00:00 comme tout le monde, la nuit, même nos ancêtres devaient voir ces étoiles et considérer quelque chose.
00:05 S'il y a bien une idée, une discipline qui rassemble, je pense, les humains de toutes les époques,
00:11 c'est la volonté d'avoir une histoire pour expliquer les choses, quelle qu'elle soit.
00:16 Et on a besoin d'histoire, on a besoin de mythes, on a besoin de comprendre, de mettre quelque chose là-dessus.
00:22 Lorsqu'on voit les étoiles dans la nuit, on a besoin de les expliquer.
00:26 Et au temps d'Aristote, il y a déjà bien longtemps, l'univers tout entier était scindé en deux.
00:31 Aristote nous le décrit comme un monde sublunaire, ce qui est sous la Lune,
00:36 qui est le monde des humains, qu'on peut éventuellement comprendre, qu'on peut éventuellement appréhender,
00:42 et puis le monde au-delà de la Lune qui était le domaine des dieux.
00:46 Je ne sais pas si vous imaginez la puissance d'un Newton qui est venu faire exploser cette séparation,
00:52 qui soudain a dit "j'ai trouvé des choses sur Terre, elles s'appliquent partout dans l'univers, elles sont universelles".
01:00 Soudain, l'imaginaire humain a pu se projeter au-delà de la Lune.
01:04 On a eu le droit d'être des dieux quelque part, on a eu le droit d'empiéter sur leur domaine,
01:09 et on aurait bien aimé voir ce qu'il se tramait là-haut.
01:13 Et alors ce nouveau télescope, le télescope James Webb, Christophe Galfard,
01:17 qui a été lancé en décembre 2021, qui est un télescope spatial dont on a des images depuis un peu plus d'un an seulement,
01:24 vous dites qu'il serait peut-être la solution à tout. J'adore cette expression.
01:28 Alors j'ai effectivement marqué qu'il était peut-être la solution à tout, mais je l'ai marqué à page 42 de mon livre.
01:33 C'est vrai ? En plus je l'ai noté, page 42.
01:36 Et parce que le chiffre 42 est probablement la solution à tout, c'est une référence à...
01:41 C'est un olympien.
01:43 C'est une référence au guide de l'auto-stopper de la galaxie, qui est... c'est un truc de geek disons.
01:50 Je vous raconte l'histoire si vous voulez. C'est dans ce livre, "Le guide de l'auto-stopper de la galaxie" de Douglas Adams,
01:55 où il y a un ordinateur surpuissant qui est créé pour trouver les solutions, la réponse au plus grand mystère de l'univers.
02:04 Et il tourne pendant plus de 10 millions d'années.
02:07 Et il dit, bon bah évidemment il y a des sectes qui sont créés tout autour et qui vénèrent le...
02:12 Et tout d'un coup il dit "j'ai la réponse". Et il donne la réponse. 42.
02:16 Et là tout le monde se regarde et dit "mais c'était quoi la question déjà ?"
02:19 On ne se souvient plus. Et il dit "je vais y réfléchir".
02:22 Alors j'ai envie qu'on regarde quand même ce que fait ce télescope James Webb ensemble.
02:26 Et on va regarder par exemple la galaxie du fantôme, Christophe Galphar.
02:29 Donc vous dites qu'elle a une spirale parfaite, et vous dites que c'est la cible préférée des astronomes, qu'ils soient professionnels ou amateurs.
02:35 Vous écrivez que grâce à James Webb on découvre un nouveau visage de cette galaxie.
02:39 Alors qu'est-ce qu'on voit de nouveau ici ? Il faut nous expliquer.
02:42 Alors à gauche c'est ce qu'on voit avec nos yeux, sur l'image qui est là.
02:46 Et à droite c'est ce qu'on voit avec d'autres yeux que les nôtres.
02:49 Ce que font certains télescopes comme James Webb, c'est qu'ils captent une lumière qui est invisible à nos yeux.
02:56 Une lumière qui traverse les poussières.
02:59 Une lumière qui peut voyager dans l'espace sans se soucier de certains obstacles.
03:05 Ce qui fait qu'on peut voir ce qui se passe à droite.
03:08 Et là au centre c'est le même endroit que vous voyez là.
03:11 C'est juste deux aspects différents, deux yeux différents qui regardent le même endroit.
03:15 Et à droite tous les petits points bleus qui sont au centre, il y a des dizaines de milliers d'étoiles qu'on n'avait jamais vues auparavant.
03:22 Qu'à quoi ça vous fait penser Hélène Dorion ?
03:24 Je pense à cette phrase que vous écrivez dans ce livre, "Cœur comme livre d'amour, aussitôt l'obscur, aussitôt le ciel, révèle devant moi des sentiers de bleu tatoués comme une promesse."
03:35 Absolument. Moi j'ai l'impression parfois que mon télescope ce sont les mots.
03:40 J'ai l'impression de regarder à travers les mots et d'essayer de voir justement cet insaisissable.
03:47 De voir ce qu'est le temps, comme vous le disiez.
03:49 Parce qu'on regarde le passé, on essaie de percer le présent, d'envisager le futur.
03:55 Et j'ai l'impression que moi c'est à travers les mots que j'essaie de regarder et aussi peut-être de créer des figures comme ça.
04:01 Des figures d'émerveillement, de beauté, de connaissance aussi.
04:05 Je pense aussi que l'écriture, la poésie est aussi un mode de connaissance par l'imagination, l'intuition.
04:11 Parce que vous fonctionnez aussi beaucoup par intuition, par imagination.
04:15 On imagine et tout à coup le télescope nous révèle quelque chose qu'on a d'abord peut-être imaginé.
04:21 C'est ce modèle mathématique dont vous parliez tout à l'heure.
04:24 Donc on fonctionne quand même, c'est très différent, mais aussi des méthodes qui peuvent aussi s'apparenter peut-être.
04:31 En tout cas on cherche des réponses, c'est ce qu'on fait quand on regarde dans le ciel.
04:34 Absolument.
04:35 J'aime bien cette vision avec les mots, le télescope qui sont des mots.
04:39 On a la Terre, si on se l'imagine flottant dans un univers gigantesque, on pourrait se croire perdu et déconnecté du reste.
04:46 Mais en réalité on reçoit en permanence, l'univers en entier communique avec nous, ne serait-ce qu'avec la lumière.
04:54 Et ce que les télescopes font, c'est qu'ils récoltent cette lumière comme on récolterait des cartes postales, avec quelque chose écrit dessus.
05:02 Et ce que font les astronomes parfois, c'est qu'ils les classent par date.
05:06 Ce qui fait qu'en les mettant ensuite côte à côte, ça nous écrit l'histoire de l'univers tout entier.
05:11 Et ce que j'ai essayé de faire dans ce livre-là, c'est de réunir ces cartes postales qui nous parviennent des quatre coins de l'espace et du temps,
05:19 pour nous donner une vision globale de ce qu'on a aujourd'hui.
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