00:00 une entrée fracassante en littérature.
00:01 J'aimerais peut-être que vous nous parliez de cette iseur,
00:03 de quoi elle est née, comment elle vous est apparue,
00:05 ou peut-être l'avez-vous entendue ?
00:07 Ça me touche beaucoup quand Amélie dit qu'elle fait ses rêves
00:13 où elle est un oiseau et qu'à un moment dans le livre,
00:16 elle dit qu'elle est persuadée d'avoir volé un jour, je crois.
00:20 Et je pense que l'acte d'écrire,
00:25 c'est le fait de se connecter à des choses
00:27 qu'on a vécues peut-être avant de naître.
00:29 Et que c'est en arrivant à se connecter à ces choses-là
00:36 que le livre arrive à prendre une autre dimension
00:41 en liant des boucles du temps.
00:42 Et Isor, j'ai l'impression de l'avoir rencontrée,
00:45 j'ai l'impression d'avoir été elle.
00:46 Les autres personnages de mon livre,
00:48 donc on me dit "Vous avez 21 ans,
00:50 comment vous pouvez décrire un personnage qui a 80 ans ?"
00:52 J'ai eu 80 ans plein de fois !
00:54 Nous aussi, 16 mois.
00:59 Et oui, Isor m'est apparue très clairement devant moi
01:02 et j'avais l'impression de prendre la dictée de ce qu'elle faisait,
01:05 qu'elle était là et que moi j'étais juste un scripteur
01:08 qui écrivait ses faits et gestes comme son secrétaire.
01:12 Pourtant, ce qui est intéressant dans ce personnage,
01:14 je trouve moi personnellement,
01:15 c'est que tout le monde essaye de la saisir,
01:17 tout le monde essaye de la comprendre, de la capturer,
01:19 mais elle échappe sans cesse.
01:20 Elle s'échappe.
01:23 Oui, je voulais que...
01:23 Donc la narration est particulière parce que dans la première partie,
01:27 c'est le père puis la mère qui parlent alternativement,
01:29 dans la deuxième partie, c'est un voisin qu'elle rencontre, Lucien,
01:33 et je voulais qu'on ait cette impression
01:35 qu'il y ait une caméra qui tourne autour d'elle,
01:36 un peu comme sur ce plateau,
01:38 avec des caméras qui nous tournent autour,
01:40 et que ça soit comme des images d'elle prises sous plein d'angles,
01:45 mais qui fassent comprendre une sorte d'impossibilité
01:49 à savoir qui elle est vraiment.
01:50 La seule possibilité d'accéder à son être,
01:52 c'est ces photographies très brèves.
01:55 Il faut comprendre, il y a toujours cette question du langage
01:58 qui est absolument centrale dans ce livre,
02:00 et d'ailleurs dans tous vos livres,
02:01 puisque quand on parle d'enfance,
02:03 étymologiquement, l'infance, c'est celui qui ne parle pas.
02:06 Il n'est pas étonnant que vos quatre livres interrogent aussi le langage.
02:09 Vous dites qu'Isor, ou plutôt c'est sa mère qui dit ça, je crois,
02:12 je parle sous votre contrôle, qu'elle parle des langues fantômes.
02:15 Qu'est-ce que ça veut dire ? C'est très beau.
02:18 Isor, ce qu'elle a à dire, c'est plus grand que les mots,
02:23 et elle cherche longtemps un moyen d'arriver à exprimer ça.
02:27 Au début, elle le fait par le silence,
02:29 parce que dans le silence, on est nu, on est face à face,
02:33 et on n'a pas le choix que de se confronter à la présence de l'autre.
02:35 Je pense que Isor, c'est un personnage qui est très avide
02:40 de la présence et du fait d'accéder vraiment à la sincérité pure.
02:50 Après, elle trouve ce stratagème des langues fantômes,
02:54 où elle peut émettre une mélodie,
02:57 mais sans encore que les mots aient une signification
03:00 en dehors de la sensation qu'ils procurent,
03:03 et ensuite des mots qui ont un sens.
03:05 En fait, ce qu'elle devient, c'est de la poésie, de la musique.
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