00:00 Les chiffres donnent le sourire, les musées en Alsace ont battu des records de fréquentation l'année dernière.
00:05 C'est d'ailleurs la tendance nationale.
00:06 Et ce matin, nous vous écoutons, vous, au 03 88 25 15 15,
00:10 et nous échangeons avec la directrice des musées de Strasbourg.
00:12 Bonjour Émilie Girard.
00:14 Bonjour.
00:14 Vous êtes toute nouvelle directrice, même puisque vous êtes arrivée le 1er janvier.
00:18 Vous venez du Mucem à Marseille, qui est le musée des civilisations de l'Europe et de la Méditerranée.
00:23 Ces chiffres, ils sont excellents à Strasbourg aussi, qui compte 11 musées municipaux.
00:27 Qu'est-ce qui se passe pour que ça cartonne autant ?
00:30 C'est peut-être un peu trop tôt pour l'analyser encore,
00:33 mais c'est vrai que ce sont des chiffres, vous le disiez, qui sont très représentatifs de ce qui se passe au niveau national.
00:39 Les musées constatent une hausse importante.
00:41 À Strasbourg, 688 000 visiteurs en 2023.
00:44 C'est une hausse de 19 % par rapport à l'année précédente.
00:47 Donc c'est des très, très bons chiffres.
00:49 Strasbourg bat tous ses records de fréquentation d'ailleurs.
00:52 C'est même mieux qu'avant le Covid.
00:53 C'est même mieux qu'avant le Covid.
00:54 Donc il y a une nette reprise.
00:56 On le voit, je le disais, sur le plan national.
00:59 Tous les chiffres qui tombent sont de cet ordre-là.
01:02 Et je crois qu'on assiste aujourd'hui à un retour des gens au musée après le Covid.
01:06 Il y a eu une baisse extrêmement importante, on le sait.
01:10 Et aujourd'hui, les gens reviennent.
01:11 Et les gens reviennent, je pense, avec des attentes différentes.
01:13 C'est ce qui est vraiment intéressant.
01:15 La sociologie des publics est différente aussi.
01:17 - Oui, il y a tous les publics qui reviennent, alors ceux qu'on n'avait pas vus depuis longtemps et qui reviennent au musée.
01:21 - Alors, ce qui est intéressant de voir, c'est qu'on vient moins seul, plus en groupe.
01:26 En famille. Et que les publics rajeunissent.
01:28 Et ce rajeunissement, il n'est pas seulement dû au fait que les personnes les plus âgées viennent moins,
01:33 par crainte de contamination, mais parce qu'il y a plus de jeunes.
01:36 La proportion de jeunes augmente vraiment.
01:38 Ce n'est pas simplement par défaut.
01:40 Et ça, ça nous oblige aussi, nous, les musées, à réinventer nos modes d'adresse au public.
01:44 À pouvoir travailler autrement, de manière à pouvoir répondre aussi à des attentes sociétales qui sont très différentes.
01:50 - Et ce rajeunissement, ce n'est pas uniquement parce qu'il y a plus de groupes scolaires qui permettraient de faire baisser la moyenne ?
01:55 - Non, les visiteurs individuels qui viennent en groupe sont plus jeunes.
01:59 - À Paris notamment, les musées ont dû faire sans les touristes asiatiques qui ont beaucoup manqué.
02:05 Est-ce que les touristes aussi ont manqué en Alsace ?
02:07 - Les touristes ont nécessairement manqué pendant la période de crise.
02:10 Mais là aussi, ils reviennent.
02:11 Et il suffisait de se promener dans le marché de Noël cette année pour voir à quel point ils étaient à nouveau présents.
02:16 Et ça se ressent aussi dans la fréquentation des musées, évidemment.
02:19 Je discutais encore en salle hier avec des agents de surveillance qui me disaient
02:23 qu'on manque d'audio guides dans différentes langues, qu'on a une demande.
02:27 Donc c'est bien la preuve que ce public est aujourd'hui revenu.
02:30 Pour autant, je pense qu'il faut apporter aujourd'hui une attention tout à fait particulière au public loco.
02:35 On l'a vu, le Covid nous l'a révélé.
02:38 Les personnes qui reviennent le plus facilement après des crises, après des épisodes difficiles.
02:42 Donc je crois qu'aujourd'hui, là aussi, ça a changé le regard des musées par rapport à leur public.
02:46 - Justement, c'est d'ailleurs ce que nous disait Thierry Kahn qui s'occupe du musée Unterlinden à Colmar. On va l'écouter.
02:51 - Ce qui est important à voir, c'est qu'en 2022, il y avait 31% de locaux et maintenant il y en a 61%.
02:59 Ce qui veut dire que le Delta est composé beaucoup de gens de l'Est.
03:03 Il y a une vraie volonté de revenir, un besoin de culture en résumé, qui est tout à fait évident.
03:08 Sachant que nous avons aussi ouvert les portes à d'autres manifestations, à d'autres activités telles que la danse, l'opéra du Rhin.
03:15 Les gens viennent pour ceci ou pour cela, mais il faut qu'ils viennent. Ils ont très envie de se déplacer au musée.
03:19 - Plus de locaux au musée Unterlinden notamment, vous le constatez aussi à Strasbourg.
03:24 Le public attend quoi d'une visite au musée aujourd'hui ? Qu'est-ce que ça veut dire, Émilie Girard ?
03:27 - Je crois que le public, aujourd'hui, attend d'une visite au musée une expérience.
03:31 On ne va pas au musée comme on lit un livre. On attend que son corps soit mobilisé.
03:35 On attend de ressortir avec des émotions, avec du contenu, parce que ça, je défends ardemment aussi.
03:40 Le fait que les musées sont des lieux scientifiques où on apporte, où on délivre quelque chose, un contenu, un savoir.
03:45 On explique, mais on attend aussi une émotion. Et ça, une émotion qui peut être transmise,
03:50 évidemment, par l'art, par les questions de société.
03:53 On parlait en début, avec le témoignage de la visiteuse de l'exposition Sida,
03:57 qu'ils sont des questions aussi sociétales importantes, que les musées, aujourd'hui, se doivent de discuter, de mettre sur le débat.
04:05 Donc voilà, c'est une pluralité de choses. Et mon collègue du musée Le Colmar en parlait aussi.
04:09 D'autres formes artistiques au musée, la danse, le spectacle, les interventions, autres,
04:13 les musées s'ouvrent de plus en plus. Et je crois que ça, c'est une tendance vraiment de long terme.
04:16 - Quelle expérience, quelle émotion, vous, avez-vous découvert, peut-être, apprécié, lors d'une récente visite dans un musée alsacien ?
04:25 Vous témoignez ce matin, vous vous faites aussi, tenez, la promotion, si on peut dire, de l'expo que vous avez appréciée.
04:30 Venez nous le dire, nous le raconter, sur France Bleu Alsace.
04:32 C'est votre moment jusqu'à 8h, 03.88, 25.15.
04:36 - Vous avez été nouvellement nommé, Émilie Gérard. Quelles vont être vos priorités dans les prochains mois ?
04:42 - Alors, il y en a beaucoup, mais je dirais que c'est effectivement toujours cette quête des publics.
04:48 On s'en réjouit, les publics viennent de plus en plus nombreux.
04:50 Pour autant, et ça, ça fait plus de 30 ans qu'on le constate, c'est toujours la même catégorie de public qui vient.
04:57 Et je crois que là aussi, aujourd'hui, de manière générale, les musées sont de plus en plus sensibles au fait d'aller chercher ceux qui ne viennent pas.
05:02 - Catégorie sociale, vous voulez dire ?
05:04 - Catégorie sociale, tout à fait. C'est toujours les classes les plus favorisées qui viennent au musée.
05:08 Et donc, on a aujourd'hui, on recherche les moyens de proposer des choses autrement, de sortir des murs du musée,
05:15 de présenter le musée ailleurs, hors de ses murs, de manière à pouvoir inviter aussi à venir et à visiter,
05:23 et à persuader les gens qu'ils y trouveront quelque chose, quelle que soit leur culture,
05:30 quel que soit leur milieu socio-professionnel, quelles que soient leurs attentes.
05:33 Donc, on travaille vraiment une diversification des palettes, de manière à pouvoir faire que les musées soient des vrais lieux d'accueil vivants et conviviaux.
05:41 - Est-ce que la tarification est un sujet, dans ce cas ? Parce qu'on voit le musée du Louvre, qui aujourd'hui passe son tarif d'entrée de 17 à 22 euros.
05:47 Est-ce qu'à Strasbourg, vous gelez les tarifs, ou peut-être essayez de revoir la politique tarifaire pour attirer ?
05:53 - Pour l'instant, le sujet n'est pas sur une hausse des tarifs dans les musées de Strasbourg.
05:58 Mais c'est vrai qu'aujourd'hui, les musées sont un peu face à des injonctions contradictoires.
06:02 On leur demande d'avoir de plus en plus de moyens, on leur demande d'être de plus en plus accessibles.
06:06 Et donc, il convient de travailler ce sujet de l'équilibre, du juste prix,
06:10 de manière à pouvoir faire que le musée reste un lieu dans lequel on va facilement, sans trop se poser de questions.
06:17 Et d'un autre côté, que les musées puissent avoir les moyens aussi de leurs ambitions,
06:20 c'est-à-dire de pouvoir avoir l'argent nécessaire au développement d'une politique scientifique et culturelle adéquate.
06:25 Donc, c'est des calculs qui sont compliqués, qui se font sur le temps long, qui se font en dialogue, bien sûr, avec les tutelles,
06:30 que ce soit les collectivités locales ou le ministère de la Culture pour les établissements nationaux.
06:35 Mais c'est des vrais sujets, effectivement, de discussion.
06:38 Mais pour l'instant, à Strasbourg, en tout cas, il n'y a pas de question de ce point de vue-là.
06:42 - Un des grands événements qui va arriver à Strasbourg dans les prochains mois
06:46 et qui va vous concerner directement en tant que directrice des musées de la ville,
06:49 c'est Strasbourg, capitale mondiale du livre, à partir du mois d'avril.
06:52 Est-ce qu'il y aura des expositions associées à ce thème de la lecture et du livre ?
06:56 - Bien sûr, c'était inenvisageable que les musées de Strasbourg ne soient pas associés à cet événement culturel majeur.
07:03 Donc, les équipes ont travaillé depuis plusieurs mois, plusieurs années à la préparation d'expositions.
07:08 Dès le mois d'avril, on aura une exposition consacrée à la figure de Gustave Doré,
07:13 le grand illustrateur, évidemment, qu'on ne présente plus.
07:16 Julie Doucet, aussi, dessinatrice, qui sera présente juste à côté de ce studio, au musée Tom Junger.
07:23 Et puis, toute une quirielle d'autres projets de réaccrochage dans les salles
07:28 ou de grandes expositions comme "Place à Guttenberg" au musée d'Histoire,
07:32 un petit peu plus tard dans l'année, qui reviendra sur cette figure majeure
07:35 dont le monument de David d'Angers est tout près du musée.
07:38 Donc voilà, c'est une programmation riche qui va être foisonnante.
07:41 On accueillera évidemment aussi les événements de la grande lecture au moment de la semaine du lancement.
07:45 Donc, venez au musée en avril et tout le long de l'année,
07:48 vous découvrirez toute cette programmation très très riche.
07:50 - Émilie Girard, directrice des musées de Strasbourg, invitée du 6/9 de France Bleue Alsace ce matin.
07:55 L'un des enjeux, c'est aussi de faire des exploits avec des noms qui attirent,
07:58 des noms, on va dire, "bankable", si on peut parler comme ça.
08:01 Est-ce que vous aimeriez faire venir plus de grandes stars de la peinture, par exemple,
08:05 dans les musées alsaciens, strasbourgeois ?
08:07 - Des Picasso, des Matisse, des noms qui font un peu rêver, qui claquent.
08:12 - Des noms qui claquent.
08:13 Oui, alors ça, c'est effectivement...
08:16 On en rêve tous d'avoir des grandes expositions comme ça.
08:18 Après, il y a le principe de réalité sur le budget de tels événements.
08:21 Pour autant, je pense qu'on a à Strasbourg une chance incroyable,
08:25 c'est d'avoir des collections qui sont hyper riches, hyper intéressantes,
08:28 avec des grands noms de la peinture classique, avec des grands artistes contemporains,
08:32 et qu'on peut s'appuyer sur cette richesse-là pour faire effectivement des choses
08:35 qui donnent envie de venir au musée, qui parlent au plus grand nombre,
08:37 je pense que c'est important.
08:38 Pour autant, on a aussi une mission de faire découvrir des artistes un peu moins connus.
08:42 Et ça, j'y crois beaucoup, donc il faut trouver le juste équilibre dans cette programmation.
08:46 Moi, j'ai des idées en tête, mais dont je ne parlerai pas encore,
08:49 parce que ce sont des productions, des propositions qui doivent être nourries avec l'équipe.
08:53 Donc on va commencer à en discuter, de manière à pouvoir là aussi donner envie,
08:57 par ces noms, par ces découvertes, de venir au musée.
09:01 - Une dernière question à propos de la nomination de la nouvelle ministre de la Culture, Rachida Dati,
09:05 qui est peut-être la seule surprise, à ne pas être surprise, de sa nomination.
09:09 Ça vous a surpris, vous ?
09:11 - Oui, ça nous a surpris, parce que ce n'étaient effectivement pas
09:14 les noms qui figuraient dans les listes qu'on entendait.
09:17 Voilà, donc je crois qu'elle va s'atteler au travail.
09:19 Elle a des équipes, elle a une administration qui va pouvoir
09:22 lui transmettre les priorités et les dossiers en œuvre.
09:25 Donc on attend, je crois qu'il y a une grosse attente de ce côté-là,
09:28 de savoir comment les choses vont se passer dans les semaines qui viennent.
09:30 - Vous pensez pouvoir travailler avec elle ?
09:32 - On verra, enfin je veux dire, pour l'instant, on est ouvert.
09:35 Je crois que le monde de la culture a des attentes, clairement.
09:39 A des craintes, peut-être.
09:41 Mais je crois que tout le monde est ouvert à la discussion pour que les choses avancent
09:44 et qu'on puisse porter les projets qui nous tiennent tous à cœur.
09:47 - Merci beaucoup, Émilie Gérard, d'être venue au micro de France Bleu Alsace
09:50 pour nous parler de ces très bons chiffres,
09:52 ces excellents chiffres des musées de Strasbourg et de cette belle année qui s'annonce.
09:55 Bonne journée à vous, merci. - Merci.
Commentaires