00:00 *musique*
00:06 - Cette histoire se passe où et quand ?
00:09 - Direction la belle et douce Bretagne, dans la capitale de la Cornouaille.
00:14 - Quelle est la capitale de la Cornouaille ?
00:16 - C'est l'Orient.
00:17 - Oui, c'est Quimper.
00:19 - Franchement, on ne va pas très loin.
00:24 - On va dire ça comme ça.
00:25 - Où se trouve notamment un hôpital qui a fait tristement parler de lui il y a maintenant 10 années.
00:32 Un jour d'été, un homme particulièrement jeune, il a 36 ans, il est divorcé, il a un enfant, il exerce la profession de maçon,
00:40 s'inquiète à juste titre de retrouver du sang dans ses urines.
00:44 Alors il s'en ouvre évidemment à ses proches qui lui disent "attends, on fonce directement à l'hôpital, tu ne peux pas rester comme ça".
00:51 C'est ce qu'il va faire. Immédiatement, une batterie d'examens va être pratiquée, un neuroscanner va révéler une soi-disante,
00:59 je dis bien soi-disante parce que vous allez voir que ce qui va suivre est assez terrible,
01:03 une soi-disante tumeur dans la vessie accompagnée de lésions qui pourraient être des métastases,
01:09 vous savez, c'est des cellules cancéreuses qui ont migré dans le corps.
01:12 L'annonce de ces infections le terrasse, à 36 ans, il se dit "quoi, un cancer de la vessie, métastasé,
01:18 donc le pronostic vital est peut-être même engagé". Il est prêt, autant vous dire, à se livrer à tous les traitements proposés pour s'en sortir.
01:26 - Bon, alors, comment... alors, enfin j'imagine, franchement le parcours du combattant,
01:31 ce parcours de soins proposés par l'hôpital et les équipes médicales qui va se révéler très invasif quoi,
01:39 pour finalement découvrir dont il y a une erreur.
01:42 - Oui, alors au départ, on va lui dire évidemment "chimiothérapie, rendez-vous en chimiothérapie".
01:46 Il va se prêter à plusieurs séances de chimiothérapie. On va lui dire "écoutez, comme le siège du cancer semble-t-il de l'infection est la vessie,
01:54 on va enlever cette vessie et puis comme c'est un organe qui est proche de la prostate, on va également enlever cette prostate".
02:01 Donc autant vous dire, des opérations irréversibles et très invasives comme vous l'avez relevé.
02:07 - Donc on lui enlève la vessie et la prostate. - On lui enlève la vessie et on lui enlève également la prostate.
02:11 - Alors à quel moment de ce parcours incroyable, l'erreur va être découverte ? Car elle est découverte à un moment donné.
02:19 - Elle va être découverte parce que quelques mois plus tard, vous savez, on fait ce qu'on appelle, quand on enlève comme ça des organes, on fait des examens.
02:25 Et on va s'apercevoir avec ces prélèvements qui ont été faits qu'en fait, le cancer de la vessie est sérieusement remis en cause.
02:33 En fait, on va s'apercevoir qu'il souffrait d'une maladie extrêmement rare mais qui est tout à fait bénigne, qui s'appelle le précombe.
02:43 Je cherche le mot médical qui est un précombe, un précombe vésical d'une forme rare.
02:50 Donc il y a quelques cas par an de ce précombe vésical.
02:54 Effectivement, on pouvait peut-être l'apparenter à un cancer de la vessie.
02:58 Il aurait fallu être extrêmement vigilant et attentionné pour s'apercevoir que ça n'en avait pas un.
03:03 En tout cas, le mal était fait.
03:05 L'ensemble des organes importants avaient été enlevés encore une fois pour un jeune homme de 36 ans.
03:10 - Il y a quelque chose que ceux qui nous regardent, ceux qui sont autour ici ne comprennent pas.
03:14 Trois chimios quand même.
03:16 Mais au premier, on fait une biopsie en cas qu'il y a un doute.
03:19 On fait une biopsie.
03:20 Non, apparemment.
03:21 - En fait, non.
03:22 - Les prélèvements qu'ils ont fait des organes ont été analysés après coup.
03:25 12 précombes vésicals ont été constatés.
03:29 - Après coup.
03:30 Bon, alors, ça, c'est le cauchemar.
03:32 Du coup, la justice a été saisie, je suppose.
03:35 - Oui. Alors là, il a été demandé devant le tribunal administratif de Quimper.
03:40 Il a été demandé 800 000 euros de réparation.
03:45 - C'est pas grand-chose.
03:46 - Parmi ces 800 000 euros, il y avait 50 000 euros pour les seuls frais liés à l'utilisation
03:51 d'un médicament à visée érectile.
03:53 Je vous ai dit, on lui avait enlevé la prostate, si jeune,
03:57 compte tenu de l'ablation de la prostate.
03:59 Pendant 10 années, ont été nécessaires pour que le procès puisse voir son apogée
04:04 puisque ça a duré 10 ans entre le tribunal administratif et la cour d'appel
04:08 qui a été ensuite saisie.
04:11 Il faut savoir qu'il est à 80 % aujourd'hui d'incapacité.
04:16 C'est un taux d'incapacité supérieur même à 80 %.
04:19 Et il n'a pas pu reprendre son travail. 10 ans après, il n'a pas pu reprendre son travail.
04:23 - Il a fallu 10 ans pour que la justice...
04:25 - Statut.
04:26 - D'accord. Alors, moralité, qu'est-ce qu'elle a décidé, la justice ?
04:29 - En 2020, la justice lui a alloué réparation.
04:33 Et à votre avis, sur ces 800 000 euros qui vous semblent justifiés,
04:37 combien le tribunal français, le tribunal administratif de Quimper, lui a alloué ?
04:41 - Je pense que c'est très honteux ce que tu vas dire.
04:43 Donc à mon avis, ça doit être 150 000 euros.
04:46 - Moi, j'y crois. Donc j'ai envie de dire...
04:48 - Non, non, j'y crois pas.
04:49 - 700 000 euros.
04:50 - Caroline ?
04:51 - Je dirais qu'ils ont coupé la part en deux. Ils ont donné la moitié.
04:54 - Non, ils ont donné 200 000 euros. C'est très proche de ce que vient de dire Anthony.
04:57 - 200 000 ?
04:58 - Non, mais c'est...
04:59 - Vous êtes tenté de dire 200 000 euros seulement ?
05:01 - Oui, seulement.
05:02 - Bien sûr, c'est honteux.
05:03 - Oui, oui.
05:04 - Et il fait appel ?
05:05 - Il fait appel. Donc on s'est retrouvé devant la cour administrative de Nantes,
05:08 qui a été... Alors, qui a revu très légèrement sa copie, la copie du jugement.
05:12 Elle lui a loué un petit chouïa de plus, un peu plus de 200 000 euros.
05:16 - Oh, mon Dieu !
05:18 - Je vais vous expliquer. Et en fait, ils ont vraiment tenu compte, dans la décision,
05:23 on voit le préjudice de nature sexuelle. L'ablation de la prostate à un si jeune âge
05:29 a eu des conséquences sur sa vie, sur son agrément. C'est un préjudice d'agrément important.
05:34 Et de ce fait, ils ont revu un peu à la copie, mais ils n'ont pas été plus loin.
05:38 Donc on est un peu plus de 200 000 euros aujourd'hui. Ça reste extrêmement insuffisant.
05:42 - Mais c'est une erreur grave.
05:44 - Oui, c'est une erreur grave.
05:45 - Et on sait aussi ce préjudice-là. Ils se sont trompés.
05:48 Et donc, on doit sanctionner ceux qui se sont trompés.
05:51 - Il y a le préjudice d'agrément, il y a le préjudice de la douleur,
05:54 il y a l'erreur qui a entraîné tout cela, les opérations qu'il a subies,
05:59 le fait qu'il ne puisse pas travailler aujourd'hui.
06:01 Mais on n'est pas extrêmement généreux en France.
06:03 - Ce n'est pas une question d'être généreux. C'est que sa vie est détruite.
06:06 Je veux dire, on lui enlève la prostate et on lui enlève une vessie sans raison apparente,
06:09 il fait 3 chimios, et on se dit bon, 200 000, c'est quand même pas mal.
06:12 - En France, on s'appuie sur des expertises médicales.
06:15 C'est-à-dire, c'est des expertises médicales qui ont chiffré les préjudices,
06:19 préjudices esthétiques, préjudices physiques, préjudices de la douleur,
06:22 préjudices d'agrément. Vous avez comme ça la capacité de travail.
06:26 Tout est vraiment nomenclaturé, j'ai envie de dire, avec des barèmes.
06:30 Et c'est comme ça qu'on a les préjudices.
06:31 - Non, mais parce que la prostate, moi, je... Oui, mais il ne pouvait plus travailler quand même.
06:34 - Bien sûr, il a 36 ans. Mais qu'est-ce que vous faites ?
06:36 - Si on compare avec d'autres pays, on choisit toujours les Etats-Unis
06:40 où là-bas, la justice est parfois sévère. On est d'accord.
06:44 Est-ce que les indemnités accordées auraient été beaucoup plus importantes ou pas ?
06:49 - Alors, c'est là où je rejoins ce que disait tout à l'heure Caroline.
06:52 Elle disait mais pourquoi de si faibles indemnités ?
06:57 Parce qu'en fait, en France, nous n'avons pas ce qu'on appelle
07:00 la théorie des dommages et intérêts punitifs.
07:02 Là, vous disiez, quand même, ils se sont trompés.
07:05 Ne serait-ce que ça, c'est comme si c'était une pénale, si vous voulez.
07:08 Or, nous sommes en civil, au pénal, vous auriez eu le prix de la faute,
07:12 le prix de l'erreur qui aurait été aussi... On vous aurait tapé sur les doigts
07:15 et on vous aurait dit, il y a un préjudice important, la faute doit être payée.
07:19 C'est comme si pénalement, vous aviez une amende.
07:21 - Mais pourquoi... - Il n'y a pas d'amende, ce n'est pas punitif.
07:23 - Non, non, mais moi, je ne comprends pas. Pourquoi on a traité cette affaire
07:27 au tribunal civil et pas au tribunal pénal ?
07:30 Comment on fait ? Qui choisit ça ? Qui dit ?
07:32 - C'est une erreur. Il n'y a aucune volonté du sud. Il n'y a pas d'homicide.
07:36 C'est une erreur simplement qui aurait pu arriver. D'ailleurs, on le dit dans la décision.
07:40 L'erreur qui est arrivée de diagnostic peut arriver tous les jours.
07:44 Donc cette erreur de diagnostic reste sur un terrain purement civil.
07:47 Et sur ce terrain purement civil, on ne répare que le préjudice subi.
07:51 - D'accord. - On ne va pas plus loin.
07:53 Donc ce ne sont pas... Le tribunal civil ne sanctionne pas.
07:57 Il répare simplement, il ne punit pas. Ce n'est pas des dommages à intérêts punitifs
08:02 comme on aurait pu en obtenir aux États-Unis.
08:04 - Pour comprendre, pour les personnes qui n'ont jamais fait de droit, c'est mon cas,
08:09 quand on passe au tribunal pénal, c'est parce qu'il y a eu quoi ? Crimes ?
08:13 - C'est prévu dans le Code pénal. C'est une infraction.
08:15 Là, il n'y a pas eu d'infraction. Il y a juste eu une erreur.
08:18 - Une erreur humaine. - Ça reste une erreur humaine,
08:20 une erreur professionnelle. - D'accord. Infraction.
08:22 - Mais c'est une infraction. C'est quand vous brûlez un feu rouge,
08:25 quand vous volez dans la caisse. - Oui, c'est quand même pas pareil.
08:27 Mais la personne qui a fait une erreur a été punie ?
08:29 - Il y a une volonté. - Non.
08:31 - Tout est là. - Non, non.
08:33 - C'est l'intention aussi. L'intention.
08:35 Quand vous commettez une infraction, a priori, il y a une intention de commettre l'infraction.
08:39 Là, il n'y a pas d'intention, évidemment, de faire du mal à ce personnage.
08:41 - D'accord. Il y a juste une erreur. - Il y a juste une erreur.
08:43 - Il y a juste une erreur. - Il faut bien évidemment guérir
08:45 un des erreurs médicales. - Mais ça se reprend.
08:47 - Ça ne se reprend pas par un procès. - Non, alors, non, non.
08:49 Sauf s'il y a eu mort d'homme ou s'il y a eu… Voilà. On peut se retrouver au pénal.
08:52 - C'est rare. - Non, non, mais on peut discuter
08:55 à la machine à café, si vous voulez, après. - Ah, vous nous offrez du café ?
08:58 - Ça nous révolte. - On n'est pas d'un, du coup, là, William.
09:00 On est choqués. - On est scandalisés.
09:02 - Ah oui. Non, mais c'est vrai. On parle, on parle. - Ah oui.
09:04 - Là, ils sont pressés. Pressés de savoir ce qui va se passer dans la deuxième partie.
09:07 - Ah ! - Alors là, je peux vous dire…
09:09 - On n'est pas prêts.
09:10 [Musique]
Commentaires