00:00 Le bâton c'est déjà un symbole d'humilité.
00:02 Parce que le fait de prendre un bâton,
00:04 c'est avoir conscience qu'on a besoin de quelqu'un.
00:08 Quand on commence un bâton, on ne sait pas toujours où on va.
00:10 Et ça c'est vraiment important de se laisser porter.
00:13 Quand on a des idées préconçues sur ce qu'on va faire,
00:15 en général on se plante.
00:17 C'est moi qui suis au service de lui,
00:18 c'est pas lui qui est à mon service.
00:20 Moi j'essaye d'écouter ce qu'il me dit.
00:22 Mon boulot c'est de créer des bâtons de pèlerins.
00:24 Donc je fais des bâtons de randonnée.
00:26 Et en fin de compte, je mets les gens sur le chemin.
00:30 J'emmène les gens au bout de leur voyage.
00:33 Donc ici c'est mes bâtons que j'ai coupés cette année,
00:43 qui sont en train de sécher.
00:44 Donc j'ai des petits coins à la forêt de Potrieux,
00:47 sur le bord de Potrieux.
00:48 Et j'ai mes coins à Bouy, j'ai mes coins à Frennes.
00:51 Je vais les couper en hiver pour les faire sécher après,
00:54 puis les travailler suivant l'aspiration après.
00:56 Pour commencer un bâton, je le déshabille,
00:58 comme je le dis, c'est-à-dire je tire son écorce.
01:01 Puis je vois ce qui se passe un peu en dessous.
01:02 Alors ça c'est la première étape.
01:07 C'est là où le bâton va commencer à se révéler.
01:10 On peut repérer déjà les petits nœuds, les petites branches.
01:13 Et ça c'est des choses qui vont m'aider à
01:15 créer un bâton vraiment personnel, à l'habiter.
01:18 Après je ponce plus finement.
01:20 Le boui, c'est un bois assez dur.
01:22 Le frein, le hêtre aussi.
01:24 C'est des bois que je travaille bien, parce que j'aime bien les travailler.
01:26 C'est des bois qui sont durs et qui sont super jolis.
01:30 Vous prenez du boui comme ça, quand il sera fini de poncer,
01:33 c'est magnifique.
01:35 Après maintenant, je vais chercher,
01:38 je vais continuer à tirer de la matière.
01:40 Je tire de la matière jusqu'à temps que je sens,
01:44 que je sens que je suis prêt à tirer.
01:46 Je tire de la matière jusqu'à temps que je sens que c'est bon.
01:51 Qu'il y aura son poids, qu'il y aura son équilibre, sa vibration aussi.
01:55 Là il est encore brut en vibration, il ne vibre pas beaucoup.
01:59 Et j'aime bien quand il y a une bonne vibration,
02:02 quand il y a un moment, c'est bon.
02:04 Alors là déjà, avec la matière qui a été retirée,
02:14 la vibration n'est plus la même.
02:16 J'ai eu un coup de fil du costumier de Pascal Obispo,
02:27 qui avait fait sa dernière comédie musicale,
02:30 Jésus de Nazareth à Jérusalem.
02:32 Donc ça c'était une petite fierté.
02:35 Je me suis dit, c'est pas mal.
02:37 Après j'avais fait pour un film aussi.
02:39 C'est des petites commandes qui ne sont pas tous les jours,
02:42 mais c'est sympa.
02:44 Un boiton que j'ai bien aimé, en buille d'ailleurs.
02:47 C'était pour un éleveur de taureaux de Camergue.
02:50 Sa femme m'avait commandé son boiton pour Noël,
02:53 un cadeau de Noël.
02:55 J'avais les insignes de marquage de ces taureaux à graver dessus,
02:59 plusieurs signes, plusieurs symboliques à travailler dessus.
03:02 Quand je décommande comme ça,
03:04 je ne rencontre pas spécialement la personne.
03:07 Je lui demande de m'envoyer un mail,
03:09 qu'elle me raconte un peu sa vie,
03:11 ou qui est la personne, ce qu'elle fait dans la vie.
03:14 En l'occurrence, j'avais eu toute sa vie,
03:16 qui il était, quel genre d'homme c'était,
03:19 son caractère, son travail.
03:21 Après, j'ai mes bâtons qui sont là en stock.
03:24 Et puis à un moment, clac, un matin, je passe devant,
03:27 et il y a un bâton qui m'appelle, et je sais que c'est pour lui.
03:36 Je suis originaire de Valenciennes,
03:38 et je suis venu pour travailler en Bretagne, au départ.
03:41 J'ai toujours sculpté depuis le temps que je suis tout petit,
03:44 alors des bricoles au départ.
03:46 Quand je suis arrivé en Bretagne,
03:48 j'ai rencontré un sculpteur, un magnétiseur, appelé Edel.
03:51 J'habitais juste à côté de chez lui,
03:53 et donc, il m'a enseigné tout ça.
03:55 Il m'a mis des graines en moi.
03:57 Il m'a posé des graines comme ça au fond de moi,
04:00 et elles ont germé à un moment.
04:02 C'est lui qui m'a donné mon premier morceau de bois,
04:05 et il m'a dit, "Vas-y, sculpte."
04:07 C'était une réussite quand même,
04:09 parce qu'elle est exposée au Salon d'Automne à Paris.
04:12 C'était en 92, je crois.
04:14 C'est vrai qu'au départ, c'était plus dans la sculpture.
04:17 Et les bâtons sont venus un peu plus tard.
04:20 Les bâtons, c'est une vision que j'ai eue, en fin de compte.
04:23 C'est un flash, je ne peux pas l'expliquer, c'est comme ça.
04:26 J'étais dans le jardin, et je me suis vu assis au pied d'un herbe,
04:30 au pied du chêne qui est là-bas devant chez moi,
04:33 en cas de tailler un bâton au couteau.
04:36 Et dans cette sensation, dans cette vision que j'ai eue,
04:40 j'avais vraiment la sensation d'être rempli, d'être plein,
04:44 d'être en accord avec moi-même.
04:47 J'étais bien, tout simplement.
04:49 L'aspiration, c'est des choses qui sont autour de nous.
04:57 C'est des idées qui sont autour de nous, qui volent autour de nous,
05:00 qui sont là, qui sont présentes partout.
05:02 Et en fin de compte, c'est à nous de se mettre sur leur longueur d'onde,
05:07 pour les recevoir.
05:09 Donc il faut vraiment se libérer, il ne faut pas intellectualiser du tout.
05:12 Il faut être le plus libre possible dans sa tête.
05:15 Je ne sais pas où je vais, mais il y a des choses qui se dessinent.
05:18 C'est vraiment important de se laisser porter.
05:21 Quand on a des idées préconçues sur ce qu'on va faire,
05:24 en général, on se plante.
05:26 C'est le bâton qui dirige, c'est moi qui suis au service de lui,
05:29 ce n'est pas lui qui est à mon service.
05:31 Il y a des petits animaux qui sortent, alors je ne sais pas ce que c'est,
05:35 mais là, vraiment, ça va être ça.
05:37 Les petits habitants qui vont venir habiter le bâton.
05:43 Celui-là, ce sera l'esprit de l'oiseau.
05:45 Le bâton, c'est déjà un symbole d'humilité.
05:49 Parce que le fait de prendre un bâton, c'est avoir conscience
05:52 qu'on a besoin de quelqu'un.
05:54 Le bâton, c'est un compagnon, c'est celui qui vous aidera
05:57 dans vos merges, dans vos randos, dans vos pèlerinages.
06:00 C'est votre compagnon, ça sera votre mémoire, la mémoire du chemin.
06:03 Et ça, c'est quelque chose que vous aurez toute votre vie,
06:08 qui vous rappellera tous les chemins que vous avez fait avec,
06:11 et ce que vous avez vécu, surtout, dessus.
06:14 Donc, c'est mieux qu'un appareil photo.
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