00:00 C'était une période épidémique, c'était une période funestre,
00:03 les gens mouraient du sida, il n'y avait aucune thérapeutique à l'époque,
00:05 donc il fallait bien prévenir les gens.
00:07 Je suis le docteur Dayou, je suis installé à Tours depuis 40 ans
00:11 et je me suis engagé dans la lutte contre le sida il y a à peu près 30 ans.
00:14 Je me suis dit on va réunir autour d'une table ronde
00:21 différents professionnels de santé au sens large
00:24 et on va les faire réfléchir sur cette maladie de façon entre guillemets,
00:28 on va porter la bonne parole de façon à ce que les gens prennent de moins en moins de risque.
00:33 C'était une période épidémique, c'était une période funestre,
00:36 les gens mouraient du sida, il n'y avait aucune thérapeutique à l'époque,
00:38 donc il fallait bien prévenir les gens.
00:40 Je me disais un médecin peut prévenir,
00:42 mais ça peut être aussi un pharmacien,
00:44 ça peut être une association,
00:46 ça peut être quelqu'un de la famille.
00:48 Donc ça a démarré il y a 30 ans dans une usine Baxter,
00:52 il faisait un froid de canard, il y avait des bus de chauffage,
00:55 c'était extraordinaire et il y avait plus de 400-500 personnes
00:58 qui étaient là en plein brouillard, j'appelle ça la nuit de brouillard.
01:01 Les gens ne savaient même pas s'ils étaient séropositifs,
01:06 aussi on était dans le brouillard, même moi-même j'étais aussi dans le brouillard,
01:10 me dire est-ce que j'ai pu être contaminé, est-ce que j'étais aussi dans le brouillard.
01:14 Donc tout le monde était en brouillard, même les médecins,
01:17 parce qu'il n'y avait aucune thérapeutique à ce moment-là.
01:20 Dans les services, les gens mouraient
01:22 et on ne pouvait que les accompagner d'une autre manière,
01:24 on ne pouvait les accompagner qu'à la dernière demeure.
01:27 Ce qui était très étonnant par exemple, dans ma clientèle au début,
01:30 j'ai des peintres qui sont venus, je suis même allé jusqu'à aller voir l'exposition à Paris
01:35 pour voir leur dernier tableau qu'ils avaient accroché sur leur tableau
01:39 pour montrer un peu jusqu'où ils avaient pu être vivants.
01:43 Les relations médecins-malades ont changé complètement,
01:50 les malades qui étaient atteints de cette maladie,
01:53 ils savaient quelques fois plus de choses que leurs médecins.
01:57 Le malade venait dire "mais tiens, il y a telle molécule qui marche bien,
02:00 et vous ne savez pas, enfin, il va falloir avancer les choses".
02:03 Donc il y avait le savoir qui a changé.
02:05 En 96, en 96, en 6 mois, vous avez arrivé à une trithérapie,
02:13 vous avez des malades qui étaient gravataires, qui étaient au ras du sol,
02:16 et je dis qu'il y avait une vraie résurrection.
02:18 Résurrection, ça veut dire que vous êtes couché, vous vous relevez et vous marchez.
02:22 J'ai vraiment la vision d'un patient que j'accompagne encore,
02:25 qui a changé complètement, ce que j'appelle la résurrection.
02:28 Il était gravataire, il allait mourir, il s'est retrouvé à une trithérapie,
02:31 il a pu, après, à ce moment-là, petit à petit,
02:34 ne plus avoir de maladies opportunistes ou de maladies graves,
02:37 il a pu retravailler à mi-temps, non seulement il a pu avoir une maison,
02:41 il manaîtra très très bien, il a un boulot de façon extraordinaire,
02:44 et il vivra comme nous tous.
02:46 Et là, actuellement, je dis même, avec les médicaments qui arrivent,
02:50 ça peut aussi donner aux gens de revoir leur vie d'une autre manière.
02:53 De quelle manière je suis guéri d'une maladie qui aurait pu me faire mourir ?
02:56 Comment je peux faire pour mourir en restant vivant ?
02:59 Merci.
03:00 [SILENCE]
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