00:00 - Europe 1, il est 6h41. - On vous parle ce matin sur Europe 1 d'un secteur qui recrute, en tout cas qui cherche à recruter dans la
00:06 perspective des Jeux Olympiques de Paris l'été prochain. C'est le secteur de la sécurité privée.
00:11 Les besoins sont énormes pour compléter le dispositif des forces de l'ordre.
00:15 On va voir comment cette profession des vigiles et des agents de sécurité se prépare justement à ces Jeux Olympiques.
00:20 - Et vous en parlez ce matin sur Europe 1, Alexandre Lemaire, avec votre invité,
00:23 Sofiane Aboubecker, président de l'association des métiers de la sécurité. - Bonjour Sofiane Aboubecker.
00:29 - Bonjour Alexandre Lemaire. - Il reste un peu moins de huit mois avant les Jeux Olympiques et vous avez du pain sur la planche.
00:33 Votre association des métiers de la sécurité est la deuxième organisation du secteur.
00:38 Votre priorité là c'est
00:41 recruter, recruter, recruter. Est-ce que vous aurez les bras à temps pour ces Jeux ?
00:45 - Non, nous n'aurons pas les bras à temps pour ces Jeux puisque cela fait deux ans que nous discutons
00:50 avec le ministère d'intérieur pour avoir des aménagements sur les parcours de formation. Ce qu'il faut comprendre c'est que la sécurité privée est un secteur
00:57 extrêmement réglementé et c'est une bonne chose.
00:59 Néanmoins, même les parcours de formation sont fixés par le ministère d'intérieur sans une véritable concertation avec les professionnels du secteur,
01:06 ce qui nous empêche de pouvoir recruter les effectifs nécessaires.
01:10 - Alors, on estime qu'en plus des gendarmes et des policiers, il faut 20 000 agents de sécurité
01:17 l'été prochain. Il va en manquer 8 000, estime un rapport du CNA. Est-ce que c'est un calcul que vous partagez ?
01:24 - Non, ce n'est pas un calcul qu'on partage parce qu'on pense que le chiffre est très clairement sous-estimé pour plusieurs raisons.
01:29 On a un déficit chronique aujourd'hui à l'heure où on parle de 30 000 agents de prévention et de sécurité sur le territoire national.
01:36 Pour les Jeux Olympiques, on estime nous un besoin
01:39 autour de 40 000 agents supplémentaires.
01:42 Donc vous voyez, l'équation est encore plus compliquée que cela et donc malheureusement, nous n'aurons pas les effectifs puisque dans un
01:49 timing aussi court, il reste maintenant un peu moins de huit mois avant le début de ces événements,
01:55 on ne sera pas en capacité de pouvoir recruter, de pouvoir former l'intégralité du personnel.
01:59 - Mais ces Jeux Olympiques, on les voit venir depuis longtemps, c'est un événement qui a été anticipé.
02:04 Comment se fait-il qu'on se retrouve là, maintenant, dans l'urgence, à se dire au manque d'agents de sécurité ?
02:09 - Et bien parce que depuis deux ans, nous alertons les pouvoirs publics sur cette situation et que les pouvoirs publics considèrent
02:15 qu'ils reviennent au secteur de travailler sur l'amélioration
02:19 des conditions d'attractivité, sans prendre en compte ce qu'on leur explique, c'est-à-dire qu'aujourd'hui, si vous voulez,
02:26 la loi sécurité globale nous a mis un coup d'arrêt sur les recrutements puisqu'elle a notamment
02:31 imposé un type de séjour de cinq ans sur le territoire, ce qui peut être une bonne chose pour des questions de sécurité
02:35 et des questions de criblage.
02:38 - Donc pour tous les candidats au poste d'agent de sécurité, il faut avoir...
02:41 - Tout à fait, exactement. Tous les candidats au poste d'agent de sécurité,
02:45 avant même de pouvoir rentrer en formation,
02:47 il y a une enquête de moralité qui est faite par un établissement qui s'appelle le Conseil national des activités privées de sécurité.
02:53 - Ce qui est bien le moins, tout de même, Sofiane Aboubecker.
02:56 - Oui, mais je vous le disais que la réglementation, elle peut être nécessaire,
02:59 mais la réglementation doit être adaptée. Et donc une fois que le Conseil national des activités privées de sécurité a validé
03:05 la moralité du candidat à la profession d'agent de sécurité, eh bien celui-ci peut rentrer en formation.
03:11 Mais c'est un parcours aujourd'hui qui prend entre 6 et 8 mois.
03:14 - Oui, entre 6 et 8 mois et donc les Jeux olympiques dans moins de 8 mois.
03:17 Il vous manque encore plusieurs milliers de bras. Qu'est-ce qui ne va pas ?
03:21 Donc des problèmes de réglementation pour former et recruter ces agents.
03:25 Il y a aussi probablement un problème d'attractivité du métier.
03:29 - Mais bien sûr, mais le problème d'attractivité,
03:31 la première des problématiques d'attractivité, c'est le salaire.
03:34 Sauf que nos salaires ont augmenté de 7,5 % au niveau de la branche au 1er janvier 2023.
03:40 Ils augmenteront de 5 % au 1er janvier 2024, de 3,2 % au 1er janvier 2025
03:46 et de 2,8 % au 1er janvier 2026.
03:49 Donc cette équation salaire, nous sommes en train de la résoudre.
03:51 Mais pour pouvoir naturellement augmenter les salaires massivement,
03:55 nos coûts augmentent eux aussi massivement et donc nous le répercutons sur le prix client.
03:59 - Quel est le salaire d'un agent de sécurité aujourd'hui ?
04:01 - Aujourd'hui, en moyenne brute, on est un petit peu plus au-dessus du SMIC.
04:07 - Un peu plus au-dessus du SMIC ?
04:08 - On est à peu près 100 euros au-dessus du SMIC.
04:10 - Bon, mais est-ce que ça suffit ? Est-ce que ça suffit pour attirer des candidats ?
04:14 On voit bien, c'est beaucoup d'horaires décalés, agent de sécurité, on voit comment ça se passe.
04:18 Il faut quand même se tenir debout en statique pendant des heures.
04:21 Et puis c'est un métier à risque, si on parle d'être un agent de sécurité.
04:25 - Alors ça peut être un risque sur certains sites, mais ce n'est pas un risque sur tous les sites.
04:28 C'est pour ça que je dis qu'il y a des métiers qui sont extrêmement techniques,
04:31 qui nécessitent une revalorisation massive de leur salaire
04:33 et donc une augmentation massive des prix.
04:34 C'est logique, c'est le corollaire.
04:36 Puisque quand on gagne 10 euros, on ne peut pas en dépenser 200.
04:39 Enfin, ça, tout le monde le comprend de façon assez aisée.
04:41 Donc ça, c'est une réalité.
04:44 Et donc, le risque doit être assumé par le client, l'utilisateur final,
04:47 puisque c'est la logique économique du marché.
04:50 C'est pour ça que la sécurité privée est un secteur économique
04:52 et non pas un supplétif de la sécurité publique.
04:55 Ça, c'est vraiment une différence extrêmement importante à comprendre.
04:59 - Oui. Est-ce qu'ils sont assez formés, les agents de sécurité, aujourd'hui ?
05:02 C'est une formation diplômante. On y apprend quoi exactement ?
05:04 - On y apprend à faire du contrôle d'accès, on y apprend à faire des rondes,
05:07 on y apprend à remplir une main courante.
05:09 Très honnêtement, la formation, aujourd'hui, elle est d'une durée de 182 heures minimum.
05:13 C'est une formation qui est beaucoup trop importante en l'état.
05:17 - Trop importante ?
05:19 - Bien sûr, sur des métiers de base, c'est une formation qui est trop importante.
05:21 En plus, ce qu'il faut comprendre, c'est que la formation,
05:23 c'est une formation en cycle collectif.
05:25 Ça veut dire qu'il n'y a pas d'individualisation des parcours de formation.
05:27 C'est-à-dire que si vous, demain, Alexandre Le Maire,
05:29 vous décidez de rentrer en formation sur les métiers de la sécurité,
05:32 vous avez un parcours d'apprentissage qui va être différent de M. Martin.
05:37 Si M. Martin a une difficulté d'apprentissage, vous vous en êtes pénalisé.
05:42 C'est ce que l'on demande depuis deux ans au pouvoir public,
05:47 de pouvoir mettre en place les moyens, ce qui se fait dans toutes les autres manches.
05:51 Aujourd'hui, pour devenir boulanger-pâtissier,
05:53 vous avez des certificats de qualification professionnel
05:57 qui peuvent être faits en distanciel 100%.
05:59 - En tout cas, vous nous le dites, vous recrutez,
06:02 vous recherchez des agents de sécurité,
06:03 aujourd'hui encore, pour les Jeux Olympiques, Sofiane Labou-Méqueux.
06:05 - Bien sûr, on peut recruter jusqu'à 30 ou 40 000 personnes.
06:09 C'est d'ailleurs pour ça qu'un certain nombre d'opérateurs
06:10 ne se placent pas sur ces marchés, puisqu'ils savent qu'ils n'auront pas
06:13 les moyens humains pour répondre à la demande.
06:15 - En tout cas, le message est passé.
06:17 Vous recrutez, vous recherchez des bras pour assurer la sécurité de ces Jeux Olympiques.
06:22 Merci, Sofiane Labou-Méqueux,
06:24 présidente de l'Association des métiers de la sécurité, ce matin sur Europe 1.
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