00:00 -Elle fait partie de ces députés venus de la société civile
00:03 avec Emmanuel Macron en 2017.
00:05 Dans sa vie d'avant,
00:07 elle s'occupait de systèmes lasers et d'hélicoptères.
00:10 Musique intrigante
00:12 ...
00:24 Bonjour, Nathalia Poudsireff. -Bonjour.
00:27 -En février 2023, vous êtes penchée sur les capacités de la France
00:31 à faire face à des attaques aériennes du même type
00:34 que celles subies par l'Ukraine aujourd'hui
00:36 dans sa guerre face à la Russie.
00:38 Vous avez montré une connaissance assez pointue
00:41 des systèmes de missiles français. On va voir ça en image.
00:45 -En ce qui concerne le Nazam,
00:47 ce n'est pas tout à fait le même système.
00:49 Alors, on le classe en longue portée, parfois,
00:52 parce que c'est un missile qui est plus longue portée,
00:55 mais pas plus longue portée. Au contraire, il intervient...
00:58 Il peut intercepter des cibles
01:00 plutôt à basse altitude,
01:03 ou disons moyenne altitude,
01:05 contrairement aux Patriotes et aux Samte-Mamba,
01:09 qui, eux, ont un intercepteur moyenne haute altitude.
01:14 -C'est un rapport que vous avez co-rédigé
01:16 avec votre collègue Jean-Louis Thiriot
01:18 et qui a un peu secoué le milieu de la défense
01:21 parce que vous avez pointé plusieurs failles importantes
01:24 comme Sol-Air. Ce qui m'a frappé dans votre présentation,
01:27 c'est à quel point vous semblez connaître ces différents
01:30 systèmes de missiles. Quand on se penche sur votre CV,
01:33 on comprend mieux pourquoi ces missiles,
01:36 vous avez un peu participé à leur fabrication
01:38 pendant pas mal de temps. Vous avez travaillé 17 ans
01:41 chez Thalès, c'est ça ? -17 ans chez Thalès,
01:44 8 ans chez Airbus.
01:46 Je suis ingénieure de formation, donc on se refait part.
01:49 C'est un fil que j'ai tiré jusqu'à l'Assemblée nationale,
01:52 où je siège à la Commission de la défense.
01:54 -Quand vous étiez chez Thalès, vous faisiez quoi en tant qu'ingénieure
01:58 spécialisée dans l'optique ?
02:00 -J'ai commencé dans les études,
02:02 et très vite, je suis allée sur les manipulations terrain,
02:05 les expérimentations terrain,
02:07 et ensuite, je suis passée, je dirais,
02:10 à la coopération internationale.
02:12 -Ca, c'était notamment chez EADS.
02:15 Vous avez travaillé 8 ans chez EADS,
02:18 notamment en Chine, sur le programme Eurocopter.
02:22 -Tout à fait, et donc, la coopération industrielle,
02:26 la coopération internationale,
02:28 c'est vraiment un sujet qui me passionne,
02:32 comment on rapproche, effectivement,
02:34 les différents intérêts, comment on fait converger les équipes,
02:38 tout ça dans un environnement où on est dans du biculturel,
02:42 et où il faut essayer de comprendre aussi
02:45 les ressorts de chaque partie.
02:48 -Vous faites partie, je le disais,
02:50 des personnes venues de la société civile,
02:52 qui ont été séduites par Emmanuel Macron en 2017.
02:55 Au-delà de vos compétences dans le secteur de la défense,
02:58 qu'est-ce que vous pensez avoir apporté à la politique
03:02 qui fait souvent défaut aux élus qui sont passés
03:05 par un parcours militant un peu plus classique ?
03:08 -Alors, je crois qu'en tant que femme, déjà,
03:12 avec cette conscience aiguë qu'il ne faut pas laisser la place
03:16 qu'aux hommes dans les lieux de pouvoir,
03:18 ça, c'était déjà un accomplissement.
03:20 -C'est quelque chose que vous avez pu vivre
03:23 dans le secteur où vous avez travaillé ?
03:25 -Un milieu d'hommes dans lequel on peut se faire sa place,
03:28 mais il faut toujours se battre et insister
03:31 pour que les femmes soient dans la place où se décide le pouvoir.
03:34 Donc, la politique, c'est bien sûr l'endroit idéal
03:37 pour faire entendre sa voix.
03:39 Et puis, sinon, venant de la société civile,
03:44 mais je suis qu'une maman, j'ai trois enfants,
03:46 j'ai été déléguée de parents d'élèves pendant longtemps,
03:50 donc je pense que j'apportais aussi à ce qu'il fait ma personne.
03:53 J'ai vécu à l'étranger.
03:55 -Il y a une phrase, le soir de votre élection,
03:57 qui m'a interpellée. "Nous avons envie d'avoir des élus
04:00 "qui nous ressemblent." C'est pour ça que j'ai été élue,
04:03 parce que je suis comme vous.
04:05 Les élus plus classiques, on va dire,
04:07 ils ressemblent moins à leurs électeurs.
04:10 Il y a une déconnexion qui peut se faire
04:12 au fil du temps ?
04:13 -Alors, déconnexion, je ne suis pas très critique là-dessus.
04:17 Il était impératif que l'on ait un véritable renouvellement
04:20 du visage de la politique, à ce moment-là.
04:22 C'est ce qu'a apporté Emmanuel Macron.
04:25 Ne serait-ce que de faire entrer 50 % de femmes
04:28 à l'Assemblée, disons, au moins au sein du parti
04:32 La République en marche, à ce moment-là,
04:35 nous étions 50 %.
04:36 C'était fondamental d'avoir autant de femmes,
04:39 une parité en politique,
04:41 et c'est une valeur que nous avons portée.
04:43 Et puis un renouvellement aussi de génération,
04:46 de très jeunes députés qui ont été élus,
04:49 et aussi de la mixité, de la diversité.
04:52 -En 2019, vous vous êtes présentée
04:54 pour devenir présidente de la Commission de la Défense.
04:57 Vous avez les compétences là-dessus,
04:59 il n'y a pas de doute, sauf que vous n'avez pas été élue.
05:03 Est-ce que ce n'est pas le point faible
05:05 des élus venus de la société civile
05:07 quand il s'agit de faire de la politique,
05:09 comme on dit, c'est un peu plus compliqué ?
05:12 -Alors, je pense que ça, c'est lié à ma campagne,
05:15 qui n'était pas forcément très bonne.
05:17 Je me remets plus en question.
05:19 -Pas très bonne, pourquoi ? Par manque d'expérience, justement,
05:22 par rapport à ceux qui ont enchaîné des mandats ?
05:25 -Voilà. D'avoir peut-être un peu plus de difficultés
05:29 à aller vers, à faire de la retape, voilà.
05:32 -A faire de la politique. -C'est vrai, c'est vrai.
05:35 Je reconnais que c'est un...
05:38 Dans mes traits de caractère,
05:40 où je suis peut-être moins dans la communication que d'autres.
05:43 -Alors, l'Assemblée compte, je crois,
05:46 plus de 150 groupes d'amitié avec d'autres pays
05:48 et vous présidez aujourd'hui le groupe France-Russie.
05:52 J'ai bien dit "groupe France-Russie"
05:54 car je crois que vous avez retiré le mot "amitié".
05:56 -Voilà. Lors de l'instauration de ce groupe,
06:00 effectivement, les événements du 24 février 2022
06:03 s'étaient déjà produits et pour moi, c'était clair.
06:06 Il faut choisir son camp et, bien sûr,
06:09 nous sommes en soutien à l'Ukraine
06:12 et nous dénonçons l'invasion brutale
06:15 par la Russie.
06:16 Donc, il s'agissait quand même de garder, si possible,
06:20 un lien avec la société civile,
06:23 si tant est qu'il y en ait une en Russie,
06:25 à travers les contacts que je peux avoir
06:27 avec les journalistes en exil.
06:29 -A quoi sert ce groupe dans le contexte de cette guerre ?
06:32 Maintenez-vous des liens avec les institutions russes,
06:35 avec le Parlement russe ?
06:37 -Avec les institutions russes,
06:39 nous avons parfois des échanges de courrier,
06:41 mais je dirais que c'est un dialogue de sourds.
06:44 Les liens diplomatiques n'étant pas rompus,
06:47 effectivement, la Douma nous adresse des courriers
06:50 et nous...
06:52 En tout cas, personnellement,
06:54 je sollicite parfois les institutions russes
06:57 pour qu'elles libèrent les prisonniers politiques.
07:00 Mais la situation est compliquée.
07:02 En plus, nos homologues sont sous sanction,
07:05 donc on n'a pas prévu de faire un déplacement
07:08 ou de rapprocher forcément les points de vue.
07:10 -Votre travail consiste en quoi ?
07:12 -On interpelle les institutions,
07:14 sinon, voilà, soutenir les journalistes russes en exil,
07:17 c'est-à-dire qu'il faut qu'on leur accorde
07:20 un statut sécurisant et qu'on leur permette de travailler.
07:23 C'est important de lutter contre la propagande du Kremlin.
07:26 C'est dans ce sens-là qu'on leur apporte un soutien.
07:29 -Là, on vous voit avec... -Oui,
07:31 aussi avec Anna Colin-Lebedev et Tatiana Jean,
07:34 qui sont des chercheuses
07:37 de l'université de Nanterre
07:39 et à l'IFRI.
07:41 Et donc, si vous voulez, c'est important
07:43 de rester toujours éclairés sur ce qui se passe en Russie.
07:47 Donc, c'est ce que propose ce groupe,
07:49 c'est de recevoir, d'auditionner des personnalités
07:53 qui peuvent nous renseigner sur la situation politique en Russie.
07:57 -Vous êtes avec une journaliste russe qui a fait parler d'elle.
08:01 -Qui a fait parler d'elle, Marina Ossiannikova,
08:04 qui a porté sur un plateau en plein direct
08:07 le panneau "No war",
08:09 "Non à la guerre",
08:11 et qui a dû fuir l'armée en catastrophe.
08:14 -Vous portez un nom et un prénom à consonance russe.
08:18 Vous avez des racines russes ?
08:20 -Tout à fait. Donc, mon grand-père était un Russe blanc
08:24 qui a émigré en 1920,
08:28 21 après quelques années très difficiles de guerre civile,
08:33 qui a émigré en France.
08:36 Et donc, voilà, j'ai un attachement,
08:40 bien sûr, sur la Russie,
08:42 mais sans fantasme,
08:43 parce que j'ai eu l'occasion d'y voyager
08:46 assez souvent dans les années 90,
08:48 et je sais à quoi m'en tenir.
08:50 -Depuis 2017, vous ne vous êtes pas seulement investie
08:54 sur les questions de défense ou les sujets liés à la Russie,
08:57 vous êtes aussi attaquée à un problème
08:59 qui se posait dans votre circonscription,
09:02 vous avez été rapporteure d'une proposition de loi
09:05 qui a été adoptée en 2018.
09:06 C'est une loi qui est souvent citée
09:08 comme un exemple de co-construction législative.
09:11 Pouvez-vous expliquer ce que c'est que la co-construction ?
09:15 -Absolument. C'était une innovation,
09:17 c'était la première proposition de loi
09:19 vraiment issue des parlementaires,
09:22 qui était confrontée à ces problématiques,
09:24 que ce soit dans la ruralité ou en ville.
09:27 Et nous avons alerté le ministère de l'Intérieur,
09:31 le ministère de la Justice.
09:32 On n'a pas eu de réponse tout de suite,
09:35 mais au bout de deux, trois mois,
09:37 on a vu que le sujet était un marqueur assez fort,
09:40 et on a pu travailler, co-construire
09:42 cette proposition de loi véritablement,
09:44 parce qu'il y a des aspects.
09:46 -Co-construire, c'est donc le Parlement et le gouvernement,
09:49 le législatif, l'exécutif,
09:51 qui travaillent main dans la main pour élaborer un texte de loi.
09:55 Ca semble relever du bon sens,
09:57 sauf qu'en France, c'est pas si fréquent que ça.
10:00 Est-ce que vous l'expliquez ?
10:01 -Justement, ça peut être un regret.
10:04 Je sais que je pousse toujours pour cette co-construction.
10:07 Il faut que les ministres s'emparent bien de cette idée
10:12 que les parlementaires,
10:14 dans leur vie ici, à l'Assemblée,
10:16 mais aussi sur le terrain,
10:17 sont des relais tout à fait utiles et pertinents
10:20 pour porter des sujets...
10:22 -Il y a un manque de confiance de l'exécutif
10:24 dans le législatif ? -Ca dépend des ministères.
10:27 Je sais qu'on a des réponses
10:30 ou des non-réponses variables,
10:32 mais voilà.
10:34 Ca dépend beaucoup des personnalités
10:36 qui sont à la tête du ministère et de leur cabinet.
10:39 Je peux dire qu'à travers les différents ministres
10:42 qui sont succédés au ministère de l'Intérieur,
10:45 il y a toujours eu une grande écoute.
10:47 -Il y a un autre point intéressant sur cette loi.
10:50 Au bout de deux ans, vous avez fait un bilan
10:52 avec votre collègue Robin Reda pour voir ce qui marche
10:56 et ça, les Français le savent pas toujours,
10:58 mais ça fait partie du travail des députés.
11:00 -Bien sûr. L'évaluation des lois
11:02 est quelque chose d'essentiel,
11:04 parce que nous n'avons pas la prétention
11:06 d'avoir fait une loi parfaite au départ,
11:09 et donc il faut voir si l'arsenal législatif
11:11 est suffisant, si l'outil convient,
11:14 voir s'il n'y a pas des impasses,
11:16 et ça nous a permis de l'améliorer au fil de l'eau
11:18 lorsqu'il y avait des lois sur la sécurité
11:21 qui se présentaient, en proposant des amendements.
11:24 -Des mesures complémentaires.
11:25 Et nous avons été à l'écoute des professionnels,
11:28 savoir ce qu'ils en pensaient,
11:30 et ça, c'est un retour qui est essentiel.
11:33 On ne va pas légiférer en aveugle, personne ne le fait,
11:36 mais c'est bien, après trois ans, de faire un bilan.
11:39 -On va terminer avec notre quiz habituel.
11:41 Vous allez devoir compléter les phrases
11:44 que je vais vous proposer. On y va.
11:46 Si tous les députés se mettaient au yoga...
11:48 -Ah ! Je serais ravie.
11:51 Je suis moi-même une grande adepte de yoga.
11:54 -Ca changerait l'ambiance dans l'hémicycle ?
11:56 -Je pense, et j'aimerais bien,
11:58 parce que je trouve que les débats sont parfois trop agités
12:01 et que l'on perd ses nerfs et qu'on est dans l'immédiateté.
12:05 C'est pas seulement une question de respect, de brouhaha,
12:08 c'est une question de se recentrer sur ce qui est important.
12:11 -Recentrer.
12:13 On sent la pratte, celle qui fait du yoga.
12:16 Quand on a été prof en lycée, siégé dans l'hémicycle...
12:20 -Eh bien, écoutez, je trouve que...
12:23 -Vous avez été prof en lycée
12:25 pendant quelques temps. -En professeur.
12:27 J'ai été prof de sciences physiques pendant quelques années.
12:31 Je trouve que c'est plus difficile d'être enseignant que député.
12:34 -Pel hommage aux enseignants.
12:36 Enfin, comme on dit en Russie...
12:38 Je vous laisse compléter. Vous parlez un peu le russe ?
12:41 -Ah, немножко.
12:43 "Oshin plora". On dit "do svidaniya" ou...
12:46 -Ca veut dire "au revoir".
12:48 J'ai révisé les mots. Avant, j'ai pas compris.
12:50 -Je parle très mal le russe.
12:52 -D'accord. Bon, quand même. Ca fait son effet.
12:55 Merci beaucoup, Nathalia Puzirev, d'être venue dans "La politique et moi".
12:59 -Merci.
13:01 SOUS-TITRAGE : RED BEE MEDIA
13:04 Générique
13:05 ...
13:21 [SILENCE]
Commentaires