00:00 -Au début, tu chantes trop bien, t'y arriveras jamais.
00:02 On n'a pas besoin d'une Mireille Mathieu de 20 ans.
00:04 De toute façon, elle est grosse.
00:05 -Elle est moche. -Quand on est moche...
00:07 Quand on est moche, on ne fait pas ce métier.
00:10 -Exact.
00:11 -C'est vraiment ça qu'on vous disait derrière votre dos ou en face ?
00:15 -Non, sinon, c'est pas drôle.
00:17 Ceux qui s'amusent, ils le disent devant vous.
00:19 Sinon, c'est pas drôle.
00:20 -Ils vous disent que t'es trop grosse, t'es moche...
00:23 On ne fait pas ce métier quand on est moche ?
00:25 -Ouais. Et tous ces empêchements-là,
00:26 toutes ces impossibilités-là énoncées par les autres
00:29 ont été mes plus grands maîtres, mes plus grands enseignants.
00:31 Ca a été extraordinaire de voir à quel point j'étais résiliente,
00:35 résistante, parfois beaucoup plus courageuse que talentueuse,
00:38 parce qu'en réalité, il m'a fallu beaucoup plus de courage
00:41 que de talent pour traverser.
00:42 Et finalement, c'est ça qui a été le plus grand cadeau
00:46 mal emballé de ma vie, c'est de mettre à l'épreuve.
00:49 -C'est Boudère qui nous disait la semaine dernière,
00:51 je sais pas si vous avez regardé mes slongs,
00:53 "Je remercie tous ceux qui ne m'ont pas aidée
00:56 "parce qu'ils ont fait de moi ce que je suis aujourd'hui."
00:58 -Et tous ceux qui ne m'ont pas aimée
01:00 parce qu'ils m'ont fait mesurer ce que c'était d'être aimée.
01:02 -Ah ouais. Et vous n'avez pas pensé à abandonner à des moments...
01:05 Parce que c'est vrai que même quand vous avez 8 ans,
01:07 vous rêvez d'être danseuse, on vous dit "non, c'est pas possible,
01:09 "c'est cuisse, vous avez les pieds plats."
01:10 Enfin, j'ai vu... C'est quand même fou, ce que vous avez...
01:13 -Ouais, il m'a écrasé le pied avec sa canne,
01:16 le maître de danse, et il a dit "mais qui pourrait soulever un truc pareil,
01:18 "dehors ?"
01:20 Après, bon, je l'ai vécu devant les caméras aussi,
01:22 donc j'étais née pour vivre ça.
01:24 -Les pieds plats ? -Les pieds plats, entre autres.
01:27 Et la violence. Mais je pense que j'étais née pour ça.
01:29 Je n'ai pas choisi ce métier, ce métier m'a choisi.
01:32 -C'était votre chemin, vous l'avez dit.
01:34 -Oui, c'était mon chemin.
01:35 -Il fallait surmonter tous ces obstacles-là.
01:37 Et puis, il y a les obstacles d'avoir la carte ou ne pas avoir la carte.
01:41 -Ca aussi. -Et ça aussi.
01:42 Vous avez vécu du mépris.
01:44 Christophe, parlez de votre période américaine,
01:46 où c'est vrai que ça a marché, mais pour tout le monde, c'était un flop.
01:49 -Pas pour les gens qui ne le savaient pas,
01:50 mais pour en tout cas les petits wagonniers
01:52 qui sont les médias qui nommaient nos gens,
01:53 dans les wagonniers, il n'y avait pas tellement de vérité.
01:56 -Mais c'est quoi ? C'est les milieux ? C'est les médias ?
01:58 Ou c'est parce que vous étiez une femme ?
02:00 Parce que vous dites...
02:01 Florent Pagny, on lui disait "T'as une voix puissante, c'est magnifique",
02:04 alors que moi, on me disait "T'as une voix puissante, c'est horrible",
02:06 ou "Elle fait des grimaces", ou "Elle gueule".
02:08 -Oui. C'est vrai que...
02:09 Enfin, pas toutes les femmes, parce que Céline n'a pas subi ça.
02:12 -Et on a eu ça avec Patrick Fioré, l'autre jour, on a eu cette conversation.
02:15 -En vrai, je veux dire, j'espère que ça vous pose pas de problème.
02:17 -Pas du tout. -D'accord, d'accord.
02:19 Il a une voix extraordinaire, comme vous, masculine.
02:21 -Extraordinaire. -Si t'es un garçon.
02:23 Et il a vécu un peu ce truc d'avoir la carte ou pas,
02:26 ce que vous venez de dire.
02:28 -Et en même temps, avoir la carte,
02:29 je pense que c'est un espace qui est clos dans le temps.
02:32 Parce que je crois que quand on a, justement, cet esprit résilient,
02:36 quand on a beaucoup plus d'amour que de haine en soi,
02:39 ça peut paraître bateau,
02:40 mais on finit par traverser ce pont-là.
02:43 Et puis derrière, 20 ans après, 15 ans après...
02:45 -Là, maintenant, vous l'avez, la carte ?
02:47 -Est-ce que j'ai la carte ?
02:48 En tout cas, je vous avoue que je m'en fous de l'avoir aujourd'hui.
02:50 Finalement, c'est un peu ça.
02:51 Ça me fait juste plaisir d'être là, de continuer à être qui je suis,
02:54 enfin, d'être enfin devenue qui je suis,
02:57 et d'être tout à fait à l'aise avec le fait que si c'est imparfait,
03:01 si c'est pas aimé, c'est pas un problème.
03:03 -C'est la psychanalyse, vous aussi ?
03:06 -Moi, j'ai fait aussi... -Elle chante !
03:07 -J'ai fait aussi...
03:08 Le chant, c'est une catharsis, c'est sûr.
03:10 Vous m'avez demandé tout à l'heure si j'ai eu envie d'arrêter.
03:13 Moi, j'ai eu envie d'arrêter tout court, à certains moments.
03:15 -Ca veut dire de venir avec la vie ?
03:17 -Oui, je pensais que ça n'avait pas tellement de sens,
03:19 puisque ça, c'était ma vie.
03:20 Ma voix, c'est qui je suis.
03:22 Donc, quand on dit "on l'aime pas", on s'en fout.
03:24 Quand on dit "on aime pas une chanson", c'est pas grave.
03:26 Mais quand on vous dit...
03:27 Je déteste cette voix, cette voix est un cri,
03:30 cette voix est un hurlement.
03:31 En fait, on parle de votre âme.
03:32 On parle pas du...
03:33 C'est pas un jugement de valeur sur ce que vous faites.
03:37 C'est un jugement...
03:38 C'est une sentence sur ce que vous êtes.
03:40 -Vous avez des noms ?
03:41 -Il ressemble à ceux que la dame a vécus,
03:44 enfin, a traversé aussi.
03:45 C'est le même genre de nom.
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