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  • il y a 2 ans
Un séjour aux Kerguelen avec des éléphants de mer

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Animaux
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00:33 Kerguelen, un archipel grand comme la Corse, les îles de la désolation, un voyage fabuleux et hors du temps.
00:48 Nous serons une poignée de chanceux à y retourner cette année encore pour différents programmes de récolte de données scientifiques.
00:56 Un des premiers s'appelle Proteker, un programme d'études des systèmes bintiques côtiers et des effets du changement climatique sur les milieux marins.
01:04 Mais revenons sur un autre sujet. Rendons hommage à des collègues de travail insoupçonnés, les éléphants de mer.
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01:19 Les éléphants de mer, les jeunes, adorent se faire gratter le dos. La preuve en images. Surtout sous les bras, sous les aisselles.
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01:29 C'est bon ça ? Bah oui bonhomme.
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01:45 Eh bien je vais maintenant rentrer à l'intérieur.
01:53 J'ai interviewé Christophe qui est chercheur au CNRS, à l'Institut de Cisé et qui s'occupe justement,
02:01 de grands maîtres pour les éléphants de mer en France et même à l'étranger. Il collabore avec beaucoup de centres en Australie,
02:11 un petit peu partout dans le monde pour récolter des données qui vont nous donner, il va vous expliquer, beaucoup d'indications sur l'océan Austral.
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02:23 Christophe bonjour, peux-tu te présenter et nous dire un petit peu ce que tu fais, les manipulations sur les éléphants de mer et pourquoi ?
02:30 Alors Christophe Guiné, moi je suis chercheur au CNRS, je travaille dans un laboratoire qui étudie l'écologie des oiseaux et des mammifères
02:40 et au sein de ce laboratoire, je m'intéresse plus particulièrement à l'écologie des mammifères marins.
02:47 Et c'est ce qui m'amène à Kerguelen où là je travaille sur l'écologie des éléphants de mer.
02:56 L'idée c'est de mieux comprendre comment ces animaux vivent dans l'océan Austral, trouvent leur nourriture, comment ils la chassent.
03:05 Et donc pour ça, comme en fait il n'est pas possible de suivre ces animaux en mer, parce qu'il faut savoir qu'un éléphant de mer va parcourir plusieurs milliers de kilomètres dans l'océan,
03:17 et non seulement il va se déplacer sur des distances immenses mais au cours de ses déplacements, il va plonger continuellement et profondément.
03:25 Donc quand on dit continuellement, c'est qu'une journée d'éléphant de mer, ce ne sont que des plongées, ils ne remontent à la surface que pour respirer,
03:31 et entre chaque plongée, il va passer moins de 2 à 3 minutes à la surface pour renouveler ses réserves d'oxygène.
03:37 Et donc continuellement et profondément, il faut savoir qu'en règle générale, ces animaux plongent en moyenne aux alentours de 450-500 mètres de profondeur,
03:49 mais exceptionnellement, ils peuvent aller jusqu'à 2000 mètres de profondeur. Donc c'est parmi les mammifères marins qui plongent les plus profondément.
03:56 Justement, les exceptions, c'est une cause de nourriture ?
03:59 Alors, on sait qu'il y a des mâles qui plongent régulièrement 1500 mètres pour aller pêcher au fond, on a observé des femelles qui plongaient à 2000 mètres,
04:10 et là on pense que c'est plutôt une réponse anti-prédateur, c'est-à-dire qu'elles vont se mettre à l'abri à très grande profondeur.
04:18 Enfin, c'est une hypothèse, parce qu'on ne le sait pas vraiment.
04:20 Alors, comment étudier ces déplacements et ces comportements en mer, puisque c'est impossible d'aller les observer directement ?
04:27 C'est par l'intermédiaire de différents appareils, ce sont des balises, comme on peut voir ici,
04:33 et ces balises nous permettent d'une part d'étudier les déplacements grâce au système Argos,
04:41 donc la balise émet un signal lorsque l'animal remonte à la surface, ce qui permet de le localiser dans l'océan.
04:48 Et puis, cette balise fait d'autres choses, là on voit la tête de la balise avec différents capteurs,
04:56 à l'arrière le capteur de pression qui permet d'observer la plongée de l'animal,
05:01 un capteur de température, mais c'est un capteur de température à haute précision, on mesure la température au centième de degré,
05:08 et un capteur de salinité, donc on mesure aussi la salinité des masses d'eau visitées par l'éléphant d'air.
05:15 Et ces mesures vont avoir lieu au cours de la plongée de l'animal, donc on a ce qu'on appelle un profil de température et de salinité,
05:22 donc différentes mesures de température et de salinité au cours de la descente, ou plus exactement de la remontée de l'animal.
05:33 Et ces données, elles sont traitées à bord de la balise et retransmises en temps réel par le système Argos.
05:39 Donc même si on ne récupère pas cette balise, on va récupérer cette information, par contre pour la transmettre, on est obligé de la résumer,
05:46 donc on perd quand même en résolution, en précision.
05:50 Et par contre, si on récupère cette balise, on récupère la donnée à haute résolution, c'est-à-dire mesurée à toutes les secondes en continu,
06:00 et sur l'ensemble du trajet, donc la totalité des informations.
06:03 Donc on a vraiment intérêt à récupérer cette balise.
06:06 Alors pour étudier après plus précisément leurs comportements, on va utiliser un deuxième appareil qu'on voit ici,
06:14 qui va mesurer de façon identique à cette balise la pression, donc on a un capteur de pression.
06:20 On va mesurer aussi, là on ne voit pas très bien la lumière, et on va mesurer aussi la température,
06:27 qui est moins précise, on est aux dixièmes de degré.
06:30 Mais ce qu'on ne voit pas très bien, c'est qu'à l'intérieur de cet enregistreur, il y a un accéléromètre,
06:36 trois axes, c'est-à-dire on mesure l'accélération dans les trois dimensions,
06:41 et grâce à cette mesure d'accélération, on va pouvoir déduire un ensemble d'éléments sur le comportement de ces animaux.
06:50 Déjà le premier élément qu'on va pouvoir déterminer, c'est au cours de la plongée,
06:56 lorsque l'animal descend ou remonte, on va pouvoir déterminer l'angle auquel il descend et il remonte.
07:03 Et ça, cet angle, il varie en fonction de son comportement.
07:06 Par exemple, si un éléphant de mer trouve beaucoup de proies à un endroit,
07:10 il va avoir tendance, la plongée d'après, à redescendre, pliverter un peu verticalement,
07:14 pour retourner à l'endroit où il avait trouvé ses proies lors de la plongée précédente,
07:18 et il va remonter aussi plus verticalement.
07:20 Inversement, un animal qui ne trouve pas trop de proies et qui cherche plutôt à se déplacer,
07:25 il va descendre avec un angle beaucoup plus faible,
07:28 et puis il va pouvoir couvrir une distance horizontale plus importante.
07:33 Donc c'est déjà un premier élément qu'on mesure grâce à cet accéléromètre.
07:37 Deuxième élément, pour se propulser, l'animal va utiliser ses nageoires,
07:42 et on va pouvoir mesurer le nombre de coups de nageoire et l'amplitude de ses mouvements de nageoire.
07:49 Et donc c'est ce qui nous permet d'estimer ce qu'on appelle l'effort de nage de l'éléphant de mer,
07:54 et comment cet effort de nage varie en fonction de son état comportemental,
07:59 c'est-à-dire je pêche bien ou je ne pêche pas bien,
08:01 mais surtout, et ce qui nous intéresse, c'est en fonction de la condition corporelle de l'éléphant de mer,
08:06 de son état, en fait de la quantité de graisse qu'il a.
08:10 Plus un éléphant de mer a de graisse, plus il va avoir tendance à flotter.
08:15 Donc qu'est-ce qui va se passer ?
08:17 Si on flotte, pour descendre, il va falloir nager plus fortement,
08:21 ce qui va augmenter son effort de nage pour descendre.
08:24 Par contre, pour remonter, il va utiliser sa flottabilité, il va remonter naturellement vers la surface.
08:30 Inversement, les femelles éléphants de mer qu'on voit partir en ce moment après la reproduction,
08:36 elles sont très très maigres, donc elles sont très denses,
08:39 elles n'ont pratiquement plus de graisse, elles n'ont que le squelette, du muscle et de l'eau.
08:44 Et donc ces animaux sont plus denses que l'eau de mer,
08:49 et vont avoir tendance à couler naturellement.
08:51 Donc elles vont descendre sans nager, mais en planant pour dépenser moins d'énergie.
08:56 Par contre, pour remonter à la surface, elles vont devoir nager activement.
08:59 Et donc en suivant ça au cours du temps, on peut suivre l'évolution de l'état d'adiposité,
09:05 en fait d'engraissement des animaux et de savoir s'ils s'engraissent plus ou moins rapidement.
09:09 Et la troisième utilisation de ces accéléromètres,
09:12 et c'est pour ça qu'on les met sur cette balise qui est posée sur la tête de l'animal,
09:18 ça va nous permettre de détecter les mouvements de tête de l'éléphant de mer au cours de la plongée
09:22 qui sont associés à ce qu'on pense être les tentatives de capture de proies.
09:26 Et donc on va pouvoir déterminer si au cours de cette plongée,
09:29 l'animal a capturé ou essayé de capturer plus ou moins de proies.
09:34 Et on peut relier après ces informations au contexte océanographique
09:39 qui nous est fourni par cette balise,
09:41 donc déterminer dans quelles conditions océanographiques l'animal pêche le mieux.
09:46 Une autre question, la principale nourriture des éléphants de mer ?
09:49 Ce ne sont pas des cétacés, notamment des cétacés à dents comme les dauphins,
09:54 donc ils n'ont pas de système d'écolocalisation, ils n'ont pas de sonar.
09:59 Donc qu'est-ce qui leur reste pour localiser leurs proies ?
10:02 Il leur reste la vision, et on peut voir que ces éléphants de mer ont vraiment des très très gros yeux,
10:09 très noirs, et la pupille va complètement se dilater,
10:14 et on peut voir de très très faibles intensités lumineuses.
10:16 Donc on est pratiquement certain qu'ils utilisent leur vision pour chasser.
10:20 On pense aussi qu'ils vont utiliser l'audition, donc l'acoustique passive,
10:26 c'est-à-dire les bruits produits par leurs proies ou les proies de leurs proies.
10:31 Et donc déterminer grâce à l'acoustique des zones plus ou moins riches au cours de leur déplacement.
10:40 Le dernier système qui est un système de détection de proximité, c'est leur moustache,
10:45 ce qu'on appelle les vibrisses, qui présentent la particularité d'être extrêmement sensibles
10:50 et de pouvoir détecter ce qu'on appelle les champs vibratoires,
10:53 en fait les ondes créées par le déplacement de leurs proies.
10:57 Le poisson qui va nager va créer une petite perturbation dans le milieu aquatique,
11:03 et grâce à leurs vibrisses, ils vont pouvoir détecter ces vibrations,
11:07 localiser d'où elles viennent et localiser et capturer la proie.
11:10 Donc on pense qu'ils vont utiliser une combinaison de ces trois systèmes
11:15 pour trouver leur proie au cours de la plongée, et cela en absence quasi totale de lumière.
11:23 Pour les femelles qu'on équipe, parce qu'en ce moment on n'équipe que des femelles,
11:27 leurs proies sont des petits poissons qu'on appelle des myctophydes ou poissons lanterne.
11:34 Pourquoi lanterne ? Parce qu'ils sont bioluminescents, en fait ils émettent de la lumière.
11:38 D'ailleurs c'est une autre mesure qu'on effectue, grâce au capteur de lumière
11:43 qui est sur cet enregistreur, on va pouvoir déterminer les événements de bioluminescence,
11:50 et savoir si lorsque les éléphants de mer détectent plus de bioluminescence,
11:54 ils pêchent mieux ou moins bien.
11:58 Et en fait on a pu montrer que plus on avait d'événements de bioluminescence
12:03 et plus on a détecté grâce à ce capteur de lumière, mieux les animaux pêchaient.
12:06 Donc ça veut dire au moins que la richesse biologique de la zone est plus importante,
12:10 et peut-être qu'il y a plus en effet de myctophydes ou de poissons lanterne.
12:13 Grâce à la mesure de la lumière, on peut déterminer en approximation,
12:29 ce n'est pas hyper précis mais c'est une indication,
12:31 les différences de concentration en phytoplancton le long de la trajectoire d'éléphants de mer.
12:36 Et donc identifier des zones plutôt riches, productives, de zones plutôt moins riches.
12:42 Et pour ça on a validé ça en utilisant un autre type de valise,
12:48 où on a rajouté un capteur qu'on voit ici,
12:52 et ce capteur c'est un fluorimètre.
12:56 Alors à quoi ça sert un fluorimètre ?
12:59 Eh bien ça sert à mesurer les concentrations en phytoplancton.
13:03 En fait ce fluorimètre va envoyer une longueur d'onde,
13:06 donc une lumière, qui va exciter le phytoplancton,
13:12 et ce phytoplancton va réagir en fluorescence,
13:15 donc en émettant lui-même une lumière.
13:18 Et il y a un récepteur qui va mesurer la quantité de lumière, de fluorescence,
13:24 qui va être émettue par le phytoplancton, qui est proportionnel à la quantité de phytoplancton.
13:27 Donc grâce à ce système on peut mesurer dans la colonne d'eau,
13:31 la concentration en phytoplancton,
13:33 et après relier ça aux mesures de lumière qui nous sont données par ces appareils.
13:38 Donc grâce aux éléphants de mer,
13:40 aujourd'hui ces animaux sont devenus, et de très loin,
13:43 la principale source de données océanographique physique,
13:47 mais aussi numérique, c'est-à-dire sur la concentration en phytoplancton pour l'océan Austral.
13:53 Donc c'est un moyen assez exceptionnel pour observer cet océan.
13:56 Et comme on fait ce travail année après année,
13:59 ce qui nous intéresse c'est de détecter au travers de ces animaux
14:02 les variations du système de l'océan Austral,
14:05 c'est-à-dire les années plus productives, moins productives,
14:08 et puis de voir s'il y a une tendance à long terme qui se dessine,
14:11 est-ce que cet océan devient plus productif ou moins productif.
14:14 Donc pour ça on n'a pas encore de réponse,
14:16 mais on collecte des données sur plusieurs années,
14:21 maintenant ça fait 12 ans qu'on travaille sur ce programme,
14:23 et on espère sur la durée pouvoir détecter des variations
14:27 de fonctionnement de l'océan Austral,
14:30 si il y en a, ou au contraire dire que ce système ne varie pas.
14:34 Voilà donc une brève présentation de nos alliés d'études de l'océan Austral.
14:37 Nous reviendrons prochainement pour parler d'un autre programme.
14:39 Merci.
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