00:00 [Musique]
00:13 Occupe-toi d'Eliot.
00:15 Oui, ça c'est mon père, donc c'est à la fois ma mère et ma soeur qui m'a raconté cela.
00:24 Quand papa part pour acheter des poulets supplémentaires le jour du mariage civil de mon frère,
00:31 je braillais, je pleurais, et il m'a pris et il m'a mis dans les bras de ma mère,
00:36 ça fait juste un an, en disant "Occupe-toi de lui", et il est parti, et puis arrive l'accident, il décède.
00:43 Et c'est ma mère, ça a toujours été, comment dirais-je, ça a été les dernières paroles de mon père,
00:50 donc pour elle c'était, on dirait, une indication, un ordre,
00:55 et c'est la raison pour laquelle quand trois de mes frères sont allés à l'orphelinat,
01:01 les autorités disaient "On va prendre Eliot aussi", et ma mère s'y est opposée,
01:07 donc quand je suis resté avec ma mère, c'est vrai que j'ai été le fils de ma mère.
01:13 Eliot, à midi, au Belvédère.
01:17 Oui, ça c'est Jean-Luc Duhasne, qui était une personnalité d'une intelligence rare,
01:23 et qui avait des allures rustres, brusques, mais qui était très subtile, et un homme de grande culture,
01:32 mais la première fois, donc Philippe Busquin me dit "Vous le pourpoint, tu vas devenir vice-premier ministre",
01:38 moi j'étais ministre de l'éducation, je n'imaginais pas une seconde qu'on allait m'appeler pour être vice-premier ministre,
01:45 j'étais parmi les plus jeunes ministres socialistes avec la fonction ministérielle.
01:51 On est en 94 à ce moment-là.
01:53 Nous sommes en 94, oui, et Monsieur Busquin prend son téléphone, Jean-Luc souhaite passer Eliot,
02:03 et moi alors je me regarde à vous, j'avais jamais vu Monsieur Duhasne, je n'avais jamais discuté avec lui,
02:09 donc un premier ministre, ça se respecte même au téléphone, oui Monsieur le Premier ministre,
02:14 le Dieu, au Belvédère à midi et demi, pouf, il ne raccrochait même pas le temps de dire "Merci, où est le Belvédère ?"
02:20 et puis nous ne savions pas où était le Belvédère, et donc mon chauffeur et moi-même,
02:25 on a déployé des cartes et on s'est mis à chercher parce que, à l'époque, on n'avait pas de GPS ni rien,
02:31 et pour finir, par déduction, on s'est dit "C'est quand même pas très loin de Lacone,
02:35 je ne vois pas le roi aller faire tout le tour de Bruxelles", et c'est quand même pourvu, nous avons trouvé,
02:39 nous sommes arrivés à peu près à l'heure.
02:42 Nom de code, eau de Somme.
02:45 Oui, ça c'est durant toute la passation, enfin la passation, comment dirais-je,
02:52 l'abdication du roi Albert et l'avènement du roi Philippe.
02:57 En réalité, la première fois que le roi Albert m'annonce qu'il va abdiquer,
03:03 nous sommes en avril, et il me dit "Ce sera pour le 22 juillet".
03:09 Et d'une manière instinctive, encore une fois, je lui ai dit "Non, chère, ce n'est pas possible,
03:15 parce que ce n'est pas possible, vous allez laisser un temps tellement long
03:21 que tous les anti-monarchistes, toutes celles et ceux qui pensent que la fonction royale doit être réduite
03:30 jusqu'au présent terme, inaugurent, et vont s'en donner la curieuse,
03:36 d'autant plus qu'il y avait eu beaucoup d'incidents au Parlement pour des raisons financières,
03:41 avec la reine Fabiola qui avait créé une fondation, il y avait vraiment des débats,
03:47 je dirais presque toutes les semaines, sur la famille royale,
03:51 et je trouvais que ça allait, nous prenions des risques.
03:55 Alors, non pas que je sois royaliste, etc., mais dans notre pays,
04:01 où il y a des rlandophones francophones, où il y a vraiment des tendances,
04:06 notamment lors du pays de Vaux-Varsovie, c'est clair que le roi constitue une espèce de structure fêtière.
04:12 Et cette structure fêtière va être la plus solide possible.
04:16 Et voilà, donc je lui ai dit "Non".
04:19 Et pour finir, on a beaucoup travaillé durant cette période,
04:22 mais on a travaillé dans le plus grand secret, d'ailleurs, je n'avais rien dit.
04:26 - Ce nom de code, c'est le nom de l'hôtel où vous avez disputé tout ça ?
04:29 - Le nom de code, c'est le nom du restaurant où nous sommes allés,
04:34 en sortant du palais royal, après l'annonce au mois d'avril.
04:38 J'ai réuni, à ce moment-là, il y avait trois personnes avec moi,
04:42 donc on a décidé de coder toutes les notes.
04:46 - "Nous voulons un bon rouge, pas un mauvais rosé, qui a tourné à la piquette à force d'y avoir mis de l'eau."
04:52 - Oui, je ne sais pas, c'est moi qui ai dit ça ?
04:55 - C'est Raoul Hedebouw.
04:56 - Écoutez, il a toujours été comme ça, hein.
04:59 Il a toujours fait croire à ses sympathisants que lui était vraiment rouge,
05:05 et que c'était celui qui savait, qui défendait la classe ouvrière,
05:12 ou les personnes les plus défavorisées.
05:14 En réalité, son action, elle est nulle,
05:18 puisque ils n'ont jamais assumé des responsabilités,
05:21 bien que ce leur est proposé aux gens des PTB de participer au gouvernement.
05:27 Donc l'action est nulle.
05:29 Et par ailleurs, l'avènement aussi important du PTB n'a fait que conforter la droite.
05:35 D'ailleurs, quand ils ont fait un bond en avant en 2014,
05:39 on a eu un gouvernement, un MRNVA,
05:42 un des gouvernements les plus adroits depuis la naissance du pays.
05:47 Donc voter PTB, c'est faciliter la droite,
05:51 voir une droite très dure dans notre pays.
05:54 - Oui, et alors ?
05:57 - Oui, donc ça c'est... je me souviens très bien.
06:00 Donc ça c'était lors de tout cet épisode de "Fausses accusations de pédophilie".
06:07 Nous étions le lundi,
06:09 donc De Haan me parle de ça la nuit du vendredi au samedi.
06:15 Le samedi, on trouve dans le Standard un autre journal néerlandophone des éléments.
06:20 Nous sommes le lundi à un bureau de parti,
06:23 donc je dois expliquer aux membres du bureau de parti la situation.
06:27 Et quand j'arrive, il y a une meute de journalistes,
06:30 on se serait cru un peu comme Madonna,
06:34 enfin il y avait une action qui était inimaginable.
06:37 Et on pose des questions, je réponds à toutes les questions.
06:40 Puis une des journalistes me dit,
06:43 "Monsieur le ministre de l'humanité, on dit que vous êtes homosexuel."
06:46 Je dis "Oui, alors ?"
06:48 Et alors à ce moment-là, tous vos collègues pétrifiaient.
06:53 Il y avait un silence, plus personne n'a bougé.
06:56 Parce que je crois qu'ils s'attendaient à ce que je tourne autour du pot.
07:03 Je m'excuse de faire appel si souvent à mon ventre,
07:07 mais j'ai répondu vraiment,
07:09 "Voilà, qu'est-ce que je veux dire ? Alors ?
07:13 Quelle est l'amalgame qu'on veut faire avec ça ?"
07:16 Et je crois que ça m'a sauvé.
07:18 Parce que vos collègues ont tout de suite perçu
07:23 qu'il y avait une très grande honnêteté dans la démarche.
07:26 Et ça m'a beaucoup aidé par la suite,
07:28 je n'en étais pas conscient, donc ça s'est sorti comme ça.
07:31 Mais ça a été un grand moment, oui, ça.
07:33 [BIP]
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