00:00 Depuis 7 jours, la rédaction du JDD est en grève et un vote vient de reconduire ce matin cette mobilisation,
00:05 avec 97% des voix en sa faveur.
00:09 En cause, la nomination de Geoffroy Lejeune à la tête de la rédaction,
00:12 le journaliste venait d'être licencié de la direction de Valeurs Actuelles,
00:15 car jugé trop à l'extrême droite pour ce magazine déjà connoté d'extrême droite,
00:20 et rejoindrait donc prochainement le JDD.
00:22 Face à cette décision, Reporters sans frontières a organisé mardi un meeting de soutien.
00:27 Car pour la société des journalistes du JDD, c'est toute l'identité du journal qui est menacée.
00:32 La nomination de Geoffroy Lejeune, ça change tout pour le JDD,
00:35 parce que ça signifie un changement radical de ligne éditoriale.
00:39 C'est-à-dire que le Journal du dimanche, qui est un vieux journal, une institution dans la presse française,
00:45 va devenir un journal d'extrême droite avec Geoffroy Lejeune si on fait rien.
00:48 Et ça, c'est absolument inacceptable pour nous les journalistes,
00:51 parce qu'on est très attachés à ce titre, et pour nos lecteurs qui sont tout autant attachés.
00:55 Après trois ans de bras de fer, l'autorité européenne a autorisé le 9 juin dernier,
01:00 le groupe Vivendi de Vincent Bolloré à prendre le contrôle sur le groupe Lagardère,
01:05 et avec ce dernier sur le JDD.
01:07 Bertrand Gréco confie que depuis ce rachat, les journalistes du JDD sont inquiets,
01:11 pour cause ce n'est pas la première fois que le rachat d'un média par M. Bolloré
01:15 a une incidence sur la ligne éditoriale et les effectifs de ce dernier.
01:18 En 2015, il acquiert Canal+, signant la disparition des guignols de l'Info et du Zapping,
01:23 d'émissions journalistiques et/ou d'investigation,
01:26 et surtout la censure d'un documentaire sur le crédit mutuel,
01:29 alors lié au groupe Vivendi, selon Mediapart et Nicola Vescovacci, co-auteurs du documentaire.
01:35 Puis en 2016, il acquiert la chaîne d'information ITélé.
01:38 Après un mois de grève, 95 des 120 journalistes de la rédaction quittent la chaîne,
01:42 qui devient CNews.
01:43 Enfin, c'est au tour de Prisma Média,
01:45 il prend également le contrôle à travers le groupe Lagardère de Europe 1, Paris Match,
01:49 et aujourd'hui le JDD.
01:51 Les grèves, démissions, licenciements, accusations de censure et de virages à l'extrême droite s'enchaînent.
01:57 Et pour Arie Halimi, avocat et membre du collectif Stop Bolloré,
02:01 tout ça est un mécanisme bien rodé.
02:03 Le projet de Bolloré n'est pas qu'un projet capitalistique,
02:06 ce n'est pas que d'acheter énormément de médias ou d'entreprises.
02:10 Le projet c'est d'acquérir ces médias pour s'en servir
02:13 afin d'instaurer finalement une bataille contre la démocratie.
02:17 Et c'est pour ça qu'aujourd'hui, la bataille du JDD,
02:20 nous on la conçoit comme une bataille démocratique à part entière.
02:24 Je pense que le meilleur levier, ce serait l'action des pouvoirs publics,
02:29 notamment sur l'attribution des aides à la presse.
02:32 Lorsque des médias se veulent antidémocratiques contre les valeurs républicaines,
02:36 les pouvoirs publics pourraient songer à retirer les aides à la presse,
02:40 ce qui pourrait peut-être avoir un effet beaucoup plus efficace.
02:42 La commission du Sénat a permis d'interroger un certain nombre de patrons d'entreprises
02:47 qui achetaient énormément de médias.
02:49 Le problème c'est qu'ils n'ont pas vraiment répondu aux questions
02:52 et puis ils ont beaucoup menti.
02:53 Donc c'est un outil démocratique en soi, une commission,
02:56 mais si elle n'est pas suivie des faits, et ça n'a pas été le cas,
02:59 il n'y a pas eu d'effet, il n'y a pas eu de prise de décision par les pouvoirs publics,
03:02 évidemment ça n'aboutit à rien.
03:04 Cette commission dont parle Harriet Halimi,
03:06 c'est la commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias en France.
03:10 En gros, la question qu'elle se pose,
03:11 c'est est-ce que tous les médias n'appartiennent qu'à une poignée de personnes,
03:14 et si oui, quelles conséquences sur la démocratie ?
03:17 David Assouline, sénateur et rapporteur de cette commission, nous explique.
03:21 Avec cette commission d'enquête où on faisait venir
03:24 les milliardaires qui possèdent les médias,
03:27 le débat a eu lieu et on a pu éclairer en partie l'opinion.
03:32 Maintenant, nous avons fait 32 propositions qu'il faut traduire dans la loi,
03:37 certaines n'ont pas besoin de la loi,
03:39 mais il faut commencer par un bout.
03:41 Je pense qu'il faut permettre à la rédaction d'avoir son mot sur la nomination
03:46 de celui que l'actionnaire va proposer.
03:49 On lui laisse bien entendu le droit de proposer,
03:51 puisque c'est lui qui possède le média,
03:54 mais il faut quand même recevoir l'adhésion minimum de la rédaction.
03:58 Et je vais, avec le groupe socialiste au Sénat,
04:02 dans les jours qui viennent, déposer une loi
04:05 qui va avoir un seul article, celui-là,
04:09 pour essayer de créer le plus grand consensus.
04:12 Devant la commission, Vincent Bolloré se défend de toute volonté d'influence idéologique
04:16 et affirme ses intérêts purement économiques dans le rachat de ces médias.
04:20 Argument d'ailleurs repris par Arnaud Lagardère
04:22 lors d'une interview du Figaro lundi dernier.
04:24 Mais dans le cas du JDD, cette affirmation est mise en perspective
04:27 avec la baisse de 9,2% de la diffusion de Valeurs Actuelles
04:31 sous la direction de Geoffroy Lejeune,
04:33 selon l'Alliance pour les Chiffres de la Presse et des Médias.
04:35 La question qui se pose alors est comment un homme
04:37 qui aurait mené à la baisse des ventes de son média
04:39 aurait un intérêt économique à l'embauche ?
04:42 Pour David Assouline, l'analyse est simple.
04:44 Ce sont des mensonges.
04:45 Ils ont menti et ils mentent quand ils disent ça.
04:47 C'est pareil même pour Bouygues, pour Drahi avec Altice, pour d'autres.
04:52 Ils se sentent tous obligés d'aller dans un monde
04:56 où on ne fait pas beaucoup d'argent,
04:59 qui sont les médias, pour servir leurs intérêts économiques.
05:02 Ce sont des moyens d'influence.
05:04 Chez Bolloré, ça va plus loin, ce n'est plus ça.
05:06 C'est vraiment de façon méthodique depuis 2015,
05:10 une volonté idéologique.
05:11 Ils se sont investis d'une mission idéologique dans la société.
05:15 Mais qui sont ces grands patrons des médias en France ?
05:18 Le monde diplomatique nous offre cette carte régulièrement les jours.
05:21 On remarque à droite l'empire de Vincent Bolloré et Lagardère,
05:25 mais aussi d'autres assez connus comme Patrick Drahi,
05:28 les familles Dassault et Bouygues,
05:31 Bernard Arnault, Xavier Niel et certains moins connus du grand public.
05:36 Selon le monde diplomatique, sont regroupés ici
05:38 les médias d'information qui font l'opinion
05:40 et qui dépendent d'intérêts industriels ou financiers,
05:43 de groupes de presse ou de l'État.
05:44 Mais ce ne sont pas les seuls médias en France.
05:46 Les médias indépendants en France, il y en a assez peu.
05:49 Preuve en est, l'humanité est le seul quotidien national indépendant,
05:53 c'est-à-dire qu'il n'est pas adossé à un grand groupe financier.
05:56 Il existe d'autres médias, bien sûr.
05:58 On pense à Mediapart, à Politis, à Bastamag,
06:02 qui aujourd'hui pèsent insuffisamment dans le paysage politique
06:05 parce qu'évidemment, il y a une question de moyens,
06:07 il y a une question de capacité d'influence dans un monde médiatique
06:09 qui est aujourd'hui contrôlé de plus en plus par les milliardaires.
06:13 Le critère économique joue donc un rôle majeur.
06:15 Alors pour certains, les médias restent des entreprises
06:18 qui souvent coûtent plus qu'elles ne rapportent
06:20 et c'est donc bien celui qui met la main au porte-monnaie
06:22 qui devrait avoir le droit d'y faire ce qui lui plaît.
06:25 Mais tout le monde n'est pas de cet avis.
06:26 Moi j'utilise assez souvent l'exemple de la gestion de l'eau.
06:29 Il y a Suez, il y a Veolia, il y a des boîtes dont le métier c'est de gérer de l'eau.
06:33 Est-ce qu'ils ont le droit de couper le robinet aux gens du jour au lendemain ?
06:35 Non, il y a des lois. L'eau c'est vital.
06:36 Donc il y a des lois dans ce pays qui font que ces entreprises,
06:39 toutes privées qu'elles soient, n'ont pas le pouvoir,
06:42 parce que ça leur ferait plaisir ou parce que ce serait économiquement viable,
06:45 de couper le robinet à des gens.
06:46 Eh bien la liberté d'information et l'information dans une démocratie c'est vital.
06:49 Il y a des règles, on peut encadrer le marché de l'information
06:53 avec des règles qui garantissent l'indépendance des rédactions,
06:56 c'est tout à fait possible.
06:57 Un meilleur encadrement du marché de l'information,
06:59 c'est ce que réclament les 1000 personnes
07:01 qui étaient réunies mardi soir au Théâtre Libre,
07:03 parmi eux citoyens, journalistes, politiques de tous bords.
07:06 Avant une standing ovation pour les journalistes du JDD,
07:09 et tout au long de la soirée,
07:10 les intervenants n'ont cessé de réclamer la tenue des États généraux
07:13 du droit à l'information,
07:15 promesse de campagne d'Emmanuel Macron,
07:17 et qui, selon le ministre délégué chargé du Renouveau démocratique,
07:21 Olivier Véran,
07:22 correspondra au souhait d'une presse libre et indépendante
07:26 qui puisse offrir une information de qualité.
07:28 Sous-titres réalisés par la communauté d'Amara.org
07:31 *clic*
07:33 [SILENCE]
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