00:00 J'ai senti une douleur vraiment très violente.
00:02 J'ai dit à mon mari que ça n'allait vraiment pas,
00:05 que je savais que j'étais en train de mourir.
00:06 Il a paniqué à ce moment-là.
00:08 Je m'appelle Lucie, je suis maman de trois enfants
00:13 et je vais vous raconter mon histoire.
00:14 Le 5 octobre 2020, alors que je suis en train de terminer
00:18 ma troisième grossesse,
00:20 je sens que c'est le bon jour que je vais accoucher.
00:22 Je prends mon temps, j'ai l'habitude,
00:24 j'ai déjà eu deux petits loulous.
00:25 On rentre à la maison, on couche nos enfants, tout ça,
00:27 et on repart avec mon amoureux à la maternité.
00:30 On est bien accueillis, on est bien encadrés,
00:33 tout se passe bien, jusqu'au moment où on m'appuie
00:36 sur le ventre lors d'une poussée, sur le haut du ventre,
00:38 ce qui s'appelle une expression abdominale.
00:40 C'est un geste qui est interdit depuis 2007 en France,
00:44 qui consiste à accélérer la sortie du bébé
00:47 grâce à la pression sur le ventre.
00:49 Je savais que c'était interdit, puisque j'en ai subi une
00:52 sur ma première grossesse, sur mon premier accouchement,
00:54 qui m'avait plutôt interpellée et choquée visuellement.
00:58 De le savoir, je pensais que ça me protégeait,
01:00 mais finalement pas assez.
01:01 J'ai senti une énorme douleur sur le haut de mon ventre.
01:03 Ça m'a vraiment coupé le souffle,
01:05 et j'ai vu de suite deux mains enfoncées dans mon ventre.
01:08 J'ai demandé à ce qu'on enlève les mains de mon ventre,
01:10 chose qui n'a pas été faite, donc j'ai poussé moi-même
01:12 ces mains de mon ventre, qui étaient complètement enfoncées
01:15 comme un coussin.
01:16 Et quand les mains ont quitté mon ventre,
01:18 malheureusement, j'ai senti une douleur vraiment très violente,
01:21 et j'ai tout de suite compris qu'il y avait quelque chose
01:23 qui n'allait pas. Donc j'ai essayé de le verbaliser,
01:25 j'ai essayé d'expliquer que ça n'allait pas.
01:27 Je commençais à moins entendre, moins voir.
01:28 J'avais de fortes douleurs aux bras gauches,
01:30 au niveau de la mâchoire.
01:31 Je n'arrivais plus à respirer, je n'arrivais plus à pousser.
01:34 Sur le coup, l'équipe médicale, ce que je peux entendre,
01:37 ont cru que c'était juste la fatigue de l'accouchement,
01:40 et ont essayé de me motiver à continuer à pousser.
01:42 J'ai dit à mon mari que ça n'allait vraiment pas,
01:44 que je savais que j'étais en train de mourir.
01:46 Il a paniqué à ce moment-là.
01:47 Il a pris parole aussi, et intervenu.
01:49 Ça a un peu accéléré les choses.
01:51 Suite à tout cet affolement,
01:53 ils ont réussi à sortir Noé, mon fils,
01:56 qui était inerte à ce moment-là,
01:57 qui était complètement inconscient.
01:59 Moi, j'avais vraiment conscience
02:00 que j'étais en train de perdre connaissance,
02:01 que j'étais vraiment en train de partir.
02:02 J'ai essayé de lutter le plus longtemps possible
02:04 parce que j'avais envie de le voir se réanimer.
02:06 Malheureusement, je suis partie avant.
02:08 Mais mon mari m'a dit qu'il s'est réanimé assez rapidement
02:11 après ma perte de connaissance.
02:13 Ils lui ont coupé le cordon et il s'est réveillé.
02:15 Que je n'étais pas dans une salle adéquate,
02:17 que je n'étais pas transportable,
02:18 que je perdais énormément de sang.
02:19 Ils n'arrivaient pas, malheureusement,
02:21 à trouver d'où venait l'hémorragie.
02:22 Ils ont cru tout d'abord à une hémorragie de la délivrance.
02:25 Donc, ils ont ouvert toute la partie basse de mon ventre.
02:27 Ne trouvant pas l'hémorragie d'où provenait le sang,
02:30 ils ont appelé une équipe de chirurgiens viscérales
02:32 qui est venue en renfort,
02:34 qui a fini d'ouvrir mon ventre jusqu'en haut.
02:36 Et ils ont fini par trouver qu'effectivement,
02:38 l'artère de ma rate,
02:40 donc l'artère splénique, avait été arrachée.
02:42 Et aussi une veine principale
02:44 qui avait été aussi un peu détachée.
02:46 J'ai été plongée dans un coma
02:49 qui devait durer quelques semaines.
02:51 Malheureusement, je me suis réveillée trois fois
02:53 dès les premiers jours.
02:54 Je pense qu'inconsciemment, j'avais besoin de savoir
02:56 si mon enfant allait bien.
02:57 Je ne sais pas, ça c'est moi qui le dis,
02:58 mais je pense que ça a dû jouer.
03:00 Étant quelqu'un qui n'a pas une forte corpulence,
03:02 je crois qu'ils n'ont pas pu surmédicamenter
03:04 au-delà de ce qu'ils faisaient déjà.
03:06 Donc, ils ont pris la décision de me laisser me réveiller.
03:08 Ils ont demandé à mon mari de venir à l'hôpital
03:10 puisque du coup, je n'étais plus dans le même hôpital que mon bébé.
03:12 Je me suis réveillée,
03:13 je n'avais vraiment pas l'impression d'avoir été dans le coma.
03:15 La première chose que j'ai demandé,
03:16 c'est si mon bébé était vivant.
03:18 Donc, on m'a tout de suite dit qu'il était en bonne santé,
03:20 qu'il était resté dans l'hôpital précédent.
03:22 Donc là, je comprends que je ne suis plus dans le même hôpital.
03:24 On me demande si j'ai mal sur une échelle de 0 à 10.
03:27 Je n'arrivais pas à te reparler,
03:28 donc j'ai mis ma main sur mon ventre
03:29 pour montrer que j'avais mal au ventre.
03:31 Et c'est là que j'apprends que j'ai été opérée
03:32 parce que l'infirmière me dit
03:33 "Ah oui, mais ça c'est la laparotomie,
03:35 donc c'est le nom de l'opération qui consiste à ouvrir le ventre."
03:38 Et du coup, là, je me suis dit
03:39 "Ah, effectivement, j'ai dû louper quelques petites étapes de l'accouchement."
03:42 Ça a été quand même assez physique.
03:44 En plus, j'étais branchée au niveau du cou.
03:46 J'avais des perfusions, des tuyaux de partout.
03:49 J'avais des drains.
03:50 J'avais encore ma péridurale dans le dos
03:52 parce que j'avais des plaquettes tellement basses.
03:54 Ils ne pouvaient rien retirer en termes d'aiguilles de mon corps.
03:57 Le moindre petit truc pouvait me créer des hémorragies.
03:59 C'était assez intense comme réveil.
04:01 Je fais pas mal d'arrêts respiratoires à cause de la morphine aussi.
04:03 Et j'ai fait une sorte de réaction un peu allergique
04:06 aux perfusions et aux médicaments qu'on m'a transfusés
04:09 puisque j'avais la peau de mon corps entière qui me démangeait.
04:12 C'était assez intense.
04:13 Mon état de santé m'a beaucoup moins préoccupée que mon entourage, par exemple.
04:16 Moi, j'avais juste envie que ce soit derrière moi.
04:18 J'avais hâte de ça.
04:19 En fait, j'avais envie d'aller voir mon bébé.
04:20 Alors aujourd'hui, Noé va très bien.
04:22 Il a 3 ans.
04:23 Franchement, il n'a pas eu de séquelles du tout.
04:26 En tout cas, je n'ai pas l'impression qu'il ait eu un traumatisme, qu'il s'en souvienne.
04:29 C'est vraiment un petit garçon plein de vie, avec son petit caractère,
04:33 qui s'amuse toute la journée avec ses frères et soeurs.
04:35 C'est impressionnant ce qui m'est arrivé,
04:36 mais il y a beaucoup plus impressionnant et beaucoup plus dramatique.
04:39 Et même celles qui n'ont pas de séquelles physiques,
04:42 je sais que ça peut être vraiment choquant psychologiquement.
04:45 Certaines ont pu faire des dépressions ou des chocs post-traumatiques
04:48 juste parce que le geste visuellement est vraiment choquant et inquiétant.
04:51 De le savoir, ça ne nous protège pas, en fait.
04:53 Il faut vraiment le verbaliser, le noter dans les projets de naissance.
04:56 Même si vous le savez, verbalisez-le, écrivez-le et protégez-vous.
04:59 !
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