00:00 C'est le moment Angot, on vous écoute Christine.
00:02 Le livre de Vanessa Springora reposait sur un titre, le consentement, qui faisait vaciller
00:09 une notion prétendue claire, oui c'est oui, non c'est non, en décrivant son utilisation
00:13 perverse par un adulte sur un enfant.
00:15 Par l'acte d'écrire, Vanessa Springora était sortie du cadre qu'il avait mis sur
00:21 le même plan que Mads Neff, dans une chambre, dans un lit, dans des draps.
00:24 On s'apercevait que la justice pour mineurs était inadaptée à la réalité sociale
00:31 et psychique des adolescents et des agresseurs, mis sur le même plan, par l'artifice du
00:36 mot consentement, à un même acte, dans un même lit.
00:39 Et son livre devenait politique.
00:41 Quand je faisais mes études en droit, une prof nous répétait l'adage de la cordère
00:48 entre le faible et le fort, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit.
00:52 Le livre est adapté au cinéma.
00:55 Et là, retour en arrière.
00:58 L'homme et la fille filmés comme un couple, un couple moderne, tremblant sous les caresses.
01:04 Comment plus il fallait que l'actrice soit majeure pour qu'on puisse la dénuder.
01:08 L'image devient l'allié objectif de Mads Neff, qui n'en demandait pas tant, et qui
01:13 doit bien se frotter les mains, et peut-être pas seulement.
01:15 A l'époque où Mads Neff était encore une star littéraire, il faut se souvenir que
01:25 les enfants et les adolescents, même quand ils participaient au dîner des parents, sont
01:30 encore des ombres, des personnages secondaires, qui n'ont pas voix au chapitre, des écoliers
01:37 à qui on demande s'ils travaillent bien à l'école, des sortes de petits paquets
01:40 n'ayant une existence que projetés sur les parents, le futur métier, la future place
01:44 dans la société, alors qu'ils sont des tonnes à être abusés.
01:47 A l'époque, il n'y a pas de littérature qui les raconte, pas de personnages qui les
01:53 représentent.
01:54 Il faut aller chercher David Copperfield, Cosette, comme si les enfants violés n'existaient
01:59 pas, étaient restés coincés dans la littérature du XIXe sous l'enfant pauvre, abandonné,
02:05 battu, ou masqué sur la couverture du poche par les lunettes de soleil en chœur de Lolita.
02:10 Quand Matzneff se met en scène en train de les violer, personne ne voit rien.
02:16 Pourquoi ? Parce qu'on ne regarde que lui, l'homme, l'adulte, l'invité des médias,
02:27 le séducteur, l'élégant, qui parle bien.
02:30 À la publication du livre de Springera, on se désole et s'étonne de la société
02:36 permissive de l'époque dans les milieux intellectuels parisiens.
02:39 Comme si les enfants ailleurs étaient miolotis, comme si tout ça était une affaire de sixième
02:45 arrondissement.
02:46 C'est un peu facile.
02:48 Les enfants n'étaient pas vus, les violeurs pas considérés comme tels, et ça dans tous
02:54 les milieux Paris-Province.
02:56 Jean-Paul Rouve, qui joue Matzneff aujourd'hui, dit lui-même qu'il ne comprend pas le personnage
03:03 qu'il a joué.
03:04 Surtout ne pas comprendre, ne pas vouloir, et s'en vanter.
03:09 Être quelqu'un de trop bien pour comprendre ça.
03:12 Le titre de Vanessa Springera faisait douter du consentement comme notion juridique du
03:18 viol sur mineurs, en soulignant l'aspect balbutiement, gêne, hésitation, peur, le
03:22 oui pour ne pas faire d'histoire et satisfaire l'adulte.
03:25 Ce n'est pas le cas dans l'adaptation au cinéma.
03:27 Le consentement se retrouve assorti d'images qui balaient tout ça et qui effacent le non
03:33 du oui.
03:34 Sur le sujet, on peut faire ou des films porno ou des films de guerre.
03:38 Là, il y a des tremblements érotiques, des culottes blanches petits bateaux qui volent,
03:44 une lumière David Hamiltonisée.
03:46 Tout se passe comme si le consentement reprenait son sens premier.
03:51 -Merci, Christine Angot, et à jeudi prochain.
Commentaires