00:00 Et voilà un nouveau chapitre culturel qui s'ouvre tout de suite, il est question d'écriture
00:05 car aujourd'hui c'est Isabelle Sorande qui est dans la place, ma chère Isabelle.
00:09 Salut les amis, je vais vous parler de métamorphose.
00:15 Métamorphose, il y a quelque chose de fascinant dans ce mot, de terrifiant aussi,
00:20 peut-être parce qu'il évoque l'adolescence qui nous transforme malgré nous en grands corps hypersensibles
00:25 tellement écorchés vifs que toutes les légendes de l'univers semblent tatouées sur nos bras.
00:30 La métamorphose est un mot à double tranchant, on ne sait jamais s'il penche du côté de l'émerveillement ou de l'épouvante.
00:38 Comment ce genre de choses se décident ? Quelle divinité opère la transformation ?
00:42 Le premier dieu venant à l'esprit c'est Zeus, le maître de le limp,
00:46 le dieu métamorphose aussi nombreuse que les coups de foudre qui lui font poursuivre naffes et mortels
00:51 sous la forme d'un serpent, d'un cygne, d'une pluie d'or, d'un nuage, de ce pauvre amphitryon
00:56 et même de la déesse Artemis pour séduire l'une de ses compagnes.
01:00 Les naffes ne sont pas toujours consentantes, il faut le savoir.
01:03 Lorsqu'un dieu les poursuit, elles peuvent être si horrifiées qu'elles se métamorphosent en arbre,
01:08 le plus souvent éternel symbole de sidération.
01:12 Mais si les métamorphoses sont si inquiétantes, c'est qu'elles révèlent aussi une facette de nous-mêmes,
01:16 un fauve, un loup, une part de notre être profond comme une créature cachée
01:21 qui à la faveur d'un bouleversement remonterait à la surface.
01:25 Vous avez remarqué que notre président actuel ressemble de plus en plus à Nicolas Sarkozy.
01:30 Comme si à force d'imiter tout à fait consciemment son ton de voix, ses expressions,
01:36 ce voulant proche des gens, il finissait mystérieusement par emprunter ses traits.
01:41 Comme dans ses contes où à force de porter un masque, notre visage finit par lui ressembler
01:45 ou par donner l'illusion d'une ressemblance.
01:48 Par exemple, si je dis "Bonjour la France Inter", bon je le fais mal, mais j'ai un petit côté Charline,
01:54 ou du moins une énergie Charline, une vague aura Charline.
01:57 Et peut-être, peut-être que si je répète ça tous les jours,
02:00 Charline, je finirais par avoir envie de m'habiller un peu comme vous, de me coiffer un peu comme vous.
02:04 On en revient aux adolescents à ce mimétisme entre amis
02:08 qui fait qu'on se ressemble sans vraiment se ressembler et pourtant ça se voit physiquement.
02:13 Le psychiatre Carl Jung raconte qu'à la fin de sa vie, on lui disait parfois qu'il avait quelque chose de chinois,
02:19 une ressemblance physique hautement improbable puisque Jung était suisse,
02:23 il n'avait pas du tout de traits asiatiques,
02:25 mais Jung en était venu à croire qu'à force d'étudier le mystère de la fleur d'or et le Tao,
02:29 sa familiarité avec la mystique chinoise avait fini par le transformer.
02:34 Le dieu des métamorphoses, celui qui les ordonne, celui qui nous transforme serait donc le langage.
02:40 Comment nous parlons, ce que nous lisons et qui nous imitons est le masque invisible qui façonne notre visage.
02:47 Prenons conscience de notre pouvoir de métamorphose en ce monde qui nous fait croire que tout est figé,
02:51 productif et visible quand la plus grande partie de l'univers se compose d'une matière noire et invisible.
02:57 Prenons conscience de notre pouvoir de métamorphose, cela vaut mieux car tout pouvoir ignoré se retourne contre nous.
03:03 En ce moment même en quoi nous transformons, nous, mille réponses sont possibles,
03:07 mais si vous passez beaucoup de temps sur votre ordinateur, vous aurez sûrement remarqué que le mot "non" s'efface peu à peu de votre vocabulaire,
03:14 soit parce que ceux que nous sollicitons n'ont même pas le temps de nous répondre,
03:18 soit parce qu'il ne fait pas partie des paramètres autorisés.
03:21 Si la machine nous donne un choix, c'est toujours entre accepter et découvrir plus tard.
03:26 Nous nous métamorphosons donc en créatures qui imitent des machines qui disent toujours "oui". Quel dommage !
03:32 Isabelle Sorente, merci Isabelle !
03:36 C'est vrai que c'est joli les métamorphoses, on se métamorphose rarement en tabouret, en parcmètre ou en tractopelle.
03:42 C'est vrai, je n'ai jamais vu ça encore, mais il ne faut pas l'écarter.
03:46 Isabelle Sorente, merci.
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