00:00 Je pense que si j'avais été sur le tournage,
00:04 je serais allée voir Cillian Murphy en disant "Enchantée, Dr Oppenheimer".
00:09 Bonjour, je m'appelle Virginie Lannier.
00:11 J'ai écrit le roman "Ils ont tué Oppenheimer" aux éditions Anne Carrière,
00:14 qui vient de sortir en folio.
00:15 Ça traite de l'histoire de Robert Oppenheimer, le père de la bombe atomique,
00:19 et en particulier de comment cet homme qui a créé la bombe
00:22 s'est retrouvé accusé de déloyauté dix ans après.
00:25 Et donc, on va aller regarder le film ensemble, si vous voulez bien.
00:29 C'est une urgence nationale.
00:31 Démarrez les chargeurs !
00:34 Ce film, pour moi, est très émouvant
00:44 parce qu'il raconte l'histoire de Robert Oppenheimer telle que je l'envisageais.
00:48 Mais je pense que pour tout le monde, il est vraiment passionnant.
00:52 D'abord parce que c'est Christopher Nolan derrière la caméra,
00:55 qu'il y a un travail phénoménal sur le son, sur l'image.
00:59 Et puis, je vous dis, ce qui me touche moi particulièrement,
01:01 c'est le côté émotionnel de Robert Oppenheimer,
01:03 la manière dont est retranscrit les dilemmes qui habitent cet homme.
01:08 Et c'est absolument touchant et c'est un très grand spectacle.
01:13 Et je sais ce que ça signifie...
01:15 si les nazis ont une bombe.
01:18 Oui, alors non seulement le film respecte l'histoire,
01:23 mais je trouve que le montage qui a été utilisé la met particulièrement en évidence.
01:28 Il faut revenir aux années 40.
01:32 Donc on est dans une espèce de moment très particulier
01:36 où la violence de la guerre, elle s'exprime même sur le territoire américain.
01:39 Même a priori protégée, puisqu'ils n'ont pas eu d'attaque sur leur sol.
01:44 N'empêche, il y a une vraie cristallisation de la guerre.
01:47 Et ça, ça permet de mettre en scène la grande histoire.
01:54 Je trouve ça merveilleux de pouvoir avoir accès à autant d'informations
01:57 sur un moment de l'histoire qui est aussi critique,
01:59 puisque nous continuons de vivre dans l'ombre de Robert Oppenheimer.
02:03 La deuxième chose qui, à mon avis, est parfaitement mise en avant,
02:07 c'est les débuts de la guerre froide, donc dans les années 50, avec le maccartisme.
02:12 Et donc la naissance à ce moment-là de l'anticommunisme brutal
02:18 qui va aux États-Unis, sur le sol américain, créer une guerre
02:22 avec les ennemis de l'intérieur et les ennemis de l'extérieur.
02:25 Et c'est cette guerre-là qui est parfaitement montrée aussi.
02:28 [Musique]
02:45 Ce que j'ai trouvé absolument colossal, le traitement est tellement juste
02:51 et tellement violent pour le spectateur, je trouve.
02:54 De Christopher Nolan à travers la bombe,
02:57 on se retrouve, nous, assis dans l'ombre, avec un écran
03:02 qui va traiter la bombe à l'envers de ce que l'on peut imaginer.
03:05 D'abord parce que Christopher Nolan explique l'histoire de la bombe
03:09 et nous raconte quels sont les impacts de la bombe très vite, mais ne nous les montre pas.
03:13 Et puis, il a aussi cette capacité à jouer avec le son
03:17 afin de pouvoir rendre crédible, rendre sensible une explosion à tenue.
03:26 Cette expérience cinématographique nous permet d'avoir accès à ça
03:30 et en particulier, j'ai trouvé, à la distance.
03:34 La puissance de la bombe est tellement incroyable
03:37 qu'on voit le vent, qu'on sent le choc, qu'on voit la lumière
03:42 et que, d'un seul coup, on est soi-même dans le cœur de la bombe.
03:46 [Musique]
03:58 Je pense que si j'avais été sur le tournage,
04:03 je serais allée voir Cillian Murphy en lui disant "Enchantée, Dr Oppenheimer"
04:07 parce qu'il a effectivement cette tenue, cette élégance
04:12 et en même temps, c'est cette rapidité qu'on retrouve aussi bien dans le jeu de Cillian Murphy
04:18 qui joue vite les choses, que dans le montage
04:21 qui est un montage qui est bousculé en permanence, on est en permanence secoué
04:24 mais parce que c'était, je pense, le rythme intérieur de Robert Oppenheimer
04:29 cette activité permanente, cette agitation permanente
04:33 qui est très bien décrite depuis son enfance, finalement avec des traumatismes graves
04:38 jusqu'à la fin de ses jours où il n'aurait de cesse d'arpenter le monde
04:44 pour nous prévenir contre les malheurs qui nous attendaient de sa création.
04:48 [Musique]
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