00:00 Les pêcheurs de Péterhead espéraient un beau séant d'opportunité et du Brexit,
00:03 ils ont eu une vague de complications et de surcoûts, avant même la déferlante de l'inflation
00:07 au Royaume-Uni.
00:08 « Ça a été les pires trois années de sa carrière », explique à l'AFP Mark
00:13 Addison, devant son chalutier, le Bonarcle 2, amarré juste derrière le marché aux
00:17 poissons de Péterhead, au nord de l'Écosse.
00:20 Le Brexit puis la guerre en Ukraine, qui a fait flamber les coûts du carburant et des
00:24 équipements tels que les filets de pêche, c'était vraiment deux coups d'urlin après
00:28 l'autre, ajoute le pêcheur à la barbe rousse, yeux clairs et combinaison bleu marine.
00:32 Le secteur de la pêche, poids plume économique, a pourtant été la figure de proue de la
00:37 campagne pour la sortie britannique de l'Union Européenne, réclamant plus de quotas de
00:41 pêche dans la mer du Nord et la Manche, jugés inéquitablement répartis.
00:45 Les politiciens se sont succédés dans les ports de Grimsby, au nord-est de l'Angleterre,
00:50 ou à Péterhead, où se trouve l'un des principaux ports de pêche du pays et le plus
00:54 important marché de Gros d'Europe pour le poisson blanc.
00:56 L'ex-premier ministre Boris Johnson, alors en campagne pour les législatives de 2019,
01:02 avait promis un « océan d'opportunités ». Aujourd'hui, ceux qui espéraient beaucoup
01:07 du Brexit estiment qu'on leur a vendu un mensonge, comme Mark Addison.
01:11 Il voit favorablement la hausse des quotas de pêche en faveur du Royaume-Uni prévue
01:15 dans l'accord de libre-échange post-Brexit avec Bruxelles, entré en vigueur début 2021.
01:20 Mais il est confronté aux retombées indirectes de la sortie de l'UE pour ses clients qui
01:24 exportent vers le continent.
01:25 « Il y a des problèmes de queue au poste frontière pour les passeports et les formulaires
01:30 de douane, des problèmes de groupage, de cargaison, dans les camions, il y a toujours
01:34 quelque chose », énumère-t-il.
01:36 Lorsqu'une cargaison de poisson, d'or est périssable s'il en est, est perdue ou
01:41 retardée, cela plombe le prix offert par les exportateurs sur les ventes suivantes
01:45 pour ses merlans, adhocs ou autres cabillauds.
01:47 Il faut faire avec.
01:49 Cela le force à se montrer plus sélectif.
01:52 « Les poissons dont la chair s'abîme vite, ça ne vaut plus la peine », dit-il, alors
01:57 qu'avant la sortie de l'UE, il prenait tout ce qu'il pouvait dans ses filets avec
02:00 l'assurance d'en tirer bon prix.
02:02 Mais comme il l'explique avec un regard résigné, « j'ai trois fils sur ce bateau ».
02:06 Quand vous êtes une petite affaire de famille, il faut bien faire avec.
02:10 Il y a sans aucun doute des grosses affaires qui ont bénéficié du Brexit, analyse Bryce
02:16 Stewart, spécialiste de la pêche et de l'écologie marine à l'Université d'York.
02:20 Mais les petites affaires, qui forment la majorité de la flotte du pays, n'en ont
02:25 tiré aucun profit, voire en ont pâti.
02:27 Dans la halle du marché de Peterhead, grande comme un terrain de football, des centaines
02:32 de caisses de poissons sont alignées au petit matin sous la lumière blafarle de néon.
02:35 Une cinquantaine de marchands en bottes de plastique essirées procèdent aux enchères
02:40 du jour, en chérissant d'un coup d'œil.
02:42 En moins de deux heures, 6 000 caisses seront adjugées.
02:45 Graeme Sutherland, co-directeur de Whitelink Seafood, était pro-Brexit, comme une majorité
02:51 de pêcheurs, mais admet que les promesses ne se sont pas concrétisées.
02:55 « On espère toujours après 2026 du côté des quotas de pêche », explique avec un
03:00 sourire doux celui qui cogère une entreprise familiale de pêche et transformation qui
03:03 emploie environ 200 personnes.
03:05 D'autant que la crise du coût de la vie se fait sentir, les prix de vente sont plus
03:10 serrés cette année sur le poisson haut de gamme.
03:11 « On voit que l'argent se fait rare », raconte-t-il à l'AFP.
03:16 Bryce Stewart estime quant à lui que lui n'a aucun intérêt à concéder plus de
03:20 quotas après la période de transition allant jusqu'en 2026, et que le Royaume-Uni a peu
03:24 de moyens de pression sur l'Union, son plus gros marché.
03:27 Alistair Brown, qui dirige les opérations de Nolan Seafood, n'a pas de mots assez
03:32 durs.
03:33 Pour les sociétés de transformation de poisson, le Brexit a été un désastre qui n'amène
03:38 que des coûts supplémentaires.
03:39 Sans compter les pénuries d'employés.
03:42 Nous avons besoin de personnel étranger dans nos usines.
03:45 Pour nous tout est tendu en ce moment à cause des coûts, de l'inflation.
03:50 Tout dépend au final de nos clients et ils demandent du poisson moins cher.
03:53 !
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