00:00 - Mathin, au 04 67 58 6000, l'État doit-il donner plus de moyens aux associations qui viennent en aide aux plus démunis
00:06 ou doivent-elles faire appel à plus de bénévoles ? En gros, est-ce qu'elles doivent se débrouiller ?
00:10 - Ça revient un peu à ce que vous posez cette question-là, effectivement.
00:13 Vous êtes presque 200 à avoir voté depuis l'après-midi, 192 exactement.
00:18 Vous êtes 52% à dire que c'est à l'État de donner plus de moyens financiers et vous êtes 48%.
00:24 Donc c'est assez logique à dire que c'est aux associations de se débrouiller avec des bénévoles.
00:28 - Et on en parle ce matin, vous nous appelez au 04 67 58 6000, on en parle parce qu'on reçoit Clara Toubol,
00:32 qui est éducatrice spécialisée à l'association GAM, Guillaume.
00:35 - Bonjour Clara Toubol. - Bonjour Guillaume et merci pour l'invitation.
00:38 - Merci à vous d'être venue. GAM, c'est une association qui gère à Montpellier
00:43 deux centres d'accueil de jour de personnes sans-abri à travers deux sites,
00:46 il faut le rappeler, Richter et Gambetta.
00:48 On avait déjà parlé de vous au mois de décembre, puisque vous aviez fait une journée de grève.
00:52 - Tout à fait, le 21 décembre, exactement, devant nos locaux.
00:55 - Au moment du solstice d'hiver. Et de nouveau une grève aujourd'hui, on va en reparler.
01:00 Mais en fait c'est un problème qui dure depuis, on l'a bien compris, depuis plusieurs mois, voire peut-être un peu plus.
01:05 - Disons que le problème effectivement est assez ancien.
01:09 Après on peut dire qu'il y a eu une espèce d'élément déclencheur courant du mois de décembre,
01:13 quand notre direction nous a annoncé en réunion d'équipe que certains contrats,
01:17 trois CDD et deux avenants, ne seraient ni reconduits ni renouvelés,
01:22 mettant en avant des raisons budgétaires, étant donné que notre service est subventionné majoritairement par l'État.
01:28 L'État n'a pas reconduit ces subventions, ce qui met donc fin à des contrats,
01:33 ces contrats concernant des salariés en poste sur l'accueil de jour,
01:37 celui de Gambetta et également celui de Richter.
01:39 - Parce que vous ne faites que de l'accueil de jour ?
01:41 - Pas du tout.
01:41 - Mais là en l'occurrence, à portée sur les activités liées à l'accueil de jour.
01:45 Vous êtes combien de salariés à GAM ?
01:46 - On est... Alors GAM c'est un groupe assez tentaculaire sur la ville de Montpellier,
01:50 on est des centaines de salariés en l'occurrence.
01:52 - Mais là pour ce qui concerne les accueils de jour...
01:54 - Pour ce qui concerne les accueils de jour, on doit être une trentaine.
01:56 - Une trentaine ?
01:57 - A peu près.
01:57 - Avec à peu près donc...
01:58 - Un peu moins d'une trentaine je dirais.
02:00 - Un peu moins d'une trentaine, donc trois contrats CDD non renouvelés, deux autres.
02:03 - Et deux avenants, non reconduits.
02:05 - Donc ça veut dire que c'est un vrai impact quand on ne renouvelle pas des contrats comme ça ?
02:08 - Tout à fait, c'est un réel impact bien évidemment en premier sur les bénéficiaires,
02:12 mais également sur les travailleurs sociaux qui sont honnêtement dans un état d'épuisement et d'inquiétude.
02:18 - Comme peuvent l'être aussi vos bénéficiaires qui veulent vivre à la rue,
02:22 puisque c'est en fait vous accueillez cette population-là.
02:24 - Exactement.
02:25 - Et c'est une fréquentation, vous me donniez les chiffres Clara Toubbala avant de rentrer dans ce studio,
02:29 et incroyable les chiffres que...
02:31 - Tout à fait, c'est-à-dire que proportionnellement à la ville de Montpellier,
02:35 on est considéré comme un des plus gros accueils de jour, particulièrement le site de Gambetta.
02:39 - De France ?
02:41 - De France oui, tout à fait.
02:42 - Vous avez raison.
02:43 - Et on accueille entre 300 et 450, 470 personnes par demi-journée,
02:50 c'est-à-dire que voilà, les nombres concernent les personnes qui prennent leur petit-déjeuner.
02:54 Mais on propose bien d'autres services, notamment un pôle hygiène avec un service de douche,
02:59 de bagagerie, de recharge de téléphone.
03:01 On a également une domiciliation postale.
03:05 De mon côté, moi je travaille sur ce qu'on appelle le SAO,
03:07 c'est un service d'accueil et d'orientation.
03:10 J'accompagne, selon une grille d'évaluation, des personnes majoritairement sans-abri, démunies d'hébergement.
03:16 - Et vous me donniez un autre chiffre aussi tout à l'heure,
03:20 que je pense qu'on peut également donner à nos auditeurs et téléspectateurs,
03:23 c'est le nombre de passages au centre d'accueil annuel qui est considérable.
03:28 - C'est considérable, surtout que les chiffres que j'ai en ma possession ce matin
03:31 concernent le site de Richter, qui est bien plus récent que le site de Gambetta.
03:35 Donc les chiffres concernent, sur l'année 2023, on a comptabilisé
03:40 énormément de passages, 45 456 hommes et plus de 8000 femmes.
03:46 - Plus de 50 000 passages par année.
03:48 - C'est considérable, et vraiment cela considère simplement l'année 2023 pour un site récent.
03:52 - Et on n'est que sur deux sites encore une fois.
03:54 - Exactement. - Et vous n'êtes pas les seuls j'imagine.
03:56 - Alors on n'est pas les seuls mais c'est vrai que...
03:58 - En accueil de jour en tout cas vous êtes un peu la vitrine,
04:00 mais on peut aussi imaginer tous ces centres d'hébergement d'urgence aussi.
04:03 - Justement, ça fait également partie des motifs de notre grève, de notre mobilisation.
04:08 On s'inquiète énormément étant donné que les structures d'hébergement d'urgence
04:13 sont de moins en moins nombreuses, qu'il n'y a pas d'ouverture de place
04:16 contrairement à ce que peut annoncer le gouvernement.
04:18 Et donc nous en tant que professionnels on s'interroge si les personnes
04:22 n'ont pas accès à l'hébergement d'urgence la nuit.
04:24 Que les lieux d'accueil de jour ferment, où vont les gens ? Très clairement.
04:28 Quel lieu pour ces personnes ?
04:30 - On va continuer à parler de ça, on va quand même rappeler aussi, Vivian,
04:33 que le standard est ouvert et que c'est maintenant qu'il faut nous appeler
04:35 ou pour répondre à la question, ou pour nous donner votre sentiment
04:39 par rapport à la situation très compliquée que vivent ces associations aujourd'hui.
04:42 - Alors la question c'est, l'État doit-il donner plus de moyens aux associations
04:45 qui viennent en aide aux plus démunis ?
04:47 Ou doivent-elles faire appel à plus de bénévoles ?
04:49 04 67 58 6000, on veut vous entendre, prenez la parole puisqu'on vous la donne.
04:53 04 67 58 6000, appelez-nous tout de suite.
04:56 - Alors Clara Toubaul, l'État vous dit quoi ?
04:58 Hop, hop, t'as terminé, je ferme les robinets, débrouillez-vous.
05:00 C'est ça en fait quelque part ?
05:02 - C'est l'idée, le souci si vous voulez, c'est que là notre deuxième mouvement
05:05 nous amène ce matin, dans quelques heures, à réaliser un petit déjeuner
05:10 en bas des bureaux de la DETS.
05:12 Donc la DETS est à côté de vos locaux et il s'agit...
05:14 - Un petit quartier en Tigone à Montpellier.
05:16 - Tout à fait, il s'agit de la délégation de l'État qui est présente dans le département.
05:20 Nous devions rencontrer les représentants de la DETS
05:23 afin d'échanger notamment quant à ces questions de financement.
05:27 La rencontre a été annulée il y a à peine deux jours.
05:29 Cette rencontre n'aura pas lieu.
05:31 - C'est vous qui l'aviez demandé ?
05:33 - Tout à fait. - Vous l'avez accordé ?
05:35 - On nous l'avait accordé. - Et une fois qu'ils ont eu connaissance de votre journée,
05:37 ils ont dit "bon bah si vous faites ça, on s'en reçoit pas".
05:39 - Ils ont mis d'autres motifs en avant,
05:41 mais très sincèrement on ne peut pas s'empêcher aussi d'y voir une couche supplémentaire de mépris.
05:46 En fait nous n'avons pas d'interlocuteur.
05:48 Très clairement nous n'avons pas d'interlocuteur.
05:50 Donc on compte organiser un petit déjeuner en bas des bureaux de la DETS
05:54 pour vraiment alerter, attirer le regard sur l'aspect essentiel de nos missions,
05:58 notamment celle de l'accueil de jour,
06:00 et aussi faire prendre conscience de la quantité des personnes qui sont là,
06:04 et de leur existence en fait.
06:06 - En espérant ou en espérant pas une réponse immédiate ou à plus grand terme ?
06:12 - On l'espère. - On n'a pas d'interlocuteur.
06:14 - C'est ça, tout à fait. - Vous vous êtes du coup obligé à cause de ces coupes budgétaires,
06:18 parce que c'est la question qu'on pose ce matin à nos auditeurs,
06:20 vous êtes obligé de faire appel à des bénévoles.
06:22 - Non non, non plus, j'imagine qu'il faut le prouver.
06:24 - On a toujours fait appel à des bénévoles.
06:26 Il n'est pas question, je pense ce matin, de remettre en question
06:28 l'importance du bénévolat, ni même la qualité de ce qu'apportent les bénévoles.
06:32 Par contre, à mon sens, il s'agit vraiment de bien distinguer l'apport des travailleurs sociaux et ceux des bénévoles.
06:40 Un bénévole, par définition, n'a pas d'engagement.
06:42 C'est-à-dire qu'il vient quand il peut venir, il vient s'il souhaite venir,
06:48 et on dépend de leur présence.
06:50 Si on n'a pas de bénévoles, par exemple, étant donné qu'on a de moins en moins de travailleurs sociaux sur l'accueil de jour,
06:54 on n'ouvre pas.
06:55 - Et dernière chose importante avant de prendre Karim, qui nous appelle ce matin,
06:58 il faut faire le distinguo entre une association comme la vôtre,
07:01 et d'autres associations dites caritatives, style Restos du Coeur, Secours Populaire,
07:05 ça n'a rien à voir.
07:07 - Non, pas du tout.
07:08 - Et c'est ça le problème que vous avez aujourd'hui,
07:09 c'est que les gens s'imaginent que vous êtes une association,
07:11 comme les restos Secours Pop, Secours Kato, Emmaüs, ça n'a rien à voir.
07:15 - Ah non, non, non, en fait si vous voulez, les associations que vous venez de citer
07:19 œuvrent pour une distribution, une offre de service, une distribution alimentaire.
07:24 - Alors que vous ?
07:25 - Nous également, bien sûr, à travers le petit-déjeuner, à travers le polygène dont je vous parlais.
07:28 - Vous avez une mission sociale, sous l'autorité de l'État, ce qui n'a rien à voir.
07:32 - C'est tout à fait ça, voilà.
07:33 Donc nous on doit émettre des signalements,
07:35 on doit être formés à repérer les personnes les plus vulnérables,
07:40 donc voilà, la présence des travailleurs sociaux est indispensable.
07:43 - C'est extrêmement important, d'où cette journée d'action aujourd'hui.
07:46 - Karim Marciarg, bonjour Karim.
07:48 - Bonjour Vivian, bonjour Guillaume.
07:50 - Qu'est-ce que vous en pensez, qu'est-ce que ça vous inspire ?
07:52 - Tout d'abord, Guillaume, j'aimerais bien féliciter cette dame
07:57 pour son courage et le courage de ses collègues et tous les gens qui travaillent dans ce secteur,
08:04 d'assister les Français en difficulté.
08:07 Oui, je trouve que l'État doit mettre quand même plus de moyens,
08:11 parce que je ne comprends pas comment on peut laisser les Français en galère,
08:16 en sachant que l'argent, il part à droite, à gauche, pour des causes inutiles pour nous.
08:22 Et de l'autre côté, je me demande quand même,
08:25 la question que je pose c'est pour Macron directement,
08:29 c'est quoi la priorité, M. Macron, vous et votre gouvernement de Charleau ?
08:33 C'est les Français, c'est les démunis, c'est les retraités en galère, en souffrance,
08:39 c'est la guerre en Ukraine ou les pays africains ou aller monter la guerre en Israël ?
08:44 - Macron, Emmanuel, qu'est-ce que vous voulez répondre ?
08:47 Ah, il n'est pas là, pardon, il n'est pas là, excusez-moi.
08:49 - Il va répondre, ne vous inquiétez pas, Vivian, il y en a des oreilles qui écoutent.
08:53 - Bon, ben écoutez, on verra qu'il arrive en tout cas.
08:55 Merci de nous avoir appelés une nouvelle fois ce matin,
08:58 avec la franchise qui est la vôtre et qu'on connaît bien.
09:03 Merci de nous avoir appelés. - Et merci pour votre soutien.
09:06 - Oui, Clara, tout beau, un dernier mot pour finir, il y a vraiment un abandon de l'État aujourd'hui ?
09:10 - Ah oui, oui, il y a vraiment un abandon de l'État et en tant que travailleurs sociaux,
09:14 on a également l'impression de faire partie des oubliés de la société.
09:17 Moi, je tiens à tirer l'attention sur le caractère urgent de nos demandes
09:22 parce qu'il y a une nouvelle précarité depuis le Covid qu'on n'est pas sans ignorer.
09:26 L'inflation grandissante génère également une nouvelle forme de précarité.
09:30 Ça va aller de mal en pis. On a besoin de moyens à hauteur de nos missions
09:35 et c'est très important et on reste mobilisés.
09:37 - Merci Clara Toubaul, éducatrice spécialisée à l'association GAMM,
09:40 qui est donc en grève une nouvelle fois ce jeudi.
09:43 - Merci beaucoup pour l'invitation.
09:44 Vous pouvez réécouter cette interview en allant sur le site internet comme toujours francebleu.fr
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