00:00 Vous êtes sur RTL.
00:02 6h, 9h15, RTL Matin, avec Stéphane Carpentier.
00:07 Et un grand merci d'être avec nous à 8h49.
00:09 Nous avions donc envie d'être positif ce matin et de nous dire que oui, il est possible de changer le monde.
00:14 En tout cas, c'est ce que pense notre invité en direct, que je vais baptiser de "jeune écologiste optimiste".
00:19 J'espère que ça va vous aller, Titouan Bernicaud. Bonjour à vous.
00:22 Yaorana, bonjour.
00:23 Merci, merci d'être là. Vous êtes un jardinier du corail.
00:26 Vous avez décidé de consacrer votre vie à restaurer les barrières abîmées par le réchauffement du climat.
00:31 Vous y vivez en Polynésie française.
00:33 Vous êtes de passage à Paris pour participer au sommet Change Now,
00:36 qui depuis jeudi rassemble des personnalités de tous horizons qui réfléchissent à des solutions pour la planète.
00:41 Vous y vivez où précisément ?
00:43 Alors je vis sur l'île sœur de Tahiti qui s'appelle Mo'orea.
00:47 C'est là où je vis, au milieu de l'océan Pacifique Sud.
00:51 Je peux vous demander comment on dit en polynésien "bonjour" tout simplement ?
00:54 On dit "yaorana".
00:56 Bonjour.
00:57 Et l'île où je vis s'appelle Mo'orea.
01:00 Ça veut dire "le lézard jaune".
01:02 Titouan, vous avez 25 ans ou presque, c'est d'ailleurs demain.
01:05 Vous avez créé Coral Gardeners, qui est une équipe de jardiniers du corail.
01:09 Avant de comprendre ce que vous faites, pour mieux comprendre pourquoi vous aimez autant les océans,
01:13 pouvez-vous nous décrire cette île justement ?
01:15 C'est quoi ? C'est Robinson Crusoe ou pas du tout ? J'exagère.
01:18 Alors moi j'ai grandi sur une petite ferme perlière.
01:21 Là c'était vraiment Robinson Crusoe.
01:23 Il n'y avait pas d'école, il n'y avait pas de supermarché, pas de médecin.
01:27 On allait pêcher quasiment tous les jours pour pouvoir se nourrir.
01:30 Il n'y avait pas de téléphone, c'était pas radio.
01:33 Donc quand on parlait à la radio, tout le monde nous écoutait.
01:36 Et moi j'étais un des seuls enfants sur cette petite atolle,
01:40 petite île sans montagne.
01:42 Mes parents étaient perliculteurs, ils faisaient grandir des huîtres,
01:44 collecter les perles de Tahiti.
01:46 Et j'ai grandi vraiment connecté à ce récif, à cet océan.
01:50 Et à Moréa où je vis, c'est un peu l'île de Peter Pan.
01:53 Où il y a des montagnes, de belles vagues et des récifs coralliens
01:57 qui sont devenus mon terrain de jeu.
01:59 Et c'est un endroit assez paisible.
02:01 Ils se sont abîmés franchement ?
02:03 Carrément.
02:04 Ce récif ?
02:05 Non complètement. Quand j'avais 16 ans, je suis parti surfer à Opunhaw.
02:08 C'est un de mes spots de surf préférés.
02:11 Je suis arrivé là-bas avec mon petit frère, mes amis de Manille.
02:13 Et pour la première fois de notre vie, on a vu que tout le récif était blanc.
02:18 Tous les coraux étaient blancs.
02:21 Et c'est là où j'ai réalisé qu'ils étaient en train de disparaître.
02:24 On sait combien de pourcentages ont disparu ?
02:27 C'est ça. En 30 ans, on a la moitié des récifs coralliens de la planète qui nous ont quittés.
02:30 Et les scientifiques sont assez formels.
02:33 Ils estiment que si rien n'est fait d'ici 2050,
02:35 ce sera 90% des récifs coralliens de la planète qui seront condamnés.
02:39 Alors du coup, pour agir, vous avez créé un métier.
02:42 C'est jardinier du corail. Comment vous faites pour replanter du corail ?
02:45 C'est ça. À mes 16 ans, j'ai été initié au bouturage de coraux.
02:48 Je suis complètement tombé amoureux d'avoir son petit "fapou",
02:51 comme j'aime bien dire. En tahitien, ça veut dire son petit potager sous l'eau.
02:54 Et je suis allé voir tous les grands pans de scientifiques et je leur ai dit, j'ai 16 ans,
02:57 je veux dédier ma vie à ça, au récif corallien, être sur le terrain.
03:01 Qu'est-ce que je peux faire ?
03:02 Et le seul métier qu'il y avait de disponible, c'était de devenir scientifique, biologiste marin.
03:07 Mais ce n'était pas pour moi.
03:08 Moi, je n'en pouvais plus de l'école.
03:11 Je voulais me lancer dans la vie active.
03:13 Je ne voulais pas étudier 6 ou 8 ans avant de me lancer.
03:16 Du coup, on a dû créer un nouveau métier.
03:18 On plante des arbres sur terre depuis des millénaires.
03:21 Et ça ne fait que quelques années qu'on plante du corail.
03:23 Et moi, mes potes pêcheurs, surfeurs de Mont-Nil,
03:25 aujourd'hui, c'est les premiers à planter du corail et à en vivre, en tout cas.
03:29 Et du coup, c'est ce qu'on fait.
03:31 Un petit peu comme le bouturage qu'on peut faire sur terre avec les arbres,
03:34 on le fait sous l'eau avec les coraux.
03:36 C'est tout pareil et du coup, ça marche ?
03:37 Ça fonctionne. Aujourd'hui, on a trois biologistes marins à temps plein dans l'équipe.
03:41 Et si on fait la chose avec la bonne méthodologie
03:45 et qu'on travaille avec des super coraux, des coraux plus résilients,
03:48 qui s'adaptent mieux aux variations de température de l'eau,
03:51 on peut arriver à des résultats super encourageants.
03:53 Vous dites "on peut arriver".
03:54 Vous y croyez ? Est-ce qu'on puisse inverser la tendance actuelle ?
03:57 Moi, j'ai quand même vu la chose.
04:00 Ça fait 9 ans que je plante du corail.
04:02 Devant la maison, sur mon jardin de corail,
04:04 le récif frangent était vraiment éteint.
04:06 Il n'y avait plus beaucoup de couleurs et de vie.
04:08 Aujourd'hui, on a des coraux qui font plus de 50 cm.
04:11 Il y a 20-30 poissons qui vivent dans le corail que tu as planté il y a 9 ans.
04:15 Et ça donne de l'espoir.
04:17 Quand je vais au contact de ces nouvelles générations
04:20 pour leur expliquer et leur raconter l'histoire des récifs,
04:23 je vois comment ils sont réceptifs.
04:26 Je vois qu'aujourd'hui, ce n'est plus juste de devenir pilote de ligne,
04:29 ingénieur ou banquier,
04:31 mais c'est d'avoir un impact et un meaning dans notre vie de tous les jours.
04:36 Je pense que le changement arrive plus vite qu'on ne le pense.
04:38 - Comment vous financez tout ça ?
04:40 Vous êtes 40 personnes pour ce boulot jardinier de corail,
04:43 ce qui n'est pas rien, ce qui nous fait rêver en métropole.
04:46 Comment vous financez ça ?
04:48 - C'est ça. Il y a 6 ans, on était encore dans ma chambre avec mon petit frère de 14 ans.
04:51 Aujourd'hui, Coral Gardeners, c'est le projet de conservation des récifs coraliens
04:54 le plus suivi au monde.
04:56 On a une quarantaine d'employés à temps plein.
04:58 On a des ingénieurs qui travaillaient chez SpaceX, Tesla, Google.
05:02 Des sacrés scientifiques.
05:04 Aujourd'hui, on finance nos actions avec des partenaires comme Rolex.
05:08 On a rejoint l'initiative environnement de Rolex
05:14 qui s'appelle Perpetual Planet, National Geographic, North Sail.
05:18 On a aussi des personnes partout autour du monde
05:20 qui vont sur notre site internet coralgardeners.org
05:23 et pour 25 euros, ils adoptent leur corail.
05:25 C'est comme ça qu'on existe.
05:27 - J'adore l'idée. On peut avoir 25 ans,
05:29 ou presque, puisque c'est demain en ce qui vous concerne,
05:31 et être encore optimiste pour la planète ?
05:33 - Je pense qu'il faut. Sinon, je ne serais pas là aujourd'hui.
05:36 Moi, je viens très rarement à Paris.
05:38 C'est une ville que j'adore. Elle est magnifique.
05:41 Et quand je suis dans un Uber ou dans un taxi,
05:45 le chauffeur ne sait pas ce que c'est un corail.
05:48 Et du coup, pour moi, c'est mon devoir de raconter aux Français
05:52 qu'on a les forêts immergées, les récifs coraliens.
05:55 Il y a la moitié de l'oxygène qu'on respire aujourd'hui
05:57 qui vient des océans.
05:59 Et on a besoin d'avoir des écosystèmes en bonne santé.
06:01 - On vous écouterait des heures, Titouan Bernicaud.
06:03 Merci d'être passé par RTL ce matin et d'avoir témoigné.
06:06 On entend bien sur cet entretien sur notre site rtl.fr.
06:09 Bravo à vous pour tout ça.
06:10 Message positif qui nous fait du bien ce samedi matin.
06:12 Restez là. Météo pour tout le monde dans une poignée de secondes.
06:15 seconde.
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