00:00 (Générique)
00:05 -Après tous les attentats que la France a subis,
00:07 les attentats théoriques ces dernières années,
00:09 alors il a beaucoup été question, à chaque fois,
00:11 de stress post-traumatique.
00:13 Et Brigitte, vous nous dites que c'est un syndrome assez spécifique,
00:18 il ne faut pas se tromper, mais pour commencer,
00:20 faites-nous un petit rappel d'ailleurs sur les différentes causes
00:23 qui peuvent engendrer ce syndrome-là.
00:26 -En fait, c'est un traumatisme violent devant lequel
00:30 la personne se sent totalement impuissante.
00:33 Mais ça peut être n'importe quel traumatisme,
00:35 ça peut être une catastrophe naturelle,
00:38 ça peut être une inondation, un feu, un tsunami,
00:41 ça peut être un accident.
00:43 -Certes, mais là, on en a parlé, tout le monde connaît cette expression-là,
00:46 parce que le soir même, dans les journaux, on disait
00:48 telle et telle personne qui ont été victime
00:50 ou qui ont été témoin de ça, et les équipes arrivent,
00:53 pourquoi faire ? Parce qu'eux, ils sont victimes
00:56 de stress post-traumatique.
00:58 -C'est ça, ça concerne et les victimes,
01:01 et les témoins, et les sauveteurs.
01:03 Ça peut concerner les enfants comme les adultes,
01:06 effectivement, tout le monde peut être sujet
01:09 à ce stress post-traumatique.
01:10 Mais ce qu'il faut comprendre, c'est surtout le mécanisme
01:13 dans le cerveau, en fait.
01:15 Vous savez que pour ça, il faut revenir au stress normal.
01:18 Quand on a un stress normal, on a la sécrétion
01:22 essentiellement de deux hormones, le cortisol et l'adrénaline.
01:26 L'idée, c'est quoi, devant un stress ?
01:28 C'est de pouvoir ou se battre ou s'enfuir.
01:30 Donc, c'est d'avoir de l'énergie, d'avoir tous nos sens en éveil,
01:34 et donc, ces hormones sont là pour nous mettre
01:36 tous les sens en éveil.
01:38 On verra mieux.
01:39 À l'époque, ça remonte quand même à l'époque
01:41 où les prédateurs, c'était des ours ou mammouths ou autres.
01:45 Donc, il fallait vraiment pouvoir réagir.
01:47 Les yeux, donc, la vue en éveil, l'odorat, l'ouïe,
01:51 mais surtout le cœur qui s'accélère pour qu'il y ait beaucoup de sang
01:54 qui arrive partout, avec les muscles qui sont prêts à défendre,
01:59 la capacité pulmonaire respiratoire qui s'ouvre justement aussi
02:03 pour avoir du souffle, tout ça est très bien fait
02:06 pour pouvoir libérer cette énergie, soit en se battant, soit en allant.
02:11 - Ça décupe vos forces et votre capacité à fuir.
02:14 - Mais le problème, c'est que quand il y a trop de sécrétion
02:18 de ces hormones, ça peut détruire votre organisme.
02:22 Ça, c'est bien si vous arrivez après à avoir ce qu'on vient de dire,
02:26 à libérer cette énergie, mais quand vous ne pouvez pas
02:28 la libérer, cette énergie, cette sécrétion comme ça,
02:31 trop forte d'hormones, elle peut détruire votre cœur,
02:34 votre cerveau, on peut mourir de stress, on peut mourir de peur.
02:39 - Pourquoi tu fais un arrêt cardiaque en ce moment ?
02:41 - Oui, tu peux très bien faire un arrêt cardiaque.
02:43 - Je vais te donner un exemple.
02:44 - Je vais t'accélérer.
02:45 Et donc là, comme le cerveau est très malin,
02:47 qu'est-ce qu'il fait le cerveau ?
02:49 Il va disjoncter, c'est-à-dire qu'en fait, il va arrêter tout ça,
02:53 arrêter la sécrétion d'hormones, de cortisone et d'adrénaline,
02:59 et en revanche, il va comme l'anesthésier,
03:02 en sécrétant de la morphine, contre la douleur,
03:05 et en sécrétant de la kétamine.
03:07 La kétamine, c'est un anesthésiant qu'on utilise d'ailleurs.
03:10 - Donc on devient comme ça, on se met dans sa bulle,
03:13 on devient presque tout seul dans son coin,
03:16 sans savoir ce qu'on fait ni rien.
03:18 - C'est une question de survie, William.
03:20 - Oui, je comprends, mais c'est le mécanisme qui est curieux.
03:22 - C'est fou.
03:23 - Ça vous endort complètement, quoi, presque.
03:25 - Mais oui, ça...
03:26 - Et ça, tout le monde est touché.
03:27 Dans ces cas-là, tout le monde ou certaines personnes.
03:29 - Alors, il faut un gros stress, évidemment, un gros stress.
03:31 Et ce n'est pas dans tous les stress que ça se passe,
03:34 mais dans la plupart.
03:35 Et d'ailleurs, on a entendu dans les témoignages,
03:37 des personnes vous dire qu'en fait,
03:39 c'est comme si ce n'était pas elles.
03:41 C'est un syndrome dissociatif.
03:43 Elles vous disent, c'est comme si je regardais la scène,
03:46 mais que ce n'était pas moi qui la vivais.
03:48 - Oui, ils ont un tel état de sidération, c'est ça ?
03:51 - Exactement.
03:52 - Ils ne peuvent plus bouger, quoi.
03:53 - Alors, il y a plusieurs réactions après.
03:55 Mais ce qui est important de comprendre,
03:57 c'est que quand on écoute les témoignages,
04:00 ce qui est frappant, c'est vraiment ça.
04:01 C'est ce syndrome dissociatif et qui est là, justement,
04:04 pour... Vous parliez de la douleur.
04:06 Pour éviter la douleur, pour éviter d'avoir mal.
04:08 - Oui, je comprends.
04:09 - Les personnes qui ont vécu des choses atroces,
04:11 dont on a beaucoup parlé récemment,
04:14 l'anesthésiant est là pour, justement,
04:17 éviter de ressentir cette douleur.
04:19 Après, vous le disiez, les réactions,
04:21 elles peuvent être très différentes
04:22 d'un patient à l'autre.
04:23 On a des patients qui vivent ce qu'on appelle le "freeze",
04:26 c'est-à-dire qu'en fait, ils sont comme...
04:28 statifiés.
04:29 - Pétrifiés.
04:30 - Voilà.
04:31 - Mais on l'a vu, ça.
04:33 - Ils peuvent parler.
04:34 - Les attentats après le Bataclan sur les Café-Les Gens
04:36 étaient là, à genoux, ils regardaient le soignant
04:38 qui venait, le psychologue, mais ils bougeaient pas.
04:41 Ils étaient sidérés, quoi.
04:43 - On ne peut même pas crier.
04:44 On ne peut même pas parler.
04:46 On ne peut même pas s'enfuir.
04:48 Vous voyez ?
04:49 Alors, il y a des gens qui réagissent comme ça.
04:52 Après, il y a des gens, au contraire,
04:53 qui font n'importe quoi.
04:55 Après le stress, ils vont, ils courent,
04:57 ils s'occupent de n'importe quoi,
04:59 ils regardent leur téléphone,
05:00 mais c'est simplement parce que...
05:02 C'est pas du tout qu'ils s'en moquent.
05:04 C'est simplement un mode de réagir.
05:06 - C'est pour ça qu'il y a des enfants aussi
05:07 dans ce genre de traumatisme
05:08 qui, d'un coup, s'enferment dans un mutisme.
05:10 - Oui, on en a aussi.
05:11 - Mais alors, attendez.
05:12 - On peut avoir beaucoup de réactions.
05:14 - On a beaucoup de questions.
05:15 On va essayer de les traiter rapidement.
05:17 Quand ça vous arrive, ça dure combien de temps ?
05:20 Ça dépend des individus ?
05:21 - Bien sûr, ça dépend des individus.
05:23 Ça dépend de la violence, du traumatisme.
05:25 - D'accord.
05:26 - Ça dépend de beaucoup de choses.
05:27 J'en profite pour dire que les équipes israéliennes,
05:30 elles, elles sont formées...
05:32 Quand il y a un traumatisme,
05:34 il faut agir immédiatement
05:35 par ce qu'on appelle la théorie des 6 C.
05:38 C'est-à-dire qu'en fait,
05:39 c'est quelque chose de totalement contre-intuitif.
05:41 Nous, on a des cellules médicaux,
05:43 d'urgence médico-psychologique...
05:44 - Oui, c'est ça.
05:45 On a des équipes...
05:46 - Qui vous parlent, qui vous prennent dans les bras.
05:47 - C'est ça.
05:48 - Eux, ils disent que non,
05:49 il faut surtout pas tomber là-dedans.
05:50 Il faut, au contraire,
05:51 ne pas vous prendre dans les bras,
05:52 ne pas vous dire,
05:53 "Alors, comment ça va, ma petite dame ?
05:54 "Comment ça se passe ?"
05:55 Pas du tout.
05:56 Ils disent, au contraire,
05:57 il faut...
05:58 "Vous pouvez aller me compter les couvertures, là.
05:59 "Vous pouvez aller me compter les victimes.
06:00 "Vous pouvez me donner votre numéro de téléphone."
06:03 Essayer...
06:04 - Ah oui, de leur redonner vie, quoi.
06:05 - Voilà.
06:06 Et pas être encore dans le truc...
06:07 - Non.
06:08 - Pardon, je voulais...
06:09 - Mais non, non, mais alors, il y a ça.
06:10 Ça, c'est sur le moment.
06:11 Mais il y a des gens qui vous disent,
06:12 "Le test post-traumatique, ça m'a duré,
06:16 "mais des mois et des années.
06:17 "J'avais des cauchemars, ça revenait, ça revenait tout le temps."
06:20 Ça, c'est autre chose.
06:21 - Alors, justement,
06:22 il y a des signes très spécifiques pour savoir
06:24 si on souffre de stress post-traumatique ou pas.
06:27 Il y a essentiellement 3 types de signes.
06:29 Il y a le fait d'avoir comme ça...
06:31 Parce que ce que je ne vous ai pas dit,
06:32 c'est qu'il y a 2 zones dans le cerveau.
06:34 C'est l'amidale.
06:35 On appelle ça amidale parce que ça a une forme d'amande.
06:38 Et l'hippocampe.
06:39 Et en fait, la région qui va fonctionner,
06:42 c'est l'amidale, quand ça anesthésie le cerveau.
06:45 Et l'amidale, en fait, c'est la mémoire,
06:47 mais c'est la mémoire émotionnelle et sensorielle.
06:50 Et en fait, les gens qui ont vécu ces traumatismes
06:53 ont des souvenirs d'odeurs, de couleurs, de bruits, etc.
06:58 Et donc, les revivissances, c'est-à-dire les souvenirs reviennent.
07:02 Ça revient, c'est des cauchemars la nuit.
07:04 - C'est ça.
07:05 - Conduite d'évitement.
07:06 Je ne veux plus voir ceux avec qui j'ai vécu ça.
07:08 Je ne veux plus en entendre parler.
07:09 Je ne veux plus aller à cet endroit, au Bataclan,
07:12 où ça s'est passé.
07:13 Là, je fais toujours le tour.
07:15 Et des troubles de la cognition avec soit des amnésies totales,
07:18 qui sont oubliées, soit au contraire des hypermnéies,
07:20 ils se souviennent de tout.
07:21 - Mais des drames comme ça, vous avez des témoignages
07:23 de jeunes filles qui ont été violées quand elles étaient jeunes.
07:26 Elles ont dit "J'ai tout effacé".
07:28 Et tout d'un coup, 20 ans plus tard,
07:30 "Mais pourquoi vous reparlez de ça ?"
07:31 "Bah, je ne sais pas pourquoi, mais c'est revenu."
07:33 - Oui, parfois, ça remonte.
07:34 - Mais sinon, vous avez tout oublié ? Oui.
07:36 - Alors, ce qui est important quand même de dire,
07:38 pour terminer sur quelque chose de positif,
07:40 et on va en avancer dans des cas, ça peut devenir chronique,
07:43 mais surtout, il y a la résilience.
07:45 Et on peut, grâce à la résilience, arriver.
07:48 Donc, il ne faut surtout pas s'enfermer dans son traumatisme,
07:50 mais aller consulter les professionnels.
07:52 - Oui, bien sûr. Bien sûr.
07:54 Merci beaucoup, docteur Brigitte.
07:56 - C'est ça, c'est le but.
07:57 [Musique]
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