00:00 On représente les femmes alcooliques comme des femmes qui boivent de façon classe en fait.
00:06 Elles boivent dans des verres à pied, elles boivent du vin.
00:09 Et ça envoie un mauvais message parce que l'alcoolisme c'est pas ça.
00:12 L'alcoolisme c'est l'alcool qui est prégnant.
00:15 C'est pas une maladie qui est glamour, c'est pas une maladie qui est classe,
00:18 c'est une maladie qui est terrible, qui fait des ravages.
00:20 Bonjour, je m'appelle Camilla.
00:25 Vous me connaissez peut-être sous le nom de Camilla Galapias sur les réseaux sociaux.
00:28 J'ai 42 ans, je suis illustratrice et je suis la maman de deux enfants qui ont 16 et 13 ans.
00:34 J'ai un souvenir très précis du moment où je me suis rendue compte que ma mère était alcoolique.
00:38 Je devais avoir, je dirais entre 9 et 10 ans et jusque-là j'avais jamais rien soupçonné.
00:44 C'est un jour où en entendant une dispute entre mes parents,
00:47 ma soeur, ma grande soeur qui a 5 ans de plus que moi,
00:50 a voulu un peu me rassurer en m'expliquant le contexte et en me disant
00:53 "tu sais, maman a un problème avec l'alcool mais t'inquiète pas, aujourd'hui c'est terminé".
00:58 Pour moi, apprendre que ma mère était alcoolique, ça a été un cataclysme
01:02 parce que quand on est enfant, on ne se pose pas tellement de questions sur ses parents,
01:05 en fait on les prend tels qu'ils sont.
01:07 C'est vrai qu'il y avait des choses un peu atypiques chez ma mère,
01:10 notamment le fait qu'elle dormait beaucoup, mais elle s'occupait malgré tout très bien de nous.
01:13 À partir du moment où j'ai été au collège où son alcoolisme a commencé à prendre plus de place,
01:19 j'avais l'impression que la seule chose que je pouvais faire,
01:21 parce qu'on est complètement désemparé quand on a un proche qui est alcoolique,
01:25 c'était de la protéger de sa consommation et de son envie de boire.
01:27 Je faisais ce que je déconseille absolument, mais c'était la seule porte de sortie que j'avais trouvé,
01:32 c'était d'essayer de trouver ses bouteilles pour les vider,
01:36 de façon à limiter et à freiner sa consommation au moins pour la journée.
01:40 À partir du moment où on a un parent malade alcoolique,
01:43 c'est nous, en tant qu'enfant, qui prenons soin de lui,
01:45 du coup on se responsabilise beaucoup plus tôt, on gagne en maturité beaucoup plus tôt
01:49 et on perd surtout énormément d'insouciance beaucoup plus tôt.
01:53 Être enfant d'alcoolique, ça provoque une grosse ambivalence de sentiments.
01:58 Pour ma part, à la fois j'adorais ma mère réellement,
02:00 en plus c'était une petite dame, elle mesure 1m50, elle était toute frêle,
02:06 elle était rigolote, c'était quelqu'un d'extrêmement intelligent, de vraiment brillant,
02:10 et je l'adorais.
02:12 Et en dehors du moment où elle était elle-même, quand elle était sous l'emprise de l'alcool,
02:16 très honnêtement, encore aujourd'hui j'ai honte de le dire, mais j'avais une aversion pour elle.
02:21 Il y avait ma maman et puis il y avait l'autre, celle que vraiment je supportais pas.
02:25 Sauf que je savais que derrière l'autre, il restait ma maman quelque part.
02:29 C'est vraiment quelque chose qui est compliqué parce que ça rajoute à la culpabilité.
02:33 On se sent le coupable de ne pas réussir à aider son parent,
02:35 et on se sent le coupable parfois de le détester.
02:39 C'est seulement en écrivant la BD "Fille d'alcoolo" que j'ai réalisé
02:44 que ma mère s'était toujours battue contre sa maladie.
02:47 Elle a suivi beaucoup de cures, elle est allée voir énormément de médecins.
02:51 Dans tout ce parcours de soins qui était très riche,
02:55 à aucun moment un professionnel de santé n'a estimé nécessaire de nous recevoir,
03:00 ma sœur et moi, en tant qu'enfant du foyer où évoluait le malade,
03:04 pour voir comment nous on s'en sortait avec ce bagage-là.
03:06 Aujourd'hui je sais qu'il existe quelques associations,
03:09 notamment l'association Alanon Alatine,
03:11 qui s'occupe d'écouter les enfants et les proches de personnes alcooliques.
03:15 On représente les femmes alcooliques comme des femmes qui boivent de façon classe.
03:22 Elles boivent dans des verres à pied, elles boivent du vin.
03:25 Et ça envoie un mauvais message parce que l'alcoolisme c'est pas ça,
03:28 l'alcoolisme c'est l'alcool qui est prégnant,
03:30 c'est pas une maladie qui est glamour, c'est pas une maladie qui est classe,
03:34 c'est une maladie qui est terrible, qui fait des ravages.
03:36 Dans l'imaginaire collectif, c'est plutôt l'alcoolisme masculin,
03:40 qui se cache moins, qui est un alcoolisme, j'ai envie de dire, plus extérieur au domicile,
03:48 où on peut aller dans des bars, où retrouver des copains.
03:52 Il n'est pas moins grave, mais il est plus représenté.
03:54 L'alcoolisme féminin, c'est un alcoolisme qui est complètement tabou,
03:57 parce qu'il y a un peu cette image qu'une femme, et encore moins une mère,
04:01 ne devrait pas s'auto-détruire.
04:04 C'est pas ce qu'on attend d'une femme.
04:05 Une femme, elle doit être sacrificielle, une mère, elle doit être sacrificielle,
04:08 doit s'occuper de son foyer, elle doit toujours être bien présentée,
04:12 elle doit tenir sa maison.
04:14 Et le fait qu'elle puisse faire quelque chose d'aussi dégradant que s'auto-détruire,
04:19 quel que soit le médium, et là c'est avec de l'alcool,
04:22 c'est quelque chose qui est extrêmement tabou.
04:24 Ce qui pousse les femmes, en général, à boire chez elles.
04:26 La plupart des femmes qui souffrent d'alcoolisme,
04:28 c'est un alcoolisme qui est dans le microcosme de leur foyer.
04:32 Et en tant qu'enfant, du coup, ça rend ça encore plus difficile,
04:35 parce qu'on a vraiment l'impression qu'il y a un monde extérieur,
04:38 et que notre monde intérieur est complètement chamboulé.
04:41 Comme un peu comme si on faisait partie d'une boule à neige,
04:43 et que c'était impossible d'en sortir.
04:45 Je me suis dit "mais si moi je le vis comme un immense tabou,
04:47 comme un grand secret, je suis peut-être pas la seule".
04:49 Et j'ai commencé à publier mon histoire sur Instagram.
04:52 Je le disais à personne jusque-là, et d'un coup je me suis mise du coup à le dire à tout le monde,
04:55 parce que j'avais la chance d'avoir pas mal d'abonnés.
04:58 Je me suis dit "je vais être complètement transparente
04:59 et leur raconter en fait ce que j'ai vécu".
05:01 Et donc, j'ai commencé à publier les premiers épisodes de Fille d'Alcolo.
05:05 Et de là, ça a été vraiment un raz-de-marée de commentaires et de messages privés,
05:09 de gens qui me disaient "moi aussi j'ai vécu ça,
05:11 ça me fait du bien d'en entendre parler".
05:14 Il y a quelques choses que j'ai apprises dans le fait de partager mon histoire,
05:18 c'est qu'en fait on est plein à avoir vécu ça,
05:21 et on est responsable et on est coupable de rien,
05:23 donc ça a pas à être une honte.
05:24 On est coupable de rien, ça c'est une évidence,
05:27 on est victime de l'alcoolisme au même titre que le malade.
05:30 Et qu'en parler, se tourner vers une association,
05:35 ne pas rester avec ce secret comme si le monde allait s'écrouler
05:38 si quelqu'un l'apprend, c'est essentiel.
05:40 !
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