00:00 Pour commencer cette journée, cette semaine, nous sommes lundi aujourd'hui, il est 8h10,
00:03 vous nous regardez peut-être aussi sur France 3 Occitanie,
00:06 et une nouvelle distinction pour le plongeur et photographe naturaliste,
00:09 mais on peut lire, Laurent Balesta et notre invité Guillaume.
00:12 - Oui, et si vous ne nous regardez pas ce matin sur France 3, je vous conseille de le faire,
00:15 parce qu'on va voir des images absolument magnifiques.
00:17 Bon, si ce n'est pas possible, vous aurez le replay en vidéo de toute manière,
00:20 et vous pourrez voir notamment cette incroyable photo de cette limule prise par Laurent Balesta.
00:26 Bonjour Laurent d'abord. - Bonjour.
00:27 - Merci d'être venu nous rejoindre. - Merci de m'inviter.
00:29 - Une photo qui vous a valu de recevoir pour la deuxième fois, je crois,
00:33 le prix du photographe de l'année de la part du très prestigieux
00:38 Muséum d'Histoire Naturelle de Londres, meilleur photographe animalier de l'année.
00:42 - Oui, oui, ben ouais... - Jamais 203 comme on dit, hein !
00:45 - Ça va être compliqué, c'était pas arrivé en 50 ans, donc...
00:49 Mais non, j'étais très fier, très ému,
00:53 surtout que c'était rendre hommage à ces petites parties de la biodiversité
00:57 qui sont souvent cachées juste sous des chiffres.
01:01 Voilà, c'est pas la photo d'une baleine à bosse,
01:03 c'est pas la photo d'un grand requin blanc, ou d'un lion,
01:07 enfin voilà, c'est la limule, des animaux qui arrivent d'une autre époque,
01:11 qui sont en danger d'extinction et dont tout le monde se moque.
01:15 Avec un paradoxe énorme autour de cette créature,
01:17 c'est que à la fois elle n'a pas évolué depuis 100 millions d'années,
01:20 elle paraît primitive comme ça,
01:22 et aujourd'hui elle est indispensable à la survie de l'être humain,
01:26 parce que sans la limule, sans l'hémoglobine un peu particulière,
01:30 le sang bleu de la limule,
01:32 il n'y a pas un seul vaccin qui sort en service, dans le monde entier.
01:37 C'est-à-dire qu'il n'y a qu'une enzyme présente dans le sang de la limule
01:41 qui permet de tester la stérilité d'un vaccin,
01:45 de risque de contaminer quelqu'un.
01:46 - C'est un peu inquiétant ce que vous dites, Laurent,
01:48 on s'est dit que cet animal peut être en danger, justement...
01:49 - Il est en danger, puisqu'un demi-million de limules
01:53 sont pêchées chaque année pour cette raison.
01:56 Alors d'un côté, moi le premier,
01:57 je ne veux pas renoncer au vaccin pour moi et mes enfants, bien entendu,
02:01 mais en même temps cette espèce est en danger à cause de ça.
02:04 C'est tout le paradoxe, moi je trouve, émouvant d'une créature
02:08 qui nous vient de la nuit des temps,
02:09 qui peut paraître complètement désuète, hors-jeu,
02:13 et qui est indispensable aujourd'hui.
02:15 - Alors pour ceux qui ne nous regardent pas sur France 3,
02:17 mais qui nous écoutent ce matin,
02:18 on va essayer de la décrire un peu,
02:19 cette photo ça va être un peu compliqué, mais on va essayer.
02:22 C'est un poisson qu'on n'a jamais vu.
02:23 - Ce n'est pas un poisson, c'est un arthropode,
02:26 c'est-à-dire que ce n'est même pas un crustacé,
02:28 c'est un arthropode marin,
02:29 il est plus proche d'un millepâtre, d'un scorpion,
02:33 mais qui vivrait au fond de la mer.
02:35 Il est énorme, il fait 40 cm de diamètre.
02:38 - Il est tout doré.
02:39 - Oui, alors ça c'est la chance que j'ai eue, phénoménale,
02:42 c'est-à-dire qu'on est tombé sur une énorme limule qui venait de muer.
02:47 Donc sa carapace elle est toute fraîche,
02:48 il a beau être très gros et donc très vieux,
02:51 pour autant il est tout neuf.
02:54 Et donc sa carapace paraît métallique, paraît doré comme ça.
02:57 - On dirait un peu un bombardier furtif américain.
02:59 - Mais oui, dans pas mal de choses que j'ai écrites à son sujet,
03:03 je les comparais finalement pas tellement à un être vivant,
03:07 mais à une machine vivante.
03:09 Une cuirasse, des yeux sur des périscopes,
03:12 des armes de dissuasion à l'avant,
03:14 et puis il marche comme un chenillard.
03:18 Alors oui, il y a quelque chose d'assez irréel.
03:23 Il y a un gamin qui regardait une expo récemment
03:27 où la photo était présente,
03:30 et me disait "mais ça c'est comme dans Avatar".
03:33 Alors moi j'étais comblé,
03:36 pour lui c'était de la science-fiction ce qu'il regardait sur cette photo.
03:38 - Ce qui est incroyable aussi dans votre cliché,
03:39 ce sont ces trois petits poissons juste au-dessus qui suivent la limule.
03:44 - Alors quand on est un peu naturaliste,
03:46 la simple présence de ces trois poissons
03:49 trahit que cet animal est de grande taille,
03:52 et qu'il fait partie des plus grandes dans la région.
03:55 Parce que ces petits poissons,
03:56 c'est des carangue-pilotes dorés, des juvéniles,
03:59 ils sont tout petits mais ce sera des poissons très grands plus tard,
04:01 n'accompagnent en général que les super-prédateurs.
04:05 On peut les voir comme ça nager devant la bouche d'un mérou géant,
04:09 ou d'un requin, ce genre d'animaux.
04:11 Et le voir là avec cette limule,
04:13 c'est aussi indirectement la preuve que la région a été dévastée.
04:17 On est aux Philippines,
04:18 on a des années de surpêche et de pollution.
04:21 - Expliquez-nous un peu l'histoire de cette photo,
04:23 comment vous êtes tombé nez à nez avec cette limule ?
04:25 Et vous étiez pas là pour ça ?
04:26 - Non, on n'était pas du tout là pour ça.
04:28 - On est au sud des Philippines ?
04:30 - Non, au nord-ouest des Philippines,
04:34 sur une petite île privée qui s'appelle Pangatalan,
04:37 propriété d'un couple de Marseillais plutôt atypiques.
04:40 - C'est une histoire incroyable,
04:41 un couple de Marseillais qui a racheté une île,
04:43 - Oui, qui en ont eu les moyens,
04:45 et la possibilité administrative,
04:47 ce qui n'est pas simple du tout aux Philippines.
04:50 Mais ils se sont associés,
04:51 enfin bref, en tout cas, ils se sont rendus propriétaires de ça,
04:53 et ils se sont mis en tête d'abord, évidemment, de la retaper,
04:58 parce que l'île avait été saccagée par du déboisement,
05:01 par le tour de l'île, par de la surpêche,
05:04 de la pollution à outrance depuis des décennies.
05:07 Et au début, peut-être pour leur propre plaisir à eux,
05:10 c'était peut-être un peu égocentrique, ils ont commencé.
05:13 Et en fait, ils se sont pris au jeu de la restauration écologique,
05:15 ils ont planté 70 000 arbres,
05:17 - C'est pas pour faire du tourisme et des chambres d'hôtes,
05:20 - Ben non, puisque ça reste privé,
05:23 et au-delà de ça, aujourd'hui,
05:25 ils ont replanté aussi la mangrove qui est autour de l'île,
05:28 ils se sont mis en tête aussi de restaurer le récif corallien qu'il y avait autour,
05:32 et tout faisait que les incités allaient plus loin,
05:36 et aujourd'hui, ils sont à l'origine de la création de trois aires marines protégées d'Etat,
05:41 autour de leur île privée,
05:44 et c'est parce que ce travail de restauration écologique a pris de l'ampleur,
05:48 à travers un jeune étudiant, qui était étudiant chez nous à Carnon,
05:53 mais qui, après, a volé de ses propres ailes,
05:56 et s'est retrouvé responsable scientifique de cette île,
05:59 et un jour, on a reçu un coup de fil de cet ancien étudiant à nous,
06:02 qui nous disait "Cette fois-ci, c'est moi qui vous embauche",
06:05 et on a débarqué là-bas, mais pour faire un travail vraiment d'expertise,
06:08 de cartographie, de ce genre.
06:10 - Vous avez des images de cette aventure, de l'île de Pangatalan ?
06:12 Ça donnera peut-être d'ailleurs un film ?
06:13 - Oui, le succès de cette photo a créé pas mal d'enthousiasme autour de nous,
06:20 et du coup, on va repartir en 2024,
06:24 raconter à la fois l'histoire naturelle incroyable de cette créature improbable,
06:28 mais aussi le parcours,
06:31 je veux dire, qui est à contre-courant, malheureusement, de ce qui se passe dans le milieu naturel,
06:37 et raconter aussi l'histoire de cette île et de ce couple qui a restauré cette île.
06:41 - Alors, il nous reste un petit peu de temps,
06:42 je voudrais qu'on parle du nouveau film en préparation dont vous êtes en train de terminer le montage,
06:46 Laurent, alors chacun se souvient de votre aventure il y a 3 ans, 28 jours,
06:51 dans un caisson dans les profondeurs au large de la Méditerranée,
06:55 c'est "Planète Méditerranée", donc votre dernier film,
06:57 là vous préparez un autre film sur aussi un véritable mystère de la nature.
07:01 - Ah oui, oui, des anneaux qui ont été découverts il y a une quinzaine d'années,
07:05 et imaginez une vallée de sable blanc, par 120 mètres de profondeur,
07:10 et là sur ce sable blanc, des cercles dessinés, parfaitement circulaires,
07:15 - Comme si on les avait dessinés avec un comptoir.
07:16 - Ah mais oui, oui, ça paraît totalement surnaturel, en tout cas ça paraît pas naturel,
07:20 ces cercles font 20 mètres de diamètre, et il y en a 1417.
07:25 Et jusqu'à encore récemment, on n'avait aucune idée de leur origine,
07:32 on ne comprenait pas leur histoire,
07:33 et on s'est lancé là-dessus il y a maintenant 4 ans,
07:36 on a un peu surestimé notre expertise,
07:40 persuadé qu'on allait comprendre ça en une mission,
07:43 et en fait il a fallu 4 missions,
07:45 et la toute dernière, alors on est retourné avec la station Bastiale,
07:49 on a refait un séjour de 20 jours au fond,
07:53 mais ça n'a pas suffi, et puis par exemple,
07:55 là la dernière mission, au mois d'août dernier,
07:58 nous étions sur place avec deux petits sous-marins,
08:00 qui m'ont permis, ce n'était pas tant de ne pas plonger,
08:04 j'ai toujours à cœur de plonger,
08:05 mais c'était surtout pour pouvoir amener au fond des gens
08:07 qui ne peuvent pas faire ces plongées profondes,
08:10 parce qu'il fallait des spécialistes dans des domaines qui ne dépassent
08:13 la géophysique, la paléoclimatologie...
08:15 - Est-ce qu'on a l'explication ?
08:16 - Ben oui, on commence bien à l'avoir,
08:18 mais forcément je vais attendre que le film sorte.
08:21 - On attend que le film sorte, on ne le dit pas.
08:23 C'était longtemps un grand mystère, ça l'est un peu moins aujourd'hui ?
08:26 - Ah oui, ça l'est beaucoup moins, même s'il y a encore des parts d'ombre,
08:29 et que j'espère qu'on va percer avec les dernières analyses de données
08:32 qu'on a réussi à récupérer au cours de cette dernière mission.
08:36 - Et ce film, on pourra le voir quand, Laurent Balestin ?
08:38 - Je pense que le film sera fini avant le printemps,
08:42 et après il sera diffusé sur Arte, et ça je ne peux pas vous dire quand encore.
08:48 - Le dernier film qu'on a vu, vous concernant sur Arte,
08:50 c'est Planète Méditerranée, on peut le retrouver très facilement
08:52 je crois sur Youtube ou sur les...
08:54 - Entre temps, il y a eu un film qui nous tient vraiment à cœur,
08:57 qui est moins ambitieux que Planète Méditerranée, avec moins de moyens,
09:01 mais où on est allé aider des vulcanologues italiens
09:04 sur des phénomènes volcaniques sous-marins,
09:07 autour des îles éoliennes en Sicile.
09:09 On a fait ça en plein Covid, avec toutes les autorisations,
09:12 et on était des privilégiés.
09:16 Rendez-vous compte, on est parti d'ici jusqu'en Sicile avec notre bateau,
09:19 on n'a pas croisé un bateau.
09:21 On est passé par les îles de Capri,
09:22 qui sont sans doute les îles les plus visitées au monde,
09:25 il n'y avait pas un bateau.
09:26 - Parce que Covid.
09:27 - Oui, et donc on a été très privilégiés,
09:29 et ce film est aussi disponible sur Arte,
09:33 ça s'appelle "La face cachée des volcans méditerranéens".
09:37 - Vous n'arrêtez jamais quoi ?
09:38 - Bah si, si, regardez là, je suis là, c'est que je me suis arrêté.
09:44 - En tout cas, c'était un plaisir de vous recevoir ce matin.
09:46 - Merci à vous.
09:47 - Et bravo pour ce prix du meilleur photographe animalier de l'année,
09:50 cette limule dorée absolument incroyable,
09:52 si vous n'avez pas pu voir l'image,
09:53 vous allez sur n'importe quel moteur de recherche,
09:55 vous tapez Laurent Balestat Limule et vous tomberez sur la photo.
09:58 Merci Laurent.
09:59 - Merci à vous.
10:00 - A retrouver sur francebleu.fr,
10:02 tous nos invités, vous pouvez les réécouter lorsque vous en avez envie.
10:04 Les 8h20, je peux déjà vous dire que dans quelques instants,
10:06 nous allons repartir dans les années 60 avec Léopoldine Dufour
10:10 lors de la réalisation de la station touristique de la Grande Motte.
10:13 Direction la Grande Motte après Daniel Balavoine
10:15 et la Ziza dans le 6/9 de France Bleu Héros,
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