00:00 Eric, bravo pour ce début de saison, 7 points sur 12 en affrontant 3 européens, victoire contre Lens en ouverture, victoire contre le Havre,
00:07 défaite, je vais me faire des ennemis, anomalies statistiques au Vélodrome, et un nul contre Rennes.
00:12 Est-ce que tu es surpris par ce début de saison ? Franchement ?
00:15 Surpris non, parce que je sais ce que mon équipe est capable de faire, on avait bien travaillé sur la préparation,
00:23 on a fait des bons matchs amicaux aussi, donc après, il est évident quand on a vu le calendrier et qu'on recevait sur les 4 premiers matchs,
00:32 c'est toujours pareil, il y avait 4 matchs après cette trame internationale, il y a encore 4 matchs qui vont suivre derrière,
00:36 donc on prend un petit peu ces challenges tous les 4 matchs, et c'est vrai que sur les 4 premiers matchs,
00:43 quand tu joues le deuxième, le troisième et le quatrième de la saison précédente,
00:47 c'est évident qu'on s'est dit "tiens, ça va être un début de championnat difficile",
00:52 et c'est vrai que quand tu te projettes, tu te dis "il ne faudrait pas qu'on ait un ou deux points après les 4 premiers matchs",
00:58 donc il est évident qu'on est satisfaits, mais en même temps frustrés, parce que sur les 2 derniers matchs,
01:04 on considère qu'on aurait pu faire mieux en termes de points, notamment par rapport à notre contenu.
01:09 Eric, on va être honnête, parce qu'on te connaît bien, on était quelques-uns à être un peu sceptiques à ta nomination à Brest en janvier,
01:15 mais pas que nous, il y avait des supporters à Brest aussi, d'autres observateurs, ça ne t'a pas échappé j'imagine ?
01:19 Parce qu'onze ans sans entraîner, après une dernière expérience niçoise de 8 mois, on se demandait,
01:24 est-ce que, peut-être un peu rapidement, Eric sera adapté à ce football dix ans après, à cette nouvelle génération aussi ?
01:30 C'est une question qu'on s'est posée, la réponse aujourd'hui, tu la donnes,
01:34 quand tu arrives il y a 13 points en 17 journées à Brest, Brest finit avec 44 points à l'issue de la saison avec un bon maintien,
01:40 donc pour l'instant c'est réussi. Est-ce que tu as entendu ces critiques et comment tu les as prises à l'époque ?
01:46 — Je les ai prises assez logiquement, dans le sens que je peux comprendre, c'est vrai que...
01:55 d'avoir été absent d'un banc pendant de nombreuses années, ça peut s'entendre, ça peut aussi...
02:04 Je comprends en tous les cas ce scepticisme.
02:07 Après, c'était oublié un peu quand même que j'avais fait des choses intéressantes à Nice,
02:10 ça a duré pratiquement sur trois saisons, parce que c'était une fin de saison pour sauver l'équipe,
02:14 comme à Brest cette année, mais c'était que sur 11 matchs,
02:19 où on avait fait quand même 18 ou 20 points sur 11 matchs, je ne sais plus, pour se maintenir.
02:23 Et puis après, c'était un maintien assez logiquement acquis la saison d'après.
02:28 À l'époque, Nice, il faut remettre les choses dans le contexte, c'était un des derniers budgets du championnat.
02:32 Donc je retrouve un peu ce que j'ai connu à Nice, à Brest, avec effectivement des moyens limités,
02:38 mais avec l'envie de construire un collectif et une identité collective aussi,
02:44 qui est importante pour moi, dans ce qu'on peut produire sur le terrain.
02:48 Ricardo Fati est avec nous, il a une question pour toi.
02:50 Oui, bonsoir coach.
02:51 Bonsoir Ricardo.
02:53 Alors, vous savez, dans le milieu, on vous a surtout connu...
02:56 En tant que joueur.
02:58 Moi, en tant que joueur, bien sûr, dans ma jeunesse, mais aussi plus en hauteur en tant que directeur.
03:04 Et maintenant, vous avez repris le chemin des vestiaires.
03:07 Moi, j'ai une question qui m'intéresse, enfin même deux.
03:11 Vous avez quitté votre première expérience en 2011.
03:15 Est-ce que vous avez senti une différence dans le vestiaire, au niveau des rapports que vous avez avec les joueurs ?
03:21 L'écosystème, si je peux dire, c'est d'investir, est-ce que ça a vraiment changé ?
03:24 Et la deuxième, c'est parce que vous savez, ici, on parle beaucoup de code,
03:28 avec la nouvelle génération, tout ça, les nouvelles générations.
03:33 Et est-ce que vous vous êtes adapté à la génération ?
03:36 Est-ce que vous avez changé vos codes aussi par rapport aux années 2010 ?
03:41 Alors, moi, je suis parti de Nice, c'était en 2012.
03:44 J'avais pris l'équipe en 2010, en février.
03:48 C'est vrai que ça fait un bail, ça fait une dizaine d'années.
03:52 Et autant, je ne me sentais pas du tout en décalage à l'époque,
03:55 quand j'avais repris l'équipe de Nice, par rapport à, effectivement, cette jeunesse,
04:00 cette nouvelle génération, les codes, comme tu peux le dire,
04:03 qui sont et dans le vestiaire et sur le terrain.
04:06 Et autant, quand je suis arrivé à Brest, je me suis, mais à aucun moment, senti en décalage aussi.
04:12 Donc, je ne sais pas si c'est le fait d'avoir des enfants qui sont des adolescents aujourd'hui,
04:16 maintenant, 21 ans.
04:19 Mais en tous les cas, je ne me suis jamais senti vraiment en décalage.
04:24 Alors, c'est vrai que j'ai 55 ans maintenant, donc le temps passe.
04:29 Mais moi, j'ai toujours l'impression d'être jeune dans ma tête, jeune dans mon corps.
04:35 Et quelque part, je n'ai jamais eu réellement ce problème, en fait.
04:40 Ça ne s'est jamais posé.
04:41 Et ce qui est un peu étonnant, déjà à mon époque à Nice,
04:45 quand j'avais été un petit peu, on va dire, balancé sur le terrain pour essayer de sauver l'équipe,
04:50 parce que c'était un peu le cas, parce que je n'avais aucune expérience d'entraîneur à ce moment-là.
04:53 Je n'avais passé aucun diplôme, ce que j'ai depuis passé,
04:56 puisque j'étais dans la promotion de Zidane avec d'autres enseignants internationaux.
05:01 Donc bon, mais autant, je ne me suis pas du tout senti en décalage.
05:06 Au sens, j'ai tout de suite senti à l'époque que j'étais fait pour ça.
05:10 Et me retrouver à Brest dix ans après,
05:13 c'est comme si rien n'avait changé.
05:16 C'est peut-être prétentieux de dire ça,
05:20 mais en même temps, c'était tellement naturel pour moi.
05:23 Je crois que les joueurs, il faut juste être franc, sincère, naturel.
05:27 - Il y a des méthodes immuables. - Exactement.
05:29 - Et ne pas forcer le caractère. - Jimmy.
05:31 C'est intéressant, ça provient déjà qu'il y a une part de fantasme
05:33 dans ce qu'on dit sur le changement générationnel, etc.
05:36 Puisque Eric nous dit qu'il n'a pas non plus radicalement changé ses méthodes.
05:40 Moi, Eric, j'avais une autre question,
05:42 c'est qu'on t'a reconnu comme le disait Ricardo, directeur sportif,
05:45 pendant un certain temps avant de revenir sur le banc.
05:47 À Brest, aujourd'hui, vous avez Greg Lorenzi,
05:48 qui est reconnu comme étant un des meilleurs directeurs sportifs en Ligue 1.
05:51 Maintenant que tu es repassé de l'autre côté,
05:52 comment ça se passe dans le recrutement ?
05:54 Comment vous avez fonctionné ?
05:54 Est-ce qu'en tant qu'ancien directeur sportif,
05:56 tu as envie de t'impliquer plus sur les dossiers de joueurs, etc. ?
05:59 Est-ce qu'au contraire, tu te dis,
06:01 je me souviens comment les entraîneurs m'emmerdaient à l'époque,
06:05 quand moi j'étais directeur sportif, donc je reste à ma place ?
06:07 Comment ça s'est passé, ce binôme, cette intersaison avec Greg Lorenzi ?
06:10 Parce que vous switchez des fois aussi.
06:12 C'est assez simple, en fait, parce que comme j'ai fait son métier,
06:16 en fait, je comprends ses problématiques
06:20 et je me mets assez facilement à sa place,
06:23 et notamment à la place d'un directeur sportif dans un club comme le Stade Bresto 29,
06:26 qui a peu de moyens et qui doit recruter en étant intelligent, en étant malin
06:32 et en essayant de trouver des bonnes solutions par rapport aux moyens que l'on a.
06:36 Donc ce travail-là, je l'ai fait.
06:38 Donc à partir de là, moi, c'est vrai que quand j'étais dans ces fonctions-là,
06:42 je voulais avoir une relation saine avec mon entraîneur.
06:44 Et souvent, ce que j'avais pu mettre en place, par exemple, avec Philippe Montagnier,
06:47 quand on était à Lens tous les deux, c'était de dire,
06:49 je ne prendrai pas un joueur que tu ne veux pas,
06:51 et inversement, tu ne m'imposeras pas un joueur que tu veux si j'en veux pas.
06:55 Donc c'est d'avoir quelque part une volonté commune sur un joueur.
07:00 Et ça, c'était important.
07:01 Donc de respecter le travail des uns et des autres.
07:04 Moi, dans ma fonction, je trouvais que quand j'étais directeur sportif,
07:07 parce que je pense que j'avais fait le métier d'entraîneur aussi avant,
07:10 quand j'étais à Lens, je pouvais avoir des idées sur le jeu,
07:13 je pouvais avoir des idées sur l'équipe, sur les joueurs.
07:18 Et c'était mon devoir d'en parler avec mon entraîneur et d'échanger
07:23 et de peut-être lui donner des pistes.
07:24 Mais après, comme j'ai toujours dit, l'entraîneur a toujours le choix, le dernier choix.
07:28 Et c'est lui qui doit décider parce que c'est lui, en même temps,
07:31 qui doit vivre avec ses choix.
07:33 Et quand on est entraîneur, c'est 500 décisions que l'on prend dans la journée
07:39 et qui sont multiples, diverses à tous les niveaux.
07:43 Donc je veux dire, c'est un métier où on a beaucoup de solitude malgré tout,
07:47 parce que même si on a un staff, les décisions finales, c'est toi qui les prends
07:50 et c'est toi qui vis avec ça.
07:51 Donc c'est assez simple avec Greg.
07:55 Ça se passe normalement, j'allais dire, sans problème.
08:00 Et c'est vrai que je ne vais pas chouiner à lui demander des joueurs
08:04 que je sais qu'on ne pourra pas avoir, avec des salaires qu'on ne peut pas avoir
08:06 parce que j'ai fait ce métier-là et que quelque part, peut-être dans notre relation,
08:10 du coup, c'est plus facile.
08:11 Donc je lui laisse faire son travail, je ne me mixe pas du tout dedans.
08:14 C'est-à-dire que je peux lui donner après des infos sur mon réseau,
08:18 qui était mon réseau à l'époque où je faisais ce métier-là.
08:21 Mais après, c'est lui qui gère tout et qui gère le recrutement.
08:24 Donc il n'y a aucun problème.
08:25 Et c'est à moi après de travailler avec les joueurs qu'il me met à disposition.
08:28 - Ou Ali de Question pour Eric Roy.
08:29 - Bonsoir Eric.
08:30 Déjà, je voulais juste en préambule vous dire que moi, je faisais partie des sceptiques
08:34 et votre travail depuis que vous êtes arrivé à Brest est remarquable.
08:40 Vous parlez d'idées de jeu.
08:42 Moi, j'avais été sceptique aussi par rapport au fait que ça faisait très très longtemps
08:48 que vous n'aviez pas entraîné, que le football aujourd'hui moderne
08:51 se renouvelle à une grande, grande vitesse.
08:54 Moi, j'ai vu le début de saison notamment, et que ce soit le match contre Marseille
08:58 où vous méritez beaucoup mieux, la deuxième mi-temps contre Lens,
09:00 la première mi-temps face à Rennes ou même globalement la première mi-temps contre Le Havre.
09:05 On voit une équipe agressive, on voit une équipe qui veut jouer au foot,
09:09 qui veut se procurer des situations, des occasions.
09:11 Est-ce que vous pouvez nous décrire un petit peu votre plan de jeu
09:13 pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion de regarder Brest sur le début de saison ?
09:17 Parce que je trouve qu'on n'en parle pas assez.
09:21 - Effectivement, on n'en parle pas assez.
09:23 Et souvent, quand on a mis en difficulté des équipes qui sont avec des budgets
09:26 bien plus supérieurs aux nôtres, et je pense à Lens, je pense à Rennes,
09:30 je pense à Marseille, comme tu l'as dit.
09:31 C'est vrai que quand tu vois après les commentaires dans les journaux,
09:36 dans les journaux, dans l'équipe par exemple, ou dans d'autres médias,
09:40 on parle souvent des contre-performances de nos adversaires
09:43 et on ne parle jamais de nous qui avons quelque part...
09:46 Si à un moment donné, tu as un adversaire qui est en difficulté,
09:48 c'est que certainement, tu es un petit peu pour quelque chose.
09:51 Donc, c'est un peu triste pour les joueurs.
09:53 Mais en même temps, je connais bien le milieu aussi, les médias,
09:59 et c'est sûr que ça fait plus parler,
10:01 c'est plus intéressant de parler de Marseille, de Lens ou de Rennes que de Brest.
10:05 Mais bon, c'est comme ça.
10:06 - On parlera différemment avec toi quand tu seras troisième de Ligue 1 d'ici 10 journées, certainement.
10:10 - Non, non, non, certainement pas.
10:12 En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'on sait d'où on vient,
10:15 on sait en tous les cas où on aimerait aller.
10:17 Mais en tous les cas, il est évident que tu ne peux pas le définir comme ça
10:20 sans avoir des idées précises sur ce que tu veux mettre en place.
10:23 Et un projet de jeu, on parle toujours de projet de jeu, de choses comme ça,
10:27 mais c'est souvent un support théorique qui définit une philosophie,
10:30 des principes de jeu à l'intérieur d'un ou plusieurs systèmes de jeu.
10:33 Et ça, c'est important de les faire comprendre aux joueurs,
10:37 d'avoir ce référentiel entre nous et entre le staff, par exemple,
10:40 pour créer une identité collective.
10:42 C'est-à-dire que ce qu'on va mettre en place,
10:44 ce qu'on va travailler toute la semaine, ce que l'on va décider ensemble,
10:48 c'est justement pour orienter le comportement des joueurs
10:50 par rapport à ce qu'on souhaite faire,
10:51 guider leurs intentions et faciliter leur prise de décision sur le terrain.
10:55 Ça veut dire que si à un moment donné,
10:56 on n'a pas une idée commune, tous ensemble, collective,
10:59 de faire quelque chose,
11:01 il est évident que c'est difficile de le traduire après sur le terrain.
11:03 L'important, c'est d'avoir tous la même idée.
11:05 Après, toutes les idées sont bonnes, d'avoir un jeu très offensif,
11:08 d'avoir un jeu défensif, d'avoir un jeu plus réaliste,
11:10 d'avoir un jeu de possession, d'avoir tout ce que...
11:13 Toutes les idées sont bonnes,
11:14 après, il faut être capable de pouvoir la mettre en application.
11:17 Et moi, ce que j'ai fait dès que je suis arrivé à Dresse,
11:19 c'était de comprendre déjà mon effectif
11:21 et de savoir ce qu'ils étaient capables de faire
11:22 au moment où je les avais récupérés,
11:24 c'est-à-dire en grand manque de confiance, forcément,
11:26 parce que quand tu l'as dit, quand tu as 13 points après 17 journées,
11:29 forcément, tu as eu un début de saison compliqué.
11:32 Donc, par rapport à ce manque de confiance,
11:34 qu'est-ce qu'ils sont capables de faire à cet instant-là ?
11:36 Et après, qu'est-ce que tu vas essayer de développer
11:38 si effectivement, tu arrives petit à petit comme on l'a fait,
11:40 à gagner les matchs, à gagner la confiance ?
11:43 Et à un moment donné, peut-être...
11:45 Moi, je parle beaucoup du bloc équipe, notamment,
11:47 de cette importance du bloc équipe,
11:49 d'avoir un bloc équipe qui est bien resserré sur la largeur
11:52 et sur la hauteur, notamment quand tu es dans des phases défensives
11:55 et qui peut évoluer après quand tu es dans une phase offensive.
11:58 Mais par exemple, ce bloc équipe, au début,
12:00 quand j'ai pris le Stade Bresto 29,
12:05 au mois de janvier de l'année prochaine,
12:07 il était un bloc équipe un peu plus bas
12:10 pour essayer de se rassurer, prendre moins de buts,
12:12 laisser moins d'espace dans le dos.
12:13 Et puis, ce bloc équipe, je l'ai fait avancer au fur et à mesure
12:16 que l'équipe a pris confiance.
12:17 Il y a un travail de psychologie collective, presque.
12:21 C'est exactement ça.
12:23 Aujourd'hui, il faut essayer de rassurer ton équipe
12:25 et leur donner effectivement des objectifs en plus,
12:28 parce qu'il faut toujours donner des objectifs.
12:30 Ils en ont besoin, les footballeurs, tout le monde d'ailleurs.
12:32 Ils sont réalisables pour l'équipe,
12:33 parce que si tu donnes des choses qui sont irréalisables,
12:36 c'est démotivant aussi pour ton groupe,
12:38 c'est démotivant pour tes joueurs.
12:39 Belle leçon de management, c'est vrai, il croit.
12:41 [SILENCE]