00:00 [Musique]
00:07 Je compte sur votre clairvoyance pour ne pas répondre à l'extrême sévérité des réquisitions du parquet.
00:13 Tourner ces séquences dans des vraies salles d'audience à Bobigny, ouais, c'est génial.
00:17 La tournée, je crois que c'est la première fois dans le vrai tribunal de Bobigny, qui ne s'arrête jamais.
00:21 On est donc allé dans le vrai tribunal pour les découvertes, le parvis, le hall qu'on ne peut pas reconstituer et les lieux vraiment importants.
00:29 À partir de maintenant, vous avez le droit de garder le silence ou de choisir de répondre à mes questions.
00:34 Architecturalement, il ne ressemble pas aux tribunaux que nous avons tous en tête. Il est un peu inattendu.
00:42 C'est un tribunal des années 80, tout bleu, en métal, en béton, où en fait, je trouve qu'il y a moins le côté extrêmement solennel qu'on peut trouver par rapport à Paris ou dans d'autres tribunaux même de France.
00:56 C'est moins feutré, il y a un tribunal assez moderne et en même temps, ce n'est pas la même chose que le tribunal de Créteil.
01:02 Ce bâtiment de Bobigny respire aussi à quelque chose qui est en gestation permanente, en fait.
01:09 Ce palais de justice, il a une âme qu'on ne perçoit pas forcément quand on vient parce que les gens se disent « mais qu'est-ce que c'est que cette serre ? ».
01:17 Vous savez, quand on rentre dans le palais de justice, on voit ces grandes plantes, donc les gens disent « mais c'est chez Truffaut, ici ? ».
01:22 Les salles d'audience ne sont pas impressionnantes comme à Paris, elles sont à mon semble-t-il moins impressionnantes que dans des tribunaux.
01:28 Les jeunes arrivent en disant « c'est un peu comme la maison de quartier », donc ils ont du mal à percevoir qu'on rend la justice.
01:33 C'était l'idée de rendre facile la proximité d'un palais de justice avec le justiciable.
01:37 Le tribunal va se retirer pour délibérer.
01:40 On a reconstruit une partie du tribunal de Bobigny en studio, tous les bureaux et tous les intérieurs,
01:47 pour pouvoir y passer du temps, pour pouvoir y filmer ce que nous ne pouvions pas filmer dans le vrai tribunal.
01:53 Ce qui compte, ce n'est pas d'être nouvelle, c'est de savoir où on met les pieds.
01:57 C'est un tribunal qui est très très mal connu, alors que c'est quand même le deuxième tribunal de France en termes de volume d'affaires.
02:04 On a une agression à l'arme blanche, une exhibition sexuelle et une violence conjugale.
02:10 Je vous laisse la violence conjugale, ça vous va si bien ?
02:13 Si l'on procède par affinité, je vous laisse la masturbation.
02:17 Quand je suis allée voir les comparutions immédiates au tribunal de Bobigny, j'ai été frappée par la jeunesse.
02:22 C'est fou, la procurat, le juge.
02:27 Après on m'a dit aussi que c'est pour se faire la meilleure école.
02:33 Quand tu vas faire du pénal, tu passes par Bobigny, tu es prêt à tout affronter.
02:38 Si tu veux choisir, tes clients ne travaillent pas ici.
02:40 C'est vrai qu'à Bobigny, il y a beaucoup de jeunes magistrats, pour une raison toute simple,
02:45 parce que le rythme est tellement d'enfer qu'il épuise les gens.
02:49 Roxane Boer, votre avocat commis d'office.
02:51 Je n'ai rien fait, je ne suis pas violente.
02:54 Et ça vous arrive souvent de frapper votre femme ?
02:57 On m'a dit que c'est la première fois.
02:59 Dans quel type d'affaires vous vous êtes mis en examen ?
03:01 Vous pouvez me sortir dehors ?
03:03 Vous avez quelque chose à ajouter ?
03:06 Il faut savoir qu'à Bobigny, les jeunes magistrats restent souvent pendant deux ans.
03:11 Et pendant deux ans, pour vous donner un ordre d'idée,
03:13 ils vont recevoir 150 ou 200 appels la journée,
03:16 à gérer les appels des commissariats de tout le 93.
03:19 Vous l'imaginez, vous montez tout un machin pareil, sans complice, ça ne tient pas la route.
03:25 Il faut prendre des décisions rapides de placement en garde à vue,
03:28 des décisions rapides d'orientation.
03:31 Est-ce qu'on va saisir un juge d'instruction ?
03:33 Est-ce qu'on va déférer ce qu'on appelle en comparution médiate pour être jugé l'après-midi même ou le lendemain ?
03:37 Est-ce qu'on va donner une convocation judiciaire ?
03:39 Donc 200 appels par jour, il faut être costaud.
03:42 Mais il y a quelque chose que j'aime dire sur Bobigny,
03:52 c'est que souvent les magistrats sont obligés d'aller à Bobigny.
03:56 C'est ce qu'on appelle le purgatoire, ils y vont à reculons.
03:59 Non mais vous ne comprenez pas, on ne veut pas de vous ici.
04:01 Jamais ils ne vous feront votre trou.
04:02 Et moi ce que j'aime dire, c'est souvent cette phrase que j'ai entendue,
04:05 les magistrats viennent à Bobigny en pleurant.
04:08 Mais quand ils partent de Bobigny, ils pleurent également.
04:12 Parce que justement, ce qui ressort, c'est que les magistrats, la plupart le disent,
04:16 c'est qu'ils ont tous de bons souvenirs de Bobigny.
04:18 Je vous kiffe, vous venez de me sauver la vie, vous ne vous imaginez même pas comment.
04:22 Je peux vous embrasser ?
04:23 Allez-y, calme-toi.
04:24 Il y a une vraie solidarité, je trouve, entre les magistrats et les avocats.
04:29 Ils ne travaillent pas du tout dos à dos, même si on pourrait le penser,
04:32 parce qu'ils ne font quand même pas complètement les mêmes métiers.
04:35 Mais ils travaillent ensemble, et ils travaillent à l'amélioration quand même
04:38 de la vie des gens sur le territoire.
04:40 Et je trouve qu'il y a un engagement de chaque côté que j'avais vraiment envie de raconter aussi.
04:44 Derrière, il y a une sonnerie.
04:47 Oui, on sonne.
04:48 On sonne.
04:49 Elle sonne, donc ça veut dire que tout le monde entend, tout le monde se lève.
04:52 Levez-vous.
04:58 Alors là, on est au tribunal de Bobigny, au Palais de Justice.
05:02 Et on est en train de tourner une séquence où je défends Fouad Boudali,
05:07 qui est inculpé pour avoir fait l'amour avec mon personnage Yasmine pendant un parloir.
05:14 Asseyez-vous.
05:15 C'est une longue pédoirie, et pas n'importe laquelle,
05:20 puisque c'est la première fois que je plaide au tribunal de Bobigny.
05:23 Pour moi, la 1, c'est la pédoirie.
05:26 D'accord.
05:27 Du shop Alice, par là.
05:29 J'aimais bien cette idée-là de pouvoir donner quelque chose de l'ordre du drôle, du sympathique.
05:35 Toutes ces idées-là qui ne collent pas à un procès, en principe.
05:40 Donc j'essayais de créer de l'action.
05:43 Je ne sais pas si je commence par tes jambes, qui sont très belles,
05:45 c'est parce que je commence par mes pieds.
05:46 Roxane, elle ferme la robe à un moment où les jambes sont nues,
05:51 et juste elle regarde les autres qui ont des chaussures un peu austères,
05:55 et qui sont avec des pantalons.
05:57 Donc elle ferme la robe, et du coup, elle met la robe aussi au-dessus de ses bijoux.
06:01 Elle est blindée de bijoux.
06:02 Voilà, on est plus avec elle.
06:04 Des petits détails comme ça.
06:05 Qui regarde qui, et comment ça se fait de créer du suspense.
06:09 Valide, qui est derrière, qui fait des fucks.
06:13 Je me suis dit quand même, il est derrière la vide, il fait pas mal de fucks comme ça.
06:17 D'être du point de vue de tout le monde, et d'essayer de nourrir cette situation de manière humaine,
06:23 tout en déroulant le procès.
06:25 Maître Bauer, vous êtes avec nous ?
06:27 À ce moment-là, Roxane, elle est un petit peu stressée,
06:31 parce que c'est la première fois qu'elle plaide ce tribunal,
06:34 c'est aussi la première fois finalement qu'elle se retrouve à faire du pénal.
06:37 Et donc c'est quand même une grosse séquence.
06:40 Cadré, et action !
06:42 Nous avons grandi dans la même cité, M. Boudel et moi,
06:45 et je suis bien placée pour savoir qu'en cité, le trafic de stupéfiants est presque inévitable.
06:49 Je me suis vachement accrochée au texte, à savoir pourquoi elle dit ça,
06:52 qu'est-ce qu'elle essaye de faire comprendre par là.
06:54 J'ai juste essayé de comprendre l'argumentaire, un petit peu comme quand finalement je vais lire une séquence,
06:58 et je me dis "ok pourquoi je dis ça ?"
07:00 Qu'est-ce que ça apporte narrativement, quel est l'enjeu de la séquence,
07:04 pourquoi il y a cette réplique, est-ce qu'elle sert, est-ce qu'elle sert pas ?
07:07 J'ai un peu travaillé de la même façon, m'appeler Doiry, me dire "ok pourquoi Roxane dit ça ?"
07:12 Déjà ça, j'ai envie de dire, ça fait la grosse part du taf.
07:16 Expliquez-moi ce que mon client fait dans un établissement prévu pour les courtes peines.
07:20 C'est une séquence qui va un petit peu donner le "là" pour la suite, comme quoi elle est faite pour le pénal.
07:28 Alors si les détenus n'ont pas une petite lumière au bout du tunnel,
07:31 pour pouvoir se projeter dans un avenir meilleur, à quoi sert une condamnation ?
07:35 Elle gagne, donc il fallait filmer comme quelqu'un qui gagne,
07:38 comme une héroïne contre-plongée, c'est assez efficace, des choses comme ça.
07:45 Je voulais raconter qu'au début du premier épisode, elle n'arrive pas à plaider,
07:49 et à la fin, elle plaide, pas du tout là où elle voulait,
07:52 mais en tout cas, elle plaide, elle plaide bien, elle plaide sur un territoire qu'elle connaît,
07:57 et sur lequel elle n'avait pas du tout envie de revenir,
07:59 et étrangement, son passé la rattrape, parce que c'est là qu'elle va bien plaider.
08:04 Monsieur Bouddhali, levez-vous. Le tribunal, après en avoir délibéré,
08:09 vous condamne à une peine de 4 mois de prison, dont 3 avec sursis.
08:14 Et le fait qu'elle plaide bien, c'est ça qui va lui donner confiance,
08:17 c'est ça qui va faire qu'après, elle va accepter de s'installer à Bobigny et de plaider là-bas,
08:21 mais c'est aussi ça qui va lui faire comprendre que, en fait, sa vie, elle est là,
08:25 et pas du tout là où elle pensait.
08:27 Yasmine est le témoin de ce moment qui est très beau, c'est un moment important.
08:32 Je pense que c'est la symbolique qui est forte, ça représente l'envol du personnage de Roxane.
08:37 Ah, vous t'as kiffé ?
08:39 C'est dans ta robe, là !
08:42 C'est le système pénitentiaire qui est ablamé, madame la présidente !
08:46 [Musique]
08:56 [SILENCE]
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