00:00 Que s'est-il donc passé le 14 avril dernier dans l'enceinte si secrète du Conseil constitutionnel ?
00:05 Les délibérations des 9 sages, comme on les appelle, sont, on le sait, totalement confidentielles.
00:10 Ce jour-là, les gardiens de la Constitution étaient réunis dans la salle des audiences rue de Montpensier
00:15 pour statuer sur le projet de loi controversé portant l'âge de la retraite à 64 ans.
00:19 Ils se sont rarement réunis sous une telle pression populaire,
00:22 au moment où les manifestations dans la rue battaient encore leur plein.
00:24 [Cris de la foule]
00:28 Or, il s'est produit pendant cette réunion secrète,
00:31 un événement si rare que l'information a fini par fuiter.
00:34 Autour de la table, tous les sages ont proposé de valider le texte du gouvernement
00:39 en considérant qu'il n'y avait absolument aucune atteinte à la Constitution.
00:43 Tous les sages, sauf un, Laurent Fabius.
00:46 D'après nos informations, le président du Conseil constitutionnel a estimé, lui seul,
00:51 qu'il fallait censurer le texte du gouvernement
00:53 en raison de l'empilement inédit de procédures utilisées par le gouvernement
00:58 pendant les débats pour brider le Parlement.
01:00 Les députés et sénateurs ont, je le rappelle,
01:03 été contraints d'examiner cette réforme capitale,
01:06 sans doute la plus importante du quinquennat, en 50 jours seulement.
01:09 L'exécutif a également dégainé l'article bazooka du 49.3
01:13 pour faire passer le texte sans vote à l'Assemblée
01:15 et son équivalent au Sénat, l'article 44.3 dit du vote bloqué
01:19 au risque d'être accusé de déni de démocratie.
01:22 Imaginez un seul instant si cette réforme, si importante pour l'exécutif,
01:26 avait été censurée par les sages.
01:28 Pour Emmanuel Macron, ça aurait été une marque d'infamie, un désaveu.
01:33 D'après l'un de ses proches, le président serait au courant
01:36 de la tentative de Laurent Fabius et il serait, je cite, "fou furieux".
01:39 Entre ces deux hommes, il faut dire que la relation a toujours été du genre glacial.
01:44 Quand Emmanuel Macron était à Bercy en 2014,
01:46 Laurent Fabius, qui était ministre des Affaires étrangères,
01:49 aurait eu cette phrase à son âge.
01:51 Vous savez, j'étais déjà Premier ministre.
01:53 On dit même qu'il surnommait son cadet "le petit marqué poudré".
01:56 Pour les proches d'Emmanuel Macron, les choses sont claires, je cite,
02:00 "Fabius n'a pas su résister à sa haine du président,
02:03 il a voulu se le faire, c'est raté".
02:05 Dans les coulisses du Conseil constitutionnel,
02:07 certains pensent au contraire que le socialiste,
02:09 qui a été nommé à ce poste pour 9 ans par François Hollande en mars 2016,
02:13 a voulu marquer son passage en se posant en défenseur des libertés.
02:17 L'ironie de l'histoire ?
02:19 Laurent Fabius, qui a longtemps été considéré comme le vilain petit canard social libéral
02:23 du Parti socialiste, pourrait bien finir comme le héros inattendu
02:26 des opposants à la réforme des retraites.
02:29 Pour Jean-Luc Mélenchon, qui fut l'un de ses rivaux les plus acharnés au PS,
02:32 ce serait vraiment fort de café.
02:33 [Musique]
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