00:00 - Depuis hier et jusqu'à demain, les sous-traitants industriels de Drôme et d'Ardèche se retrouvent à leur salon RSD3
00:06 au Palais des Expositions de Valence.
00:08 Son commissaire général, notre invité ce matin, Alexandre Bertheau.
00:11 - Bonjour Edouard Leveugle. - Oui bonjour.
00:13 - Les années passent et vous dites que nos entreprises ont toujours du mal à recruter, le manque de main d'œuvre.
00:19 Est-ce que c'est toujours le cas ? Est-ce que ça s'empire, ça s'améliore ?
00:22 - Oui, alors on ne va pas vraiment dire que ça s'améliore.
00:25 Hier soir, nous avons fait le tour des entreprises après le premier jour
00:29 et on a eu quand même des réflexions sur l'ensemble qui étaient à peu près toutes cohérentes dans le même sens.
00:35 Des difficultés de recrutement qui sont réelles.
00:39 Si vous allez sur place, on a fait un mur de l'emploi, il doit y avoir 80 postes à pourvoir immédiatement en CDI,
00:45 même sans expérience et on n'a absolument personne à mettre en face.
00:49 On a vu hier trois belles entreprises de Drôme et d'Ardèche, emblématiques de la région,
00:54 qui arrêtent de prendre des commandes parce qu'elles ne savent pas les faire,
00:57 elles ne peuvent pas les faire.
00:59 On a une société comme Perrier Bottling au Chellard qui est présente,
01:02 qui a deux ans de carnet de commandes et qui cherche des sous-traitants,
01:05 donc qui étaient là non pas pour montrer ses produits,
01:08 mais qui étaient là pour dire "voilà, voilà ce que moi j'ai besoin,
01:10 voilà ma machine et j'ai besoin de gens qui me font les pièces et je ne les ai pas".
01:13 - Il y a des filières en particulier où c'est plus compliqué que d'autres ?
01:16 - Tout ce qui est les filières de la mécanique,
01:19 donc tout ce qui est mécanique, tollerie, plasturgie, câblage, postes d'armoires,
01:24 tout ce qui tourne autour des métiers de la métallurgie.
01:26 - S'il y a besoin de main d'oeuvre, ça veut dire que l'activité économique va bien ?
01:30 Ça veut dire qu'il y a des commandes ?
01:32 - Alors ça veut dire, c'est un peu trompeur, il faut faire attention,
01:35 il y a de l'activité économique avec des marges qui se sont réduites de façon forte,
01:40 mais il y a de l'activité économique parce que d'autres secteurs ont pompé un petit peu des ressources
01:47 et que donc on peut libérer des ressources sur ces activités-là.
01:51 Mais il faut faire très attention sur le long terme,
01:54 quand vous embauchez quelqu'un, vous l'embauchez quand même sur le long terme.
01:57 Donc les entreprises ont été frileuses et aujourd'hui ne le sont plus
02:00 parce qu'elles ont vraiment besoin de ce personnel.
02:02 Donc il faut faire attention à cette activité.
02:04 Alors si vous êtes sur des marchés à long cours, je pense à l'aéronautique, au spatial, aux ferroviaires,
02:10 quand vous décidez de faire un TGV, vous ne dites pas aujourd'hui "je veux un TGV pour la semaine prochaine".
02:13 Donc c'est très long, un Airbus c'est pareil, c'est très long,
02:16 et là on a des entreprises qui ont des quartiers de commande très longs.
02:19 Par contre ceux qui travaillent par exemple pour le bâtiment de travaux publics,
02:21 c'est un peu plus compliqué.
02:23 Les délais sont plus courts et là ça s'est rétracté.
02:25 - Ça s'est rétracté dans les travaux publics.
02:27 - Fortement.
02:28 - Si l'activité se porte bien, c'est quoi le problème en fait ?
02:33 Pourquoi on n'arrive pas à recruter ?
02:35 Vous dites que l'activité ça peut être en trompe l'œil,
02:37 mais pourquoi on n'arrive pas à recruter ?
02:39 Est-ce que c'est un problème d'offre seulement ?
02:41 - Non.
02:42 Si je prends, il y a 25 ans, j'avais fait une action avec Baudry, le spationaute,
02:47 qui était venu dans la Drôme,
02:49 et nous avions fait le tour des collèges et des lycées
02:52 pour montrer qu'un spationaute, il dépend de la métallurgie.
02:55 C'est les classements comme ça, un spationaute c'est la métallurgie,
02:58 et c'était déjà à l'époque pour montrer la diversité des métiers que nous avions.
03:01 25 ans après, on en est encore là, de façon beaucoup plus critique,
03:05 pourquoi ? Parce qu'on n'a pas pris avant les mesures qui font qu'aujourd'hui,
03:08 on a sur le marché du travail des gens qui pourraient aller dans nos entreprises.
03:11 Aujourd'hui, même si des efforts ont été faits énormes
03:13 pour montrer qu'une société, qu'une entreprise, qu'une industrie,
03:16 ce n'est plus ce que c'était auparavant,
03:18 c'est dans d'excellentes conditions...
03:20 - Ce n'est pas les métiers qui attirent pas ?
03:22 - Evidemment, c'est les métiers qui ne tirent pas.
03:24 Si vous avez un jeune enfant et je vous dis qu'il va faire fraiser dans mon entreprise,
03:27 vous allez me dire qu'il va peut-être faire 2-3 ans d'études de plus.
03:30 Sauf qu'aujourd'hui, vous avez des bons métiers,
03:32 vous avez des promotions internes importantes,
03:34 vous avez les salaires qui ont été nivelés vers le haut et pas vers le bas,
03:37 vous avez de très bonnes conditions d'accueil,
03:39 les entreprises ont su se vendre,
03:41 sauf qu'on n'a pas derrière les ressources, on n'a pas les gens,
03:43 donc il faut former en interne, sur fond propre,
03:45 et là c'est plus compliqué aussi.
03:47 - Vous êtes le commissaire général du salon RSD3 des sous-traitants industriels,
03:54 vous parliez tout à l'heure de Perrier Bottling,
03:56 qui est pour la première fois sur ce salon,
03:59 il y a aussi Orano, il y a aussi EDF,
04:01 qui sont là pour la première fois,
04:03 est-ce qu'on parle notamment de l'extension de l'usine George Bess à Pierre Latte,
04:08 du grand carénage à Crouasse,
04:10 est-ce que ce sont des projets qui peuvent être mis en péril
04:13 par le manque de main-d'oeuvre, le manque de sous-traitants ?
04:15 - En péril, je ne pense pas, parce que la puissance de feu d'Orano et d'EDF est importante,
04:19 mais il est clair que, hier nous avions le directeur des achats d'Orano qui était présent avec nous,
04:25 quand on entend les montants qui vont être sous-traités dans la région,
04:29 c'est vrai que les chiffres font un peu peur dans ces moments-là,
04:32 sur les dix ans à venir, on n'a pas aujourd'hui, c'est clair,
04:35 on n'a pas les entreprises, c'est d'ailleurs pour ça qu'ils sont là,
04:37 Orano et EDF sont là pour venir chercher des sous-traitants.
04:40 Mais pour être sous-traitant chez Orano et EDF,
04:42 ce n'est pas comme pour être sous-traitant en train au public.
04:45 Il faut tous les califs pour entrer sur les sites nucléaires,
04:49 il faut des gens qui eux-mêmes soient qualifiés,
04:51 l'entreprise doit être qualifiée, le personnel doit être qualifié,
04:53 et puis derrière, il faut accepter toutes les procédures,
04:56 tout ce qu'il y a sur le nucléaire.
04:58 Mais effectivement, il peut y avoir un vrai problème.
05:01 - Il y a un autre sujet, vous m'en avez parlé avant l'interview,
05:04 c'est la réindustrialisation, qui est un grand mot dont on parle beaucoup,
05:10 on entend beaucoup dans la bouche des politiques de plus en plus.
05:13 Est-ce que c'est réaliste de réindustrialiser alors qu'on manque de personnes pour le faire ?
05:21 - Alors, il y a trois composantes là-dedans,
05:24 réindustrialiser c'est très bien, tout le monde est d'accord,
05:26 c'est super, on a l'impression qu'on a trouvé un truc
05:29 que personne n'y avait pensé, sauf qu'on va se heurter à trois choses,
05:33 on va réindustrialiser avec qui, on va réindustrialiser où,
05:37 et on va réindustrialiser pourquoi ?
05:39 Parce qu'avec qui, on a des difficultés de recrutement aujourd'hui fortes
05:43 qui bloquent les commandes chez les sous-traitants,
05:45 si on réindustrialise, on va le faire avec qui ?
05:47 Alors, la main d'oeuvre étrangère, parce qu'à un moment donné,
05:50 il faudra aller chercher la main d'oeuvre ailleurs.
05:51 - Le coût du travail est trop élevé ?
05:53 - Le coût du travail est beaucoup trop élevé en France.
05:55 La deuxième chose, c'est on va le faire où ?
05:57 Dès que vous montez une usine, vous avez 14 associations
05:59 qui se montent pour dire qu'il ne faut pas une entreprise,
06:01 ce qu'elle sait très bien dans le village d'à côté, mais pas dans le village,
06:03 vous avez toutes les procédures, les zones de non-artificialisation,
06:06 comment vous faites avec une entreprise,
06:08 quand vous avez 10 000 m² au sol,
06:10 ces 10 000 m² qui vont être artificialisés, c'est clair.
06:12 Dès que vous faites un peu de bruit,
06:14 vous travaillez en 2-8, vous travaillez en 3-8,
06:16 ça va faire un peu de bruit,
06:17 et vous avez un collectif d'habitants qui va se liguer contre l'entreprise.
06:21 Et puis après, on fait pour quoi ?
06:23 C'est quoi la politique industrielle qu'on met derrière ?
06:25 On a quoi derrière ?
06:26 On continue à taxer le travail comme on taxe le travail aujourd'hui ?
06:29 Alors taxons les capitaux comme on taxe le travail ?
06:32 Ou l'inverse, taxons le travail comme on taxe les capitaux,
06:34 donc en fait, quand on crée de la richesse,
06:36 qu'on ait intérêt à aller plutôt investir dans une entreprise
06:40 ou à se mettre dans une entreprise,
06:42 et ne pas taxer le travail comme on le taxe aujourd'hui.
06:44 On n'en parle pas, on dit toujours qu'on va trouver des solutions avec des aides,
06:47 c'est pas des aides !
06:48 Pourquoi donner des aides après avoir pris des taxes ?
06:50 Non, on enlève moins de taxes et puis on y arrivera mieux.
06:52 - Edouard Leveug, merci beaucoup d'avoir été avec nous ce matin,
06:55 on a bien entendu des difficultés de recrutement
06:57 chez les sous-traitants industriels de Drôme et d'Ardèche
07:00 qui sont en ce moment au salon RSD 3 à Valence.
07:03 interview à écouter dans quelques instants.
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