00:00 - Pour l'heure, l'édito politique sur Europe 1 avec le Figaro. Bonjour Vincent Trémolet de Villers. - Bonjour Dimitri, bonjour Anissa, bonjour Agnès.
00:06 - Bonjour Vincent. - Cette semaine, Edouard Philippe a fait sa rentrée politique, on l'a vu beaucoup dans les médias, il publie un livre qui paraît
00:12 aujourd'hui intitulé "Les lieux qui disent".
00:16 Discours dimanche à Angers aussi, bref le maire du Havre est sorti de sa réserve.
00:20 - Oui il en est sorti mais sans chercher non plus à
00:23 saturer l'espace médiatique. Vous remarquerez qu'il n'a pas fait de 20 heures par exemple, ce moment que les politiques
00:28 en général choisissent pour parler aux français les yeux dans les yeux, qu'il n'a pas fait non plus de déclarations fracassantes ou de
00:34 transgressions fondatrices.
00:35 On a l'impression qu'Edouard Philippe s'adresse pour commencer à ceux qui suivent la politique de près, au relais d'opinion, aux
00:41 journalistes, aux membres de son parti et à ses rivaux, pour leur dire "je suis là et je suis bien là".
00:45 Il le fait aussi en assumant d'évoquer franchement les effets des deux maladies auto-immunes, maladies sans gravité qu'il a développées.
00:52 Il le fait avec humour, pudeur et le détachement un peu britannique qu'il caractérise.
00:56 Cette étape lui est certainement très pénible mais elle est
00:59 indispensable. Le nouveau Edouard Philippe façon Yul Bryner
01:02 s'installe naturellement dans le décor et l'objectif c'est que dans quatre ans s'il se présente à l'élection présidentielle
01:08 toute la France ait oublié l'homme à la barbe bicolore.
01:11 Alors tout ça peut paraître déplacé ou un peu dérisoire mais en fait c'est essentiel. La politique c'est d'abord un exercice physique,
01:18 organique. Le corps du roi ce n'est pas qu'une expression, c'est une réalité et le visage d'Edouard Philippe
01:24 c'est un élément politique. - Alors sur le fond le pré-candidat,
01:27 malgré quelques nuances, reste quand même clairement dans la roue d'Emmanuel Macron. - C'est vrai qu'avec le président de la République les points de
01:32 divergence sont rares.
01:33 Alors on peut sortir les 80 km/h voulu par Edouard Philippe et le chef de l'État voulu s'en démarquer
01:39 puis la retraite à 67 ans que défend le maire du Havre. On ajoutera la remise en question par le même maire du Havre de l'accord franco-algérien
01:45 de 1968. Les autres différences ce sont des différences de formes.
01:49 Edouard Philippe, il l'a montré durant le Covid, n'aime pas se mettre en scène et surjouer devant les caméras.
01:54 Il incarne dans l'exercice du pouvoir une forme de sobriété heureuse qui pour le moment lui rapporte plus que la ruineuse
02:00 identité heureuse de son mentor. - Alors Edouard Philippe dit aussi se méfier des sondages, est-ce qu'il faut le croire ?
02:07 - Il dit à juste titre que des sondages d'intention de vote sans connaître les candidats et le climat dans le pays à quatre ans d'un scrutin
02:13 ça vaut pas grand chose.
02:14 Il a raison mais même si ça vaut pas grand chose il vaut mieux y être haut que bas. - C'est sûr.
02:18 - Quant au sondage de popularité, s'ils ouvraient les portes de l'Elysée Simone Veil ou Bernard Kouchère s'y sera installé. Alors Edouard Philippe sait tout cela.
02:25 Il a assisté aux premières loges à l'échec d'Alain Juppé en 2017 et il ne veut surtout pas reproduire les mêmes erreurs.
02:30 L'erreur de Juppé ça a été de ne rien faire pour ne pas entamer son capital sondagier.
02:35 Un ancien de sa campagne me racontait qu'avant les débats on conseillait à Alain Juppé d'être le plus ennuyeux possible pour détourner les électeurs de leur
02:42 écran de télévision.
02:43 Alain Juppé a très bien appliqué la consigne mais les électeurs ne se sont pas détournés du débat, ménubère de Bordeaux.
02:49 La vraie difficulté pour Edouard Philippe c'est de s'appuyer sur sa popularité pour installer l'évidence de sa candidature
02:55 sans devenir aux yeux de l'opinion le continuateur du macronisme par d'autres moyens.
02:59 C'est la grande question Dimitri de la candidature de succession ou de rupture.
03:03 L'idéal c'est d'être le successeur naturel en contraste total avec son prédécesseur, c'est ce que Nicolas Sarkozy avait fait en 2007 avec Jacques Chirac.
03:12 On imagine mal pourtant le merduave dans cet exercice.
03:15 Le sarkozysme c'était un art du clivage et le philippisme c'est la passion du consensus.
03:20 Et puis quand Sarkozy voulait d'abord séduire le coeur militant de la droite,
03:24 Edouard Philippe qui débattra ce week-end à la fête de l'Huma avec Fabien Roussel donne souvent l'impression de vouloir être l'homme de droite
03:30 le plus populaire à gauche, comme le voulait un certain Alain Juppé.
03:34 - L'édito politique sur Europe, merci beaucoup Vincent Trémolet de Villers.
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