00:00 Julien Lepage, bonjour. Vous êtes gérant chez Amiral Gestion. On va parler avec vous bien sûr de ce qui se passe sur ce marché,
00:06 comment vous voyez un peu les choses évoluer quand on est gérant comme vous avec ces mouvements.
00:12 Si on prend juste cette semaine un +5% alors que notre environnement n'a pas véritablement changé au point de redevenir tout d'un coup aussi optimiste.
00:22 Quand il y a de la volatilité comme ça, qu'est-ce qu'on fait sur le marché ?
00:25 Ça dépend de quel type de gestion on a. Chez Amiral Gestion, on a une gestion assez long terme et on est très fondéré sur les midi et les small cap françaises,
00:35 sur notre fonce extemporelle. Si bien qu'on prend des positions plutôt significatives, qu'on met du temps à accumuler et à long terme.
00:43 Donc ce ne sont pas des mouvements de marché qui nous permettent de prendre des décisions immédiates.
00:50 La volatilité, on est habitué depuis maintenant quelques années. Et donc ce qu'on recherche nous toujours, c'est de profiter de la volatilité et non pas d'en souffrir.
00:59 Et donc on gère ces situations en ayant toujours un volant de cash suffisant qui permette de profiter de l'opportunité quand elle se présente.
01:08 Oui, parce que si on prend sur ce segment à mid cap ce qui s'était passé, on va dire en 2008, à partir de la crise,
01:15 on a vu certaines gestions qui n'étaient pas forcément des gestions mid cap se retirer de ce secteur.
01:19 On cherchait à ce moment-là de la liquidité, donc on vendait des positions très rapidement.
01:24 Et ce secteur a beaucoup souffert de manque de liquidité de telle ou telle valeur mid cap.
01:30 Absolument, donc ça c'est un critère qu'il faut connaître et qu'il faut bien être informé avant d'investir sur ce segment.
01:36 En ce qui nous concerne, pour nous le risque n'était pas tant la volatilité mais le risque c'est plutôt de faire un mauvais investissement.
01:42 Si on prend le cas de 2008, vous avez des small cap, effectivement, certaines ont perdu 60% de leur valeur en très peu de temps.
01:48 Mais elles sont remontées aussi rapidement en 2009. D'autres, en revanche, ne sont pas remontées du tout.
01:53 Donc pour nous le risque c'est d'acheter une société, de se tromper dans notre scénario, de se tromper sur la vraie valeur de sa société,
01:59 si bien que dans des mouvements de volatilité pourrait être attaqué à la baisse mais ne pas reprendre quand l'environnement s'améliore.
02:06 C'est pour ça qu'on est assez vigilants sur les points d'entrée, sur les sociétés, et pour nous c'est ça le plus important.
02:16 L'environnement économique malgré tout il va jouer puisque quand on a, si on prend juste l'année 2011,
02:22 elle s'est déroulée quasiment à l'inverse de ce qui était prévu par la plupart des investisseurs.
02:27 On est parti comme si la reprise était là en début d'année et puis on voit où on en est aujourd'hui.
02:32 On a quand même un sacré changement d'environnement.
02:34 Oui, disons qu'on ne fait pas trop de différence entre la crise de 2008 et 2011.
02:38 C'est la même, c'est une crise de surendettement.
02:41 On passe d'un côté du système financier aux États ou vice versa.
02:46 La seule certitude qu'on a, c'est qu'on est dans un climat très récessif pour les prochaines années
02:51 qui ne sera pas favorable à la croissance économique et donc au profit, en tout cas dans les zones de l'OCDE.
02:58 Voilà, ça c'est le constat, on en est persuadé et on fait notre programme d'investissement à partir de cette certitude.
03:06 En revanche, vous le savez, la bourse a des facteurs d'anticipation très forts
03:09 et ce n'est pas forcément dans une année terrible au niveau économique qu'on a les mauvaises performances boursières.
03:15 Je vous rappelle en 2009, les PIB c'était -2, -3 en France, -5 en Allemagne et on est à un marché à +30.
03:21 Et chez nous, chez Amiral Gestion, on a fait des performances au-dessus de 60% cette année-là.
03:25 Après une année difficile qui avait été très difficile au niveau boursier,
03:28 mais qui en revanche au niveau économique ne montrait pas encore le signe de récession, sauf sur la fin de l'année.
03:34 Alors justement, quand on regarde cet univers mid-cap, on voit des valeurs aujourd'hui, des valorisations de certaines mid-cap.
03:42 C'est vrai bien sûr pour les grandes, dans le CAC 40, il y en a certaines aujourd'hui qui sont à la casse, comme disaient les boursiers.
03:48 Sur les mid-cap, il y a eu une discrimination quand même sur les valeurs qui s'est faites ?
03:53 En 2008, il n'y avait eu aucune discrimination.
03:55 Tout est parti à peu près au même moment, dans les mêmes proportions.
03:58 Et je vous ai dit, la discrimination s'est faite en 2009.
04:01 Les bons dossiers sont remontés et les sociétés plus fragiles ont eu des difficultés.
04:06 Cette année, on a l'impression qu'il y a un petit peu plus quand même.
04:09 On a les faits de 2009, qui était en fait un stress test, comme on dit, à balle réelle.
04:14 Donc on a vu ce qui se passait dans un scénario de forte récession.
04:18 Et donc on a vu les sociétés qui ont bien passé cette période
04:21 et celles qui en ont plus souffert.
04:23 Donc aujourd'hui, on a l'impression que le marché est un peu mieux discriminant.
04:26 Mais on a quand même des très, très bonnes opportunités en termes de valorisation.
04:29 Et vous avez dit, sur les smalls, mais également dans les grandes valeurs,
04:32 on est rentré par exemple sur Renault récemment, en dessous de 25 euros,
04:36 qui est un niveau qui est totalement sous-valorisé,
04:39 puisqu'on ne valorise même pas la participation en Nissan,
04:42 et qu'on a en fait tout le reste pour zéro.
04:46 Ça veut dire que dans cette période, on va dire, catastrophique,
04:49 sur le plan effectivement des informations quotidiennes
04:52 et des éléments de dette qui ne sont pas loin d'être réglés,
04:56 sur les entreprises, il va y avoir peut-être des points d'entrée.
04:59 Est-ce qu'il y a tout de même des secteurs que vous mettez de côté ?
05:01 On sait qu'il y a beaucoup de gérants qui ont mis de côté les secteurs financiers, les banques.
05:06 Parce que là, on pourrait dire aussi que certaines valorisations, il y a risque-opportunité.
05:11 Oui, donc chez Amiral Gestion, on a historiquement des secteurs sur lesquels on n'est pas à l'aise.
05:15 Ce sont les secteurs financiers, les banques justement,
05:18 pour des raisons de compréhension des bilans et des modèles.
05:23 Les secteurs technologiques également,
05:26 donc on l'adresse parfois quand on a une bonne compréhension,
05:30 mais généralement on a un petit peu de mal avec ces secteurs-là.
05:32 On pourrait citer le secteur pharmaceutique également,
05:34 c'est assez compliqué à aborder.
05:36 Sur l'aspect des banques, nous on a abordé le sujet par les banques commerciales,
05:40 puisque dans la cote parisienne, vous avez toutes les caisses régionales du Crédit Agricole.
05:45 On a fait un gros travail sur tout ce segment-là,
05:47 et on a investi sur 7 ou 8 caisses régionales,
05:51 qui sont en fait des banques commerciales,
05:53 qui n'ont pas du tout le risque de marché des banques d'investissement,
05:57 donc des grandes banques que vous connaissez,
05:59 et qui présentent des décotes très importantes sur les fonds propres.
06:04 Des rendements proches de 8 à 10 %, des PER de 3 ou 4,
06:09 et qui ont particulièrement bien passé la crise de 2009.
06:13 Voilà comment on a abordé le sujet,
06:15 pour ne pas s'interdire justement de profiter d'un rebond sur les valeurs financières,
06:19 mais je ne vous cacherai pas qu'on n'a aucune opinion sur les grandes banques françaises ou européennes,
06:25 qui certes paraissent des niveaux très dépréciés,
06:28 mais sur lesquelles on n'a aucune certitude sur le devenir de ces sociétés.
06:32 Comment vous allez faire le tri justement sur les valeurs que vous choisissez,
06:36 quand on voit qu'on va dire jusqu'au premier semestre à peu près,
06:39 les entreprises avaient une visibilité,
06:41 donc disaient que les perspectives étaient bonnes,
06:43 aujourd'hui elles disent toutes, on a une visibilité à 3 mois,
06:47 si on faisait un sondage, effectivement,
06:50 elles ne vous parlent pas de 2012,
06:52 ou en tout cas peut-être en termes d'activité, mais c'est tout.
06:55 C'est assez récent, puisque jusque mois de septembre-octobre,
06:59 les sociétés, alors que la bourse avait beaucoup accusé le coup,
07:02 ne voyaient pas vraiment de ralentissement.
07:04 On a l'impression qu'on a quelque chose qui s'auto-entretient,
07:07 et qui s'auto-valide, et que la prudence engendre la prudence,
07:11 et vous ne verrez aucun management vous dire aujourd'hui que tout va bien,
07:15 mais on a appris que dans certaines sociétés, certains secteurs,
07:18 cette prudence était de rigueur, je dirais,
07:21 mais qu'ils ne voyaient vraiment pas de signes importants.
07:24 2008, je vous rappelle, il y avait un choc exogène fort,
07:26 après les Man Brothers, c'est comme si le monde s'était arrêté de tourner,
07:29 les stocks étaient très importants, il y a eu un choc,
07:32 on ne peut pas dire que cette évidence inouïe.
07:35 Cette fois-ci, on ne peut pas dire que ce n'était pas attendu,
07:37 cette histoire de dette des États, on connaît le problème depuis des dizaines d'années,
07:40 on sait aussi que ça allait être compliqué à un moment donné
07:43 de vivre au-dessus de ces moyens, mais là, on n'a pas de choc majeur,
07:48 on a vraiment une crise qui va être probablement moins forte,
07:51 mais beaucoup plus profonde, et qui durera assez longtemps.
07:55 Dans ce cadre-là, les valorisations boursières,
07:58 pour nous ce qui est intéressant, c'est de voir quelles sont les valorisations boursières
08:00 qui anticipent déjà des choses assez négatives en termes de perspectives,
08:06 et celles qui en revanche pourraient souffrir d'une conjoncture plus compliquée.
08:11 En conclusion, face à la version risque qu'on voit bien en ce moment des investisseurs,
08:16 si vous aviez des paris sur des valeurs à faire,
08:19 compte tenu de ce manque de visibilité, vous auriez des valeurs à citer,
08:22 ou c'est compliqué aujourd'hui ?
08:23 On a chez nous deux types, enfin plusieurs types de valeurs,
08:26 mais parmi les types de valeurs, on aime bien les sociétés
08:28 qui ont une dynamique intrinsèque très forte,
08:30 qui permet non pas de s'affranchir du cycle,
08:33 parce que c'est impossible, mais du moins de ne pas être trop concerné par un ralentissement.
08:37 Si vous pensez à Apple par exemple,
08:40 les ventes d'iPhone sont relativement peu corrélées au PIB mondial.
08:45 Nous sommes à la salle de Gameloft par exemple sur les jeux vidéo, sur mobile,
08:49 qui profitent de la dynamique des smartphones et de la croissance IP émergente,
08:53 et qui délivre des croissances autour de 20% depuis deux ans,
08:56 et qui devraient continuer sur ce rythme-là.
08:59 Sociétés comme Mil Merci également,
09:01 qui ont une problématique très forte de fidélisation.
09:03 À l'inverse, on a également acheté des sociétés plus cycliques,
09:06 comme Jack et Metal, qui est issu de la fusion entre Jack et IMS,
09:10 qui là, concerné par le cycle économique et l'investissement,
09:15 mais dont le cours est passé de 19 euros au printemps,
09:19 jusqu'à 7,58 euros.
09:22 Donc là, on estime qu'en dessous de la valeur des stocks,
09:24 on peut prendre le pari de rentrer sur le dossier,
09:28 même si on aura des trimestres qui vont être encore un petit peu difficiles.
09:32 Merci d'avoir fait le point avec nous, Julien Lepage.
09:34 On rappelle que vous êtes donc gérant chez Amiral Gestion.
09:37 Merci beaucoup.
09:38 [SILENCE]
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