00:00 C'est dans cette Venise-là que naît une héroïne, la petite Hilaria, petite dernière d'une famille de commerçants.
00:05 Avant même qu'elle voit le jour, sa mère veut pour elle un autre destin que celle des femmes de son milieu,
00:10 que celle des femmes de son époque, que celle des femmes tout court.
00:14 Hilaria apprendra la musique, elle y trouvera sa voix, mais surtout, vous l'écrivez, elle s'élèvera.
00:20 Alors la mère s'arrange pour confier le nourrisson, à peine âgée de trois mois, à une célèbre institution qui s'appelle la Pietà.
00:26 Peut-être qu'il faut expliquer ce que c'est que cette Pietà dans la Venise de cette époque. Léonore de Reycondo.
00:31 Alors la Pietà, c'est une institution très extraordinaire. Il y en avait quatre à Venise à l'époque.
00:38 Une exclusivement pour filles, la Pietà. Je rappelle qu'à l'époque, Venise est une république.
00:45 Donc c'est vraiment une œuvre sociale de la ville de Venise d'ouvrir ses hospédales.
00:50 Et dans ces institutions, la Pietà existe depuis le XIVe siècle. Elle existe encore aujourd'hui.
00:55 Donc aujourd'hui encore, c'est un centre d'accueil pour femmes isolées et pour mineurs.
01:00 Et donc à l'époque, déjà, on accueillait des petites filles et on leur apprenait à jouer de la musique.
01:06 Et ça, je trouve que... Alors évidemment, une des grandes raisons pour lesquelles j'ai écrit ce livre,
01:12 c'était de me passionner pour cet endroit si extraordinaire où à l'époque, en 1700, elles sont à peu près 800, 900 petites filles.
01:20 Donc imaginons le bruit dans cet endroit avec tous ces violons et tous ces instruments.
01:26 - Le bruit magnifique parce qu'en fait, la musique et le sacré sont absolument indissociables.
01:29 Et on vient dans cette Pietà pour écouter de la bonne musique.
01:33 - Oui, de l'excellente musique. Parce que Venise, à ce moment-là, vous avez parlé du carnaval, c'est six mois de carnaval, six mois de carême.
01:41 Donc imaginons les six mois de carnaval, la grande fête, et les six mois de carême.
01:46 Donc pendant la grande fête, les Vénitiens peuvent aller dans tous les théâtres, dans tous les opéras, et vraiment sortir et écouter de la musique de leur époque aussi.
01:54 Rappelons qu'à cette époque-là, on n'écoute que de la musique contemporaine.
01:58 On ne va pas écouter les compositeurs précédents comme aujourd'hui on va écouter Wagner ou Mozart.
02:05 Non, à l'époque, on n'écoute que de la musique contemporaine.
02:07 - Alors précisez-moi.
02:08 - Donc Vivaldi et tous les autres compositeurs de l'époque écrivent à tour de bras de la musique pour la période de carnaval, les opéras, mais en période de carême.
02:19 Ils écrivent pour les églises la musique sacrée. C'est le seul lieu où les Vénitiens peuvent écouter de la musique. Ce sont les églises.
02:25 - Vous l'avez entendu, là ?
02:26 - De quoi ?
02:27 - Vivaldi.
02:28 - Ah oui, là, oui.
02:29 [Musique]
02:32 - Antonio Vivaldi, surnommé le prêtre Roux, Léonor de Reycondo, dont vous nous apprenez qu'il enseignait le violon à la pieta à cette époque.
02:40 Quel maître, quel maestro est-ce qu'il était ?
02:42 - Alors forcément extraordinaire parce qu'il avait aussi besoin de la pieta puisque tous les opéras étaient fermés.
02:49 Il fallait qu'il travaille et qu'il compose et que sa musique soit jouée.
02:53 Et donc, ces institutions étaient là pour porter très très haut l'excellence de la musique et la beauté de la musique.
03:00 Et donc, inviter de tels professeurs et de tels compositeurs à venir enseigner là.
03:05 Et il avait donc moult jeunes femmes qui jouaient sa musique, qui l'aidaient, qui copiaient sa musique aussi.
03:13 Et lui enseignait aux plus âgées et les plus âgées enseignaient aux plus petites.
03:18 Et donc, c'est pour ça que j'imagine le destin initiatique un peu de cet enfant qui entre là et qui va apprendre le violon avec Vivaldi.
03:27 - Alors justement, moi je pense à vous tout de suite. On l'entend cette musique de Vivaldi.
03:32 Qu'est-ce qu'elle représente cette musique pour vous musicienne, Léonore ?
03:36 - Alors déjà, c'est quand même le langage du violon.
03:40 Vivaldi c'était un grand violoniste. D'abord, il a énormément composé pour son propre instrument.
03:46 Et donc, il vient développer non seulement la musique mais aussi toute la technique instrumentale grâce à sa musique
03:53 et grâce évidemment à l'enseignement qu'il va donner.
03:57 Donc c'est aussi le développement de l'instrument en lien aussi avec la lutherie
04:03 parce que non seulement il y a de très très grands compositeurs qui sont là
04:07 mais aussi pour pouvoir fournir tous les instruments à toutes ces musiciennes et à tous les musiciens qui étaient à Venise,
04:12 de grands luthiers s'installent, notamment Matteo Goffriller que je cite dans le livre
04:18 et qui va faire les petits instruments pour les petites filles
04:21 parce que quand on démarre, là on voit ce violon qui est un violon entier
04:24 mais quand j'ai démarré à 5 ans, j'avais un tout petit violon.
04:28 Il était comme ça mon violon et puis petit à petit, le bras grandissant, le violon grandit.
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