00:00 C'est ça, à la mairie, j'ai appelé à 7h30 du matin pour les lieux,
00:03 parce que ça allait monter d'un coup d'un coup, le torrent est sorti de son nid.
00:06 La saison, on s'est dit "non c'est bien parce qu'on avait beaucoup de neige"
00:09 et en fait, tous ces pluies déluviennes, elles ont fait fondre la neige.
00:12 C'est ça le sujet, c'est qu'en fait, on avait l'habitude d'avoir des grosses pluies torrentielles
00:16 à la fin de l'hiver, mais on peut s'attendre à avoir maintenant ce phénomène
00:20 tous les mois, toute l'année, et ça va être pour habiter en montagne, un truc difficile.
00:25 [Musique]
00:31 Joël Giraud, député des Hautes-Alpes depuis 2002, ancien ministre.
00:35 Ma vie personnelle et ma vie politique, c'est la montagne.
00:38 Aujourd'hui, elle doit s'adapter, le changement climatique est là,
00:41 sur le plan économique, sur le plan social, sur le plan également environnemental.
00:46 Le changement, c'est maintenant.
00:48 La circonscription de la montagne, c'est un des grands problèmes de la vie.
00:53 La circonscription de Joël Giraud, dans les Alpes du Sud,
00:58 est en première ligne du changement climatique.
01:01 En montagne, la température se réchauffe deux fois plus vite qu'ailleurs.
01:06 Entre le massif des Écrins et l'Oquéra, le député a rendez-vous à Rizou.
01:11 À 1100 mètres d'altitude, début février, il n'y a déjà plus de neige,
01:17 et le village porte encore les stigmates des violentes inondations survenues deux mois plus tôt.
01:24 - Dans l'île, carrément, le torrent, il est passé devant la maison, derrière.
01:27 Il peut être allé partout, d'ailleurs, on voit les traces.
01:29 - Mais celle-là, déjà, le rez-de-chaussée est entièrement plein, là, visiblement.
01:32 - C'est le torrent, oui.
01:33 - Ils étaient chez eux quand c'est arrivé, là ?
01:36 - Oui, ils étaient chez eux, oui.
01:37 - C'est les agents communaux qui ont réussi à les convaincre de partir.
01:40 - De sortir, hein ? - Oui, oui.
01:41 - Ça m'étonnerait qu'on puisse, sur une maison comme ça,
01:43 reprendre le cours de la vie normale un jour, là.
01:47 - C'est un torrent qui débordait régulièrement ?
01:50 - Non, c'est arrivé une fois en 1963, mais pas dans les proportions qu'on a aujourd'hui.
01:55 - C'est dû au changement du climat, bien évidemment.
01:58 On n'avait jamais eu une situation où, en plein mois de décembre,
02:01 où les températures sont quand même ici extrêmement basses,
02:03 on passe d'une chute de neige très importante
02:06 à, d'un seul coup, de la pluie jusqu'à plus de 2000 mètres d'altitude.
02:09 C'est ça, le phénomène qui n'existait pas.
02:12 - Début décembre, il est tombé environ 2 mois de pluie, en 48.
02:17 - Là, la mairie a eu chaud, hein ? - Ouais.
02:20 - Parce que je crois que s'il n'y avait pas eu cette fée, c'était quand ?
02:23 - Ça, ça a été fait l'an passé.
02:25 La mairie de Rizou nous avait appelés parce que la route commençait à se déchausser.
02:29 Et donc, on a fait une rustine, hein, une rustine à 100 000 euros.
02:31 Et donc, les 100 000 euros ont quand même permis, mine de rien,
02:34 à sauver et les services techniques et la main d'hôte.
02:37 Si on n'avait pas fait cette rustine, tout partait.
02:39 - Ah, c'est ça. - Voilà.
02:40 - Donc le problème, c'est que si on voulait éviter tout ce qui s'est passé,
02:44 c'est un programme de 3,5 millions d'euros qu'il aurait fallu faire sur ce terrain.
02:48 Quand on a de la casse comme ça, par dans la casse,
02:51 les cuves affioulent par l'assainissement qui casse.
02:54 Donc il n'y a plus d'assainissement, il n'y a plus rien.
02:55 Tout part en bas, l'eau n'est plus potable, l'eau n'est plus buvable en bas, quelque part.
02:59 Donc il faut bien comprendre que pour éviter ça,
03:01 il faut qu'on puisse faire des protections contre les inondations.
03:05 - Il y a un moment où, finalement, cette eau, elle sert à quoi ?
03:08 - Elle irrigue tout un bassin versant.
03:10 Très concrètement, je propose qu'on prélève une taxe
03:13 sur l'ensemble des contribuables du bassin versant
03:16 pour arriver en solidarité avec les zones de montagne,
03:20 qui sont finalement les pourvoyeuses de l'eau nécessaire à la vie dans les grands bassins,
03:24 comme par exemple la métropole d'Aix-Marseille,
03:26 pour citer celle qui est au bout de la chaîne du Rance-Verdon.
03:29 - Cette idée figure dans le rapport que le député Renaissance
03:33 a remis au gouvernement à l'automne 2023.
03:36 L'ancien ministre de la Ruralité y fait une trentaine de propositions
03:40 pour adapter la montagne au changement climatique.
03:44 La principale victime du réchauffement, ici, c'est le ski,
03:50 alors que toute l'économie en dépend.
03:53 Année après année, les températures grimpent, l'enneigement diminue,
03:57 la limite pluie-neige remonte en altitude
04:00 et la saison de ski raccourcit.
04:04 A Aiguille, au cœur du massif du Quérat,
04:07 le ski n'est déjà plus qu'un lointain souvenir.
04:11 - Alors tu vois là, Joël, Téléski de Chabataron, gare de départ.
04:16 C'est un téléski qui est installé sur les hauteurs d'aiguille.
04:19 Donc il date de 1937.
04:22 C'était un des plus longs de l'Europe à son époque.
04:25 - Bonjour, comment ça va ? - Bonjour Sylvain.
04:27 - Tu vas bien ? - Ça va, très bien, et vous ?
04:30 - Alors dis voir, ce téléski là, tu l'as utilisé toi ?
04:33 - Bien sûr, oui, c'est le téléski de notre enfance, des gamins du pays.
04:37 On a commencé à skier en montant à pied d'abord,
04:41 et puis ensuite on avait le droit d'aller au téléski de temps en temps.
04:44 Donc c'est vrai qu'on l'a pris beaucoup.
04:46 - Et ça te fait quoi maintenant de voir finalement que c'est devenu une statue
04:50 et que la station elle-même a dû malheureusement fermer ?
04:53 - Ça me fait de la peine, oui. C'est sûr qu'il y a toujours un souvenir énorme.
04:56 Les souvenirs de gamins, dès que j'avais 5 ans, 6 ans,
04:59 c'était "Waouh", le matin on se réveillait,
05:02 il y avait 80 cm au mètre de neige.
05:05 C'était assez régulier.
05:07 Et là maintenant, c'est vrai que quand je regarde en face,
05:09 je me dis qu'il est temps qu'on prenne des orientations complètement différentes.
05:13 En dessous de 2500 m d'altitude, je pense qu'il faut penser à autre chose.
05:18 - Aiguille tente de tourner la page du ski.
05:22 En 2006, la commune a fermé la station, qui n'était plus rentable.
05:27 Les remontées ont été démantelées.
05:30 - Les stations, c'est un modèle économique qui est fragile.
05:33 Surtout quand elles sont situées dans des endroits
05:36 qui ont un enneigement de temps en temps aléatoire.
05:39 Il faut dire les choses telles qu'elles sont.
05:41 - C'était le début des difficultés d'enneigement.
05:44 - L'évolution est maintenant inéluctable.
05:46 Ce qui s'est passé ici est quelque chose qui va se passer dans beaucoup de stations
05:50 et qu'il faut trouver un nouvel avenir.
05:53 - Mais Aiguille a bien du mal à s'inventer un avenir en dehors du ski.
05:58 - Suite à la fermeture de la station du domaine Haut du domaine de Pénin,
06:03 on a récupéré les tapis qui sont là, les deux tapis qui sont là derrière nous.
06:07 Et donc on a cet espace qui n'a pas compensé, évidemment.
06:13 C'est un petit complément, mais qui n'est pas forcément important.
06:18 Qui n'est pas à la hauteur de ce qu'on pouvait avoir au niveau de la station.
06:23 - Pour l'instant, on n'a pas trouvé le remplaçant à l'économie du ski.
06:27 - Non, il n'y a pas de remplaçant industriel à l'économie du ski, pour être très clair.
06:32 Il faut utiliser ce potentiel qui est un potentiel de nature absolument exceptionnel.
06:36 Et je continue à penser que le modèle estival appliqué à l'économie hivernale ici,
06:41 en termes de tourisme, puisqu'il faut qu'il continue à y avoir du tourisme,
06:44 bien évidemment en hiver, c'est un modèle qui peut très, très, très bien fonctionner.
06:49 - Pour pousser les élus à réfléchir vraiment au-delà du ski,
06:54 Joël Giraud préconise de classer les stations en trois catégories.
06:59 Celles, comme aiguilles, qui doivent renoncer au ski dès maintenant.
07:03 Celles qui, d'ici 2030, doivent abandonner une partie du domaine skiable
07:08 et où l'État doit arrêter de financer les remontées.
07:12 Et enfin, celles situées en haute altitude ou dans une zone froide
07:17 qui pourraient survivre à l'horizon 2050.
07:21 À 27 km, à vol d'oiseaux d'aiguilles, dans le massif des Écrins,
07:26 Cerf-Chevalier fait partie de ces stations d'altitude un peu moins menacées par le réchauffement.
07:32 Mais à la conscience de l'impact du ski sur l'environnement.
07:37 Alors, Cerf-Chevalier cherche à limiter son empreinte
07:41 et sert de laboratoire pour les énergies renouvelables en montagne.
07:46 - Alors, est-ce que l'éolienne en montagne, ça marche ?
07:50 On est là à 2,4 km du niveau de la mer.
07:54 Donc, on a toujours du vent.
07:57 Et en plus, on est dans un col qui canalise le vent.
08:00 Donc, autant, en général, l'énergie éolienne est intermittente,
08:03 autant ici, on a la même production toute l'année.
08:06 - L'éolienne produit 2 % de l'électricité de la station.
08:11 Il en faudrait une centaine pour que ce soit vraiment intéressant.
08:15 Alors, Cerf-Chevalier mise plutôt sur les panneaux solaires installés sur le toit des remontées mécaniques.
08:22 - On a derrière nous une des installations photovoltaïques de Cerf-Chevalier.
08:26 Il y a 20 sites installés. C'est l'un des 20 sites.
08:29 Et ça marche très bien parce qu'en montagne, on a beaucoup plus d'ensoleillement qu'en plaine.
08:34 On a une réverbération sur la neige qu'on appelle l'effet albédo
08:37 qui permet de renvoyer les rayons du soleil et qui font que les panneaux solaires
08:40 ont un rendement qui est bien supérieur à des panneaux solaires installés ailleurs.
08:44 Et en plus, le froid permet de maintenir ce rendement.
08:46 - Donc, ça marche mieux que prévu ?
08:47 - Ça marche mieux que prévu.
08:48 Avec les panneaux solaires, on produit environ 10 % de notre énergie.
08:52 L'électricité va toujours au plus proche de l'endroit où elle est consommée.
08:55 Donc, ça part directement dans le moteur qui fait tourner la remontée mécanique.
08:58 Ce n'est pas toujours suffisant, mais ça contribue au fonctionnement de la remontée mécanique
09:01 et ça vient en effacement de ce qu'on devrait soutirer sur le réseau.
09:04 - C'est à mon avis le modèle, mais il faut affiner les techniques et il faut effectivement le généraliser.
09:09 - Le problème, c'est de trouver les voies et moyens que toutes les stations arrivent à avoir un mix énergétique
09:16 pour être plus sobre au niveau énergétique, mais diminuer aussi la facture, être moins dépendant.
09:21 Selon le député, il faut simplifier la réglementation pour faciliter l'installation des énergies renouvelables en station.
09:29 Cissère Chevalier parvient désormais à produire 30 % de son électricité en énergie renouvelable.
09:35 Elle cherche aussi à réduire sa consommation.
09:38 Et là, il a fallu innover.
09:41 Chaque matin, avant l'ouverture, un drone survole le domaine.
09:47 Il mesure très précisément la quantité de neige sur chaque piste.
09:52 Ces relevés permettent de créer des cartes, vite devenues indispensables aux dammeurs,
09:58 pour diminuer l'utilisation de neige artificielle.
10:01 - Et bonsoir ! - Et bonsoir, monsieur Giraud !
10:04 - Ça va ? - Merci, bonsoir !
10:06 - C'est quoi cet instrument magique ?
10:08 - C'est la tablette que l'on utilise pour optimiser toutes ces zones.
10:12 On va prendre la neige sur ces taches bleues que vous voyez, et on va venir les répartir sur la couleur verte à rouge.
10:18 La piste se situe entre ce bleu ici et le bleu qui est ici à droite, et là où c'est orange-rouge,
10:24 c'est là où on a vraiment un réel besoin d'une épaisseur de neige homogène sur toute la longueur de la piste.
10:29 Ce qui nous permet d'optimiser la production de neige de culture sur l'ensemble du domaine.
10:34 - D'accord. - C'est des économies d'énergie, c'est des économies de ressources en eau, c'est des économies de carburant.
10:41 - Pour moi, c'est l'idéal pour pouvoir gérer très convenablement un domaine scalable.
10:46 Alors la problématique, c'est peut-être aussi que ça n'est accessible qu'à des grands domaines qui ont donc la possibilité d'investir, voilà.
10:53 - Grâce à ce système, la station a réduit sa consommation de neige de culture de 20% en 4 ans.
11:00 Une réduction significative pour Cerchevalier où un tiers des pistes est enneigée artificiellement.
11:07 Mais le domaine skiable ne représente que 2 à 3% du bilan carbone des stations françaises.
11:14 La moitié des émissions de CO2 est générée par le transport des vacanciers et plus d'un quart par le logement.
11:23 - Joël, bonjour. - Ça va ? - Bon, tu nous montres les lieux ? - Allez, c'est parti. - On y va.
11:29 - Donc, studio, c'est un bâtiment des années 70. - Donc, on est en F, là. - On est en F, tout à fait.
11:37 Chauffage rudimentaire avec des grilles peints d'époque. L'isolation du bâtiment, c'est une isolation des années 70.
11:45 Même si c'est entre guillemets du double vitrage, c'est plus du double vitrage qui peut correspondre aux normes actuelles
11:51 pour entre guillemets avoir un bilan énergétique qui se rapproche des standards, à savoir du C ou du D.
11:57 - Alors, c'est pas un cas isolé, quoi ? - On est plutôt sur du 60-65 % d'habitats, on va dire, de ce type. - Très bien.
12:06 - Donc, comme tu peux le voir, c'est un studio qui a quand même quelques potentialités face aux pistes. - C'est magnifique, là.
12:14 - Exposé sud-ouest. Comme je te le disais, si on regarde la façade, on aurait des possibilités d'isolation par l'extérieur.
12:21 - Par l'extérieur, oui, bien sûr. - Mais bon, là, c'est des travaux qui vont... - Ça fait combien, la loge ?
12:25 - On va être dans les 15-20 000 euros. - Pour revenir dans les normes acceptables en termes de location, par exemple.
12:31 - Joël Giraud propose donc que l'Etat aide à rénover ces milliers d'appartements touristiques.
12:38 - Concrètement, pour rénover un studio comme ça, il n'y a absolument aucune procédure à l'heure actuelle de subventionnement. - Absolument pas.
12:45 - L'idée qui serait celle d'utiliser la prime Rénov' pour des logements comme ceux-ci, ça serait quand même...
12:51 - C'est un axe de financement qui est assez intéressant pour les propriétaires. Ce sont des personnes qui ont "investi" pour leur retraite,
12:59 pour pouvoir avoir un petit subside complémentaire. Et c'est vrai que sans aide comme cette aide qui est proposée, il est difficile de remettre à niveau son appartement.
13:09 - C'est ça.
13:10 Les passoires thermiques sont un fléau dans toutes les stations de ski. Pourtant, au lieu de les rénover, on construit encore et encore.
13:19 Selon Joël Giraud, cette fuite en avant ne peut être jugulée qu'avec un moratoire sur la construction d'immobiliers neufs.
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