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00:06 Les trois questions du petit matin.
00:08 Comment dissuader les clients d'acheter des t-shirts, des chemises, des pantalons en provenance du bout du monde et vendus à tout petit prix ici, chez nous en France ?
00:15 On pense à Chine, on pense à Timu. Bonjour Antoine Vermorel Marques.
00:19 Bonjour Jean-Pierre Florent.
00:21 Vous êtes député Les Républicains et auteur d'une proposition de loi pour mieux réguler la fast fashion, la mode jetable.
00:28 Vous dites qu'il faut que le made in France soit moins cher et que le made in China soit plus cher. Comment vous faites ?
00:34 C'est le système que l'on propose qui n'est pas une taxe supplémentaire mais qui est un bonus/malus.
00:40 Au même titre que vous avez un bonus/malus sur l'automobile, ce que l'on propose c'est qu'on ait aussi un bonus/malus sur les vêtements issus de la fast fashion.
00:47 Et que tous les vêtements qui effectivement sont produits dans des conditions sanitaires, sociales, environnementales qui ne respectent pas nos normes,
00:54 soient davantage taxés et qu'au contraire le made in France et le made in Europe soient davantage aidés grâce à un bonus.
01:00 Un bonus ou un malus de combien concrètement ? 5 euros ?
01:04 Un malus pouvant aller jusqu'à 5 euros par produit.
01:07 De façon à ce qu'effectivement tout ce qui est mode jetable acheté sur internet, qui sont souvent des vêtements à 2, 3, 4 euros,
01:15 le concept c'est vraiment j'achète un vêtement, je le porte une fois et ensuite je le jette.
01:19 Ce mode de consommation qui n'est pas durable, qui détruit nos emplois parce qu'il est aussi de plateformes qui n'en créent aucune en France
01:26 et les grandes faillites comme Camailleux ou d'autres sont aussi liées à ces grandes plateformes qui nous inondent aujourd'hui,
01:31 on puisse lutter contre de façon à rééquilibrer le marché.
01:34 Donc un t-shirt vendu aujourd'hui 4 euros, il coûterait combien si votre proposition de loi est adoptée ?
01:41 S'il ne respecte aucune norme sociale et environnementale, il pourrait coûter jusqu'à 9 euros.
01:45 Mais par contre, le t-shirt français qui est à 14 euros, lui, il pourrait avoir un bonus de 5 euros aussi et donc coûter 9 euros.
01:52 Et à la fin, entre le "Made in China" et le "Made in France" au même prix, vous allez choisir le "Made in France".
01:56 Ce sera mieux pour votre portefeuille, ce sera plus durable et ce sera encore davantage meilleur pour nos emplois français.
02:02 Alors c'est merveilleux, mais ce système de bonus malus, il existe déjà ?
02:05 C'est la loi AJEC, la loi anti-gaspillage et économie circulaire qui fait varier le prix ?
02:10 Alors c'est effectivement la loi AJEC, mais on est dépassé.
02:13 Elle a été votée il y a 5 ans, mais elle fait varier le prix jusqu'à 20%.
02:16 Et sur un t-shirt à 2 euros, faire varier le prix à 20%, ça vous le porte à 2,40 euros.
02:21 Ce n'est pas ça qui est suffisamment incitatif pour vous aider à acheter français et durable.
02:26 Et donc c'est pour ça qu'on propose de faire sauter ce seuil de 20% pour prendre un bonus malus de 5 euros par produit.
02:32 Vous visez qui là concrètement ?
02:35 Je vise toutes les entreprises asiatiques qui viennent inonder notre marché sans respecter nos normes.
02:41 Vous savez, c'est un peu le même sujet que nos agriculteurs.
02:43 On impose des normes aux industriels du textile et on laisse importer sur notre territoire des produits qui ne respectent pas ces normes-là.
02:50 Et ce sont des entreprises qui ne créent aucun emploi en France.
02:53 Moi, je viens d'un territoire, le territoire rouennais, où on a délocalisé toutes nos industries textiles dans les années 80.
02:58 Mais on avait encore des magasins.
03:00 Maintenant, on délocalise notre industrie textile.
03:02 Donc on ne crée plus de vêtements en Europe.
03:04 Mais en plus, on fait fermer nos magasins de centre-ville parce que ces achats se font uniquement par Internet,
03:09 en direct depuis Shanghai et livrés à 100% par avion, ce qui est catastrophique pour l'empreinte carbone du vêtement.
03:14 Donc vous ne visez pas les marques de textile, les marques françaises qui font fabriquer à l'étranger ?
03:21 Non, on cible uniquement les marques qui ne créent aucun emploi sur notre territoire.
03:24 Alors, vous avez entendu la directrice de communication de Chine en France qui dit
03:30 "on produit en petits lots", c'est-à-dire qu'on est à des niveaux de stock et d'invendus qui sont bien inférieurs à 10%,
03:36 alors que les acteurs traditionnels, eux, sont entre 20 et 40% d'invendus.
03:41 Mais le vrai problème de Chine et de l'ultra-fast fashion, c'est le nombre de produits mis en ligne.
03:46 Il faut bien savoir que l'ultra-fast fashion comme Chine, c'est 7000 nouveaux produits par jour
03:51 qui sont créés par l'intelligence artificielle pour vous inciter à surconsommer et donc surproduire.
03:57 Et c'est ce modèle-là qui ne nous convient pas aujourd'hui,
03:59 parce que comment vous voulez que votre magasin de proximité en centre-ville soit en mesure
04:04 de vous proposer 7000 nouveaux produits par jour ?
04:07 C'est simplement impossible et donc il faut qu'on arrive à réguler le marché
04:11 de façon tout simplement à inciter Chine à produire plus propre, plus vertueux,
04:15 à venir implanter ses usines en Europe,
04:18 et de façon à ce que nous, nous puissions créer de l'emploi et avoir des industriels qui, eux,
04:22 arrivent à relever la tête, parce qu'aujourd'hui, ils sont concurrencés de manière complètement déloyale par ce type de plateforme.
04:27 - Votre proposition, c'est pénaliser d'abord le client, non ?
04:31 - Ce n'est pas pénaliser d'abord le client, puisque c'est un système de bonus-malus.
04:34 - Justement, ce n'est pas une taxe, c'est à la charge du client ?
04:38 - Non, c'est à la charge du producteur, et si le producteur change son mode de production, il n'a pas de malus.
04:42 C'est vraiment ça l'idée, l'idée ce n'est pas d'interdire, l'idée c'est de réguler le marché.
04:46 On a un marché aujourd'hui qui crée de la pollution, qui a des externalités négatives,
04:51 et notre rôle c'est de les réinternaliser.
04:53 Et le jour où Chine change son mode de production, vient produire en France ou en Europe,
04:58 et vous fournit des vêtements plus durables, parce qu'aujourd'hui ce sont des vêtements,
05:01 comme on le disait en début d'interview, des vêtements issus de la mode jetable,
05:05 je porte une fois, je jette ensuite.
05:07 S'ils changent de modèle de production, alors ils auront un bonus,
05:10 et ça sera bénéfique pour vous, pour l'entreprise, pour l'emploi, et pour notre environnement.
05:14 - Vous dites chiche à Chine. Merci beaucoup Antoine Vermorel, député Les Républicains.
05:18 Merci d'avoir été avec nous sur RTL.
05:20 - Merci Jérôme Florent. - Bonne journée.
05:23 Retrouvez cette interview sur RTL.fr
05:26 [SILENCE]
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