00:00 Mais d'abord, l'édito international sur Europe 1. Bonjour Vincent Herouet.
00:03 - Mais bonjour Dimitri.
00:04 - Vincent, vous revenez ce matin sur un événement un peu passé inaperçu, pourtant considérable.
00:09 L'Ethiopie vient d'achever le remplissage de son méga barrage sur le Nil, le plus grand fleuve d'Afrique,
00:15 et le plus grand barrage également. Normalement, ça aurait dû provoquer une guerre de l'eau avec ses voisins,
00:21 et pour le moment, c'est tout le contraire.
00:23 C'est la fin d'un chantier gigantesque qui a pris 12 ans, un chantier vital qui a coûté 3 milliards et demi de dollars.
00:30 Tous les Éthiopiens ont versé leur eau bol, il n'y a pas eu de financement étranger, c'est une fierté nationale.
00:36 La promesse que le pays sera demain à l'égal de l'Afrique du Sud, un géant du continent.
00:40 Il s'appelle le grand barrage de la Renaissance, et ce n'est pas un hasard.
00:45 Le Premier ministre Abiy Ahmed a claironné sur Twitter "Nous y sommes arrivés", en faisant face avec Dieu.
00:51 Et c'est vrai que ce n'était pas gagné d'avance.
00:53 Il y a encore 3 ans, l'Égypte menaçait de bombarder le barrage.
00:57 - Oui, pour cause, 97% de l'agriculture égyptienne dépend de l'irrigation permise par le Nil.
01:03 - L'Éthiopie doit être le seul pays d'Afrique à n'avoir jamais été colonisé,
01:07 mais il y a un traité sur le partage des eaux du Nil, signé à l'époque où Londres régnait sur l'Égypte et le Soudan,
01:13 les deux pays en aval, qui interdisait au négus de construire quoi que ce soit sur le Nil ou sur ses affluents.
01:21 C'est quand même un comble, le Nil blanc dévale des hauts plateaux éthiopiens,
01:25 ses eaux gonflées par la saison des pluies et la mousson de l'océan Indien.
01:30 Ils abreuvent, elles abreuvent les eaux, le Soudan et l'Égypte, mais les Éthiopiens étaient les seuls à ne pas en profiter.
01:36 Avec le barrage de la Renaissance, ils prennent leur revanche sur l'histoire.
01:41 La moitié des 100 millions d'habitants comptent dessus pour avoir de l'électricité.
01:46 Ses partisans les plus acharnés le défendent d'ailleurs au nom de l'anticolonialisme et le colon, c'est l'Égypte.
01:54 Le Caire a tout fait pour s'y opposer.
01:56 10 ans de bras de fer avec des périodes d'accalmie.
01:59 Des ingénieurs égyptiens et soudanais ont été invités à examiner l'ouvrage.
02:03 On leur a démontré qu'il allait sécuriser l'irrigation et la production électrique,
02:07 mais jusqu'au bout, on s'est demandé comment ça allait tourner.
02:10 Il y a 15 jours, Abiy Ahmed et le général Sissi se sont vus,
02:14 ils se sont donnés jusqu'à l'hiver pour trouver un accord sur le remplissage et l'exploitation du barrage.
02:19 - L'Éthiopien n'a pas attendu.
02:22 - C'est son genre, il pratique le fait accompli, la vie internationale a obéi à la loi du plus fort,
02:27 Abiy Ahmed ne se laisse jamais prendre de cours.
02:30 Il vient de faire adhérer son pays au BRICS parce que l'Égypte s'apprêtait à en faire autant.
02:35 Il n'a pas hésité à engager une guerre civile qui a fait des centaines de milliers de morts aux Tigrés
02:41 pour prendre de vitesse la rébellion.
02:43 Cette détermination en impose son armée aussi et in fine,
02:47 l'Égypte et le Soudan se sont résignés.
02:50 Il n'y aura pas de guerre de l'eau, la force impose la paix.
02:54 Et en prime, le barrage de la Renaissance et sa méga-bassine
02:57 assure à l'Éthiopie 98% d'énergie renouvelable,
03:02 record mondial, alléluia.
03:04 - Signature européen, Vincent Herouet. Merci Vincent.
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