00:00 Sur la côte est du Groenland, derrière les icebergs qui peuplent le fjord de Skoresby,
00:10 une expédition est en marche.
00:14 Sous escorte armée, Eric Maréchal, chercheur au CNRS, avance avec prudence vers le glacier
00:23 niché au fond de la baie des Vikings.
00:27 Sur ce territoire sauvage, ce n'est pas l'homme qui fait la loi.
00:32 Le scientifique n'est pas là pour observer ses empreintes, mais des traces bien plus
00:41 petites.
00:42 Un micro-organisme, les algues rouges, qui prolifèrent à la surface de la neige.
00:50 Aussi surnommé le sang des glaciers, cette espèce encore méconnue serait de plus en
00:57 plus présente dans la région, s'accroissant sans s'accélérer par le réchauffement climatique.
01:03 Son impact sur l'environnement est sans précédent.
01:08 Ces algues colorent la neige et la glace, et on estime que de l'ordre de 12% de la
01:15 fonte annuelle des glaciers est due à la présence d'algues, ce qui est colossal.
01:21 À l'échelle de la planète, s'intéresser à ce qui se passe au Groenland, c'est aussi
01:29 comprendre la dynamique du dérèglement du cycle de l'eau à l'échelle de la planète
01:36 et de la fonte majeure qui cause l'élévation des océans.
01:42 Pour accéder à cette région reculée, à plusieurs jours de navigation du village
01:49 le plus proche, le voyage s'est fait en voilier polaire, le Kammach.
01:54 27 mètres de long, 90 tonnes et une coque en acier pour braver les éléments.
02:03 Dans le bateau transformé en véritable laboratoire, chercheurs et spécialistes du Groenland
02:10 s'affairent dans une course contre la montre.
02:12 Naviguer dans ce fjord extrêmement sauvage n'est possible que quelques semaines chaque
02:18 année.
02:19 On a un mois, grosso modo, du 10 août au 10 septembre, plus ou moins, suivant les saisons,
02:29 et après les glaces referment l'entrée et l'accès au fjord.
02:34 Pour venir en bateau, c'est une petite fenêtre d'un mois sur l'année.
02:38 On a des cartes des glaces, des cartes satellites qu'il faut arriver à interpréter, après
02:42 il y a le facteur météo et puis en même temps on a des cartes qui ne sont pas fiables,
02:49 comme là on a un gros décalage sur les cartes, donc du coup on avance à tâtons avec la
02:52 ligne de sonde, la profondeur, et voilà, après c'est de la découverte et de l'adaptation.
03:00 Caroline Bouchard, biologiste venue de Nouk, la capitale du Groenland, est aussi de l'aventure.
03:06 Cette spécialiste des écosystèmes marins arctiques jette plusieurs fois par jour des
03:13 filets afin d'observer la présence de micro-organismes et de larves de poisson.
03:18 Des prélèvements qui donnent des indicateurs précieux sur la chaîne alimentaire dans
03:24 cette région isolée.
03:25 Même ici, le constat est inquiétant.
03:28 Malgré l'impression que l'on peut avoir que ces environnements sont intacts, il y
03:36 a bien un impact de l'homme ici qui est dissimulé.
03:39 Par exemple, il y a des polluants, des produits chimiques éternels que l'on retrouve déjà
03:45 chez les animaux parce qu'ils s'accumulent tout au long de la chaîne alimentaire.
03:49 Parfois, les changements arrivent très vite.
03:54 Et c'est difficile pour s'adapter à moyen ou long terme, donc oui, je dirais que je
04:03 suis très inquiète.
04:05 Le mois de juillet 2023 a été le plus chaud jamais enregistré par une station située
04:13 au centre de la calotte glaciaire de l'île.
04:15 Il y a deux ans, le thermomètre a atteint les 24 degrés.
04:20 En embarquant des scientifiques, l'organisation Greenlandia veut combattre les discours climato-sceptiques
04:27 par des données concrètes.
04:28 Vous entendez parler du réchauffement climatique, mais ici, on le constate.
04:34 C'est ça le message.
04:35 Les gens qui vivent ici, ceux qui viennent souvent comme nous, on voit les glaciers.
04:41 On peut témoigner d'une mission à l'autre quel est l'impact du réchauffement climatique.
04:46 Ici, c'est vraiment le laboratoire du changement climatique.
04:50 Publié plus tôt dans l'année, une étude danoise souligne un paradoxe.
04:56 Alors qu'ils sont les premiers touchés au Groenland, un habitant sur deux ignore que
05:02 la hausse des températures est liée aux activités humaines.
05:04 Pour Eric Maréchal, le chemin à accomplir partout dans le monde est encore long et les
05:11 résultats vont se faire attendre.
05:12 Je suis fondamentalement triste, comme tous mes collègues.
05:16 Les scientifiques ont en eux cette immense tristesse de la conscience de ce qui se passe.
05:23 Est-ce que le processus peut être arrêté si vite que pour ces glaciers qu'on a vus,
05:30 tout se passe bien ? Je ne le crois pas.
05:33 C'est ce que l'on fait aujourd'hui, c'est ce que l'on va décider aujourd'hui,
05:39 qui va impacter non pas demain, mais après-demain.
05:42 En 20 ans, l'île a perdu 4,7 trillions de litres de glace, une fonte qui a relevé
05:49 d'un centimètre le niveau des océans dans le monde.
05:51 Si l'intégralité de la calotte glaciaire du Groenland venait à fondre, c'est de
05:58 plus de 7 mètres que le niveau de la mer augmenterait.
06:02 [Musique]
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