03:27 public, il y a véritablement l'admiration qui part des tribunes pour envelopper le coureur
03:33 cycliste, chaque coureur qui termine Paris-Roubaix est un véritable héros et ce sont des souvenirs
03:39 qui m'ont marqué, autre souvenir également, la victoire de Dirk de Molen et de Thomas
03:45 Wegmuller, ce n'était pas sur le vélodrome, on arrivait devant les établissements La
03:49 Redoute et ils avaient mené une longue échappée et avaient piégé tous les favoris, ce sont,
03:55 puis j'ai en souvenir évidemment les moments de Francesco Moser, de Roger De Vlaminck,
04:03 mais mes souvenirs sont vraiment tricolores, j'ai dit avec Gilbert Duclos-Lassalle et
04:07 Marc Badiot et puis aussi de voir Bernard Hinault gagner avec le maillot de champion
04:12 du monde, on est en 1981 et cette année-là, il y a un spectateur qui est le plus prestigieux
04:19 des champions bretons, avant Bernard Hinault, c'est Louis-Zombobé qui a gagné Paris-Roubaix,
04:24 qui a gagné trois fois le Tour de France, oui trois fois le Tour de France, il devait
04:28 nous quitter quelques temps après et il assistait à la victoire de Bernard Hinault,
04:34 et lui, Louis-Zombobé qui regarde Bernard Hinault gagner Paris-Roubaix, c'est une image
04:40 que j'oublierai jamais.
04:41 La transition est toute faite, gagner avec le maillot de champion du monde c'est quelque
04:46 chose qu'on imagine plutôt facilement ce dimanche, tu en as parlé tout à l'heure,
04:50 Mathieu Van Der Poel, vainqueur du Tour des Flandres, impressionnant depuis le début
04:53 de saison, depuis plusieurs années, on a l'impression qu'avec l'abandon de Vondard, rien ne peut
04:58 l'empêcher de gagner l'enfer du Nord, quel regard tu jettes sur le coureur qui est Mathieu
05:05 Van Der Poel et ce qu'il peut faire ce dimanche ?
05:08 Je voyageais souvent avec Raymond, quel dommage qu'il soit parti trop tôt parce que je pense
05:15 que dimanche dernier il aurait été évidemment au comble du bonheur, troisième victoire
05:21 dans le groupe, troisième victoire dans le Tour des Flandres, et à ces victoires on
05:24 ajoute deux places de deuxième, c'est absolument phénoménal. Il a gagné Paris-Roubaix, il
05:30 a le maillot de champion du monde sur les épaules, je ne dirais pas qu'il va arriver
05:34 décontracté mais il va arriver avec un capital confiance exceptionnel parce qu'il a été
05:39 intraitable dimanche dernier donc je pense qu'il a évidemment, non seulement je pense,
05:45 je suis certain qu'il a évidemment l'envie d'aller gagner Paris-Roubaix, d'autant plus
05:50 que c'est une course à laquelle Raymond Poulidor était très attaché. Je rappellerai
05:54 également que le papa de Mathieu, Adrien Van Der Poel avait terminé troisième l'année
05:59 où Sean Kelly avait obtenu la victoire et Raymond Poulidor me disait toujours quand
06:04 on parlait de Paris-Roubaix, il me disait "le jour où je suis passé le plus près
06:08 de la victoire c'est mon dernier Paris-Roubaix". Il avait 41 ans, il avait dû terminer dixième
06:14 ou onzième, il avait été terrassé par de nombreuses crevaisons et il me disait
06:18 toujours "c'est une course que j'aurais dû gagner". Alors évidemment son petit
06:23 fils la gagne, on imagine s'il avait été témoin oculaire de cet événement, l'intense
06:30 moment qui aurait été le sien. Il était souvent avec nous au Grand Prix de Marseille,
06:34 Raymond, quand Mathieu devenait champion du monde de cyclocrosse, ils étaient fusionnels
06:40 l'un et l'autre, Raymond et Mathieu et obligatoirement Mathieu quand il gagne pense à son grand-père.
06:48 C'est extraordinaire d'avoir cette pensée du petit-fils vers celui qui a été le plus
06:55 populaire des champions français.
06:57 C'est une relation qui est fusionnelle et qui passionne le vélo et on a hâte de voir
07:05 dimanche si on pourra lui rendre un nouvel hommage à Raymond Poulidor, notre Poupou
07:09 national, en remportant un deuxième Paris-Roubaix.
07:12 Je pense qu'il va tout faire. Raymond m'avait parlé de Mathieu quand il avait une dizaine
07:19 d'années. Il me dit "je ne demande pas à vieillir mais tu verras j'ai un petit-fils,
07:23 il a un talent fou, c'est sûr que ça va être un champion". Il avait été visionnaire
07:28 parce qu'avec ce que l'on a vu dimanche dernier et peut-être ce que l'on verra dimanche
07:32 prochain, il ne s'était pas trompé. Paris-Roubaix évidemment c'est une course qui entre dans
07:39 tous les foyers. Le dernier podium français c'était Sébastien Turbot, on était en
07:44 2012, il avait fait deuxième. On a de bons coureurs. Gagné Paris-Roubaix, je ne sais
07:50 pas, mais on a des Florian Senechal, Adrien Petit, Rémi Cavagna qui sera là au départ
07:56 et puis Pierre Gautra ou encore Alexis Renard. On a une bonne génération de français qui
08:01 est peut-être là pour apprendre mais lorsque l'on apprend, parfois on réussit à conclure.
08:06 Pour conclure cette petite chronique sur Paris-Roubaix, le petit pronocycle, le petit grain de folie
08:14 que tu voudrais donner pour dimanche, un truc que tu aurais envie de voir au-delà de la
08:19 course, au-delà du résultat, quelque chose qui te ferait plaisir ?
08:22 Qu'il ferait plaisir et qui ferait surtout plaisir à tous les coureurs, du soleil, du
08:29 ciel bleu, un public en masse avec un côté 14 juillet, même si au vélodrome, 50% de
08:36 les spectateurs dans le vélodrome viennent de Belgique mais que nous vivions une bien
08:42 belle course. Je me souviens des soirées de réception qui suivaient l'arrivée de
08:47 Paris-Roubaix où on accueillait le vainqueur, c'était le cas de Francesco Moser, c'était
08:52 le cas de Tom Bohnen, c'était le cas de Roger Doblamin, d'Annie Berks et de Bernard
08:58 Rinault et moi je m'amusais à regarder le public, ça m'est resté. Il y avait vraiment
09:03 dans le regard du spectateur une admiration très profonde. Je ne dirais pas qu'il n'y
09:08 a que là que l'on voit cela mais j'ai quand même tendance à le penser.
09:12 Voilà et puis je termine juste pour dire qu'aujourd'hui il y a un Français qui a
09:17 gagné au régime Pélianou-Arthour, il s'appelle Ewen Costiou, il a 21 ans, c'est un superbe
09:23 rouleur donc on a toutes les raisons d'être optimiste et ambitieux en France.
09:29 Merci Daniel Mangias pour ta chronique sur ce Paris-Roubaix, c'est toujours un plaisir
09:33 de t'écouter et on te retrouve très prochainement sur Cyphie Cyprien.
09:35 [Musique]