00:00 - Bah chuchotez, ça vous dérange pas. - Comme ça vous entendez pas ce qu'on dit.
00:03 - Regarde autour de toi, ça continue comme ça, tu vas tout perdre. - Mais quoi ?
00:06 - Oh putain, t'as vu l'heure ? - Quoi ?
00:09 - Qu'est-ce t'as, tu veux baiser ? - Non, on va pas baiser, je veux bosser.
00:11 - Oh non, oh non, tu fais chier. - Fais-moi bosser mon texte, s'il te plaît.
00:13 - Je change pas une ligne du scénario.
00:15 - Ça représente combien votre rapport ?
00:17 - Un million d'euros.
00:19 - Pas mal ça. - Pas mal, pas mal.
00:22 - On remet dans le passé.
00:24 - T'en as un toi ? - Moi j'ai fait un spectateur.
00:27 - Ça marche pas, je suis désolé. - Non, c'est pas pris.
00:30 - C'est pas pris, Denis. - Bah non.
00:31 - Enfant, quoi, découvrir le cinéma en plein air. - Ça les intéresse pas.
00:34 - Pas du tout. - Ils veulent inside.
00:36 - Et c'est un film que tout le monde a dû oublier, qui s'appelle "Les patates" avec Pierre Perret.
00:40 - Pierre Perret, t'as joué dedans ? - Pierre Perret.
00:42 - Il chantait pas, et il était très très bon.
00:44 - Émouvant, j'avais, je crois, presque pleuré.
00:46 - T'as été soldat, non ? Quand t'as eu faim, tu t'es servi sans te gêner.
00:49 - Pourquoi qu'ils en feraient pas autant ?
00:50 - Un de mes souvenirs les plus joyeux, ça a été sur un tournage de Fabrice Eboué, qui s'appelait "Coexister".
00:57 - Putain, merde, merde ! - Mais tu fous quoi, le melon ?
01:00 - Quoi, exprès ?
01:01 - Du premier jour jusqu'au dernier jour, on a pleuré de rire.
01:07 Y avait une équipe formidable, y avait Ramzi Bedia, y avait Jean-Pascal Zaddy,
01:12 qui faisait le making-of à l'époque du film.
01:15 - Il faisait le making-of ? - Il faisait le vrai making-of.
01:18 Au final, aucune image exploitable, rien, pas de prise de son.
01:22 On s'est rendu compte qu'il avait vraiment tout foiré.
01:25 Et ça a été la joie pendant plus de 40 jours.
01:28 J'ai été la vedette d'un film franco-grec.
01:34 On tournait à Florence, en Italie, moi et une actrice.
01:39 À un moment, je vais faire que des plans sur elle, sur la colline de Fiesole,
01:43 très belle vue sur Florence, j'ai dit je vais me mettre là-bas,
01:45 j'ai des cartes à écrire, j'achète deux cartes,
01:49 et j'avais un petit bouquin pour lire.
01:51 Et puis je m'installe, j'admire Fiesole, j'écris mes cartes,
01:54 je passe un tournage merveilleux, je lis.
01:57 Et puis au bout d'un moment, je me dis tiens, au fait,
02:00 ça fait longtemps que je suis là, ils sont pas venus me chercher,
02:02 ils doivent continuer.
02:04 Je cherche à retrouver l'équipe du tournage, je ne les retrouve pas.
02:07 Ils étaient partis, ils m'avaient oublié.
02:09 Là, et moi j'étais en costume, j'avais dépensé mon argent pour mes cartes,
02:13 j'avais mon petit livre, j'ai vu la nuit tomber,
02:15 en me disant mais je suis quand même la vedette du film.
02:18 C'est curieux qu'on oublie la vedette du film sur le tournage.
02:23 Une sensation que j'avais, c'est que je n'imprimais pas la pellicule,
02:25 que j'étais un peu comme l'acteur flou de Woody Allen.
02:28 Les gens m'oubliaient, même s'ils me filmaient, ils m'oubliaient.
02:32 Et donc ils sont venus me rechercher, 5 heures après,
02:35 parce qu'il y avait deux camions qui remontaient vers la frontière française,
02:39 ils remontaient vers la France, et c'est en faisant le plein d'essence
02:42 que les deux camions se sont arrêtés,
02:44 ils se sont rendus compte que je n'étais dans aucun des deux camions.
02:47 Donc ils ont fait demi-tour et on m'a récupéré vers 23 heures, j'ai vu des phares.
02:51 - C'est Denis ! - Voilà.
02:52 - Ah Denis, qu'est-ce que tu fais là ?
02:54 - Voilà, mais tout ce tournage était à l'avenant.
02:57 - J'ai pas mieux que ça.
02:59 On peut pas faire mieux.
03:01 - Mais on va pas te dire qui, quoi, comment.
03:05 On va te dire oui, tout simplement.
03:07 - Bah si, tu cherches à savoir.
03:09 - Mais oui, oui, oui, on a connu ça.
03:11 Et c'est des moments, et voilà, et après ça passe.
03:14 - Moi j'en ai connu un faux, en fait.
03:16 - Il faut se craire.
03:18 - Non, oui, parce que c'était mon dernier jour de tournage sur un film de Rochdy Zem.
03:22 Omar m'a tué. Dernier plan.
03:24 Donc je m'attendais à être applaudi,
03:26 est-ce qu'on m'apporte une petite bouteille, un bouquet ?
03:29 Et je vois Rochdy, vu qu'il avait un visage décomposé,
03:33 et qu'il s'en prend ultra-violemment à son perchman.
03:37 Et ça a monté, ça a monté.
03:39 Et puis je vois tous les autres visages.
03:41 Je me disais, putain, c'est mon dernier plan, les gars.
03:43 J'ai été voir Rochdy, je me suis dit, Rochdy, j'ai terminé, là.
03:46 Je sais pas ce qu'il te prend, ce que tu vas...
03:48 Et en fait, c'était une blague.
03:50 - Ah... - C'était une blague.
03:52 - Ah, ah. - Voilà.
03:53 Ils s'étaient tous concertés,
03:55 mais Rochdy jouait ça de façon extrêmement inquiétante.
03:58 - Et puis c'est costaud. - Oui, c'est un costaud.
04:00 - C'est costaud et costaud.
04:01 - Toi, tu le tiendrais devant lui, mais moi...
04:02 - Non, moi je tiendrais pas.
04:03 - Non, non, non, non.
04:04 - Mais Rochdy, il y a aucun problème.
04:05 - Mais, et d'un coup, j'ai vu son grand sourire revenir.
04:08 - Il y a de la solitude, mais c'est vrai.
04:10 Oui, il y a forcément de la solitude,
04:12 parce qu'au final, dans les chambres, on reste seul à cogiter, à tout ça.
04:16 Il y a des vrais moments de solitude,
04:17 quand on sent qu'on n'est pas à sa place.
04:19 - Quand on comprend, parfois, que le film,
04:22 ah ben, ce ne sera que ça.
04:24 - Ouais.
04:25 - Voilà, on l'attendait à un certain niveau,
04:28 et on se rend compte que non.
04:30 Je me rappelle d'un réalisateur qui m'avait dit,
04:32 à la fin d'une prise, j'aimerais bien qu'on en refasse une.
04:34 Tu sais, au début, tu faisais une grimace un peu...
04:37 J'aimerais bien que tu la refasses.
04:41 Et là, j'ai compris, voilà, que ce ne serait que ça.
04:45 Je me rappelle l'expression de débilité
04:48 qu'il avait mise sur son visage, en m'imitant,
04:51 pour me...
04:52 Déjà, je me dis, j'ai fait ça, c'est ça que j'ai produit.
04:55 Donc, surtout, ne pas le refaire.
04:57 Au contraire, l'effacer, mais non, il me demande de refaire précisément ça.
05:00 Donc, tu étais très, très mauvais, j'aimerais que tu sois...
05:03 - C'est assez complexe, ça.
05:04 Ouais, non, il y a des moments de soucis, c'est sûr.
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