07:57 Ça, c'est normalement bâle. Parce que tu m'as dit qu'on allait à Arles, enfin près d'Arles.
08:03 On dit en Arles ou à Arles, d'ailleurs? Est-ce que tu vas m'éviter cette faute?
08:07 - Attends. Disons près d'Arles. - Près d'Arles. C'est bien.
08:12 - Je suis sûre de ne pas faire la faute. - Oui, c'est en Avignon ou à Avignon.
08:15 - J'ai un petit chat, je peux tousser. - Elle crache deux secondes, et puis après, elle revient. C'est rien.
08:21 Alors, on a décidé de venir ici, près d'Arles. Et entre autres, d'abord, pourquoi près d'Arles?
08:31 Pourquoi tu nous emmènes ici, dans cette région d'Arles?
08:34 - Je pensais qu'au mois de février, il faisait beau ici. Qu'il y avait du soleil, qu'on serait au chaud.
08:39 - On est au chaud, regarde. - Non, parce que c'est mythique pour moi cet endroit.
08:44 D'abord, puisque comme j'ai toujours vécu à Paris, maintenant avec la TGV, je peux en 3h30, 4h, on arrive ici,
08:52 dans une campagne qui est tellement dépaysante, qui est tellement exotique pour moi.
08:57 C'est une campagne qui me fait rêver. Et puis j'ai des souvenirs, des souvenirs avec des amis.
09:01 J'ai vécu des choses qui m'ont émue. Alors voilà, quand j'ai aimé des endroits, j'ai envie d'y revenir et de les faire connaître à d'autres.
09:10 - Tu vas nous faire connaître toute cette région, donc celle d'Arles, la salle que tu aimes.
09:14 Et entre autres, ici, où on est installé, au Moulin, les lettres de Montmoulin, c'est Alphonse Daudet.
09:22 - C'est loin, ça. - C'est loin. - Oui, on a lu ça à l'école.
09:25 - C'était Tartaranta, ce qu'on... - La petite chèvre de M. Seguin, qu'elle est jolie. C'est tout. Je me souviens que de ça.
09:31 - Alors justement, tout ce qu'on a connu quand on était petits, ce qui va nous permettre de parler de l'enfance de Sabine Azéma,
09:36 la transition est toute trouvée, née un 20 septembre. C'est bien ça, hein ? - Oui.
09:42 - Bon, ça donne une indication astrologique, c'est tout, pour ceux qui s'y intéressent. - Pour ceux qui s'y intéressent. Pas moi.
09:48 - Pas toi. Voilà. C'est ça. Ça peut commencer comme ça. - Non. Voilà.
09:50 - On est maître de son destin et on gère les choses au fond de l'œil. - Ah non, non, non, on n'est pas maître de son destin.
09:54 Mais quand on me parle d'astrologie, j'ai l'impression... ça me fait peur. J'ai l'impression qu'on m'éteint, qu'on me dit "vous êtes comme ça, comme ci, comme ça".
10:00 Et puis plus de liberté de rien, plus de mystère, plus de secret. Je sais pas, ça m'ennuie, ça.
10:06 - Il faut de la surprise, un petit peu, hein ? - Ah oui, et puis... - Il y a du chemin, le parcours initiatif.
10:09 - Oui, il faut du chemin. Oui, c'est vrai, ça. J'aime bien qu'il y ait du chemin, pour tout.
10:13 - Bon. Eh ben, je vais prendre le temps, je vais faire du chemin avec toi. - Oui.
10:17 - Alors, un 20 septembre, la naissance me fait oublier pour les dames de parler de l'année de naissance.
10:26 - C'est très pour toi, très galant. - Mais ils s'en prient. Née à Paris ? - Oui. 15e, dans le Quelzel.
10:31 - Dans le Quelzel. Tour Eiffel. Il me semble que papa est avocat international. - Oui, c'est sûr.
10:36 - C'est sûr. Qu'est-ce que fait ta maman ? - Maman, elle a eu trois enfants, trois filles. Et c'est beaucoup.
10:43 - Et c'est beaucoup. T'es la seconde, la première, la troisième ? - Je suis l'aimée, moi. - T'es l'aimée.
10:47 [ Musique ]
11:01 - Tes premiers souvenirs d'enfance, lesquels sont-ils ? - Une fessée. C'est vrai, une fessée. Deuxième souvenir, pareil.
11:10 - D'accord, ça commence bien avec la fille. - Parce que je m'amusais déjà actrice, pianiste de concert.
11:18 J'essayais de faire pianiste sur un bon plateau. Il était posé un bon vase. Alors je jouais comme ça.
11:25 Et paf, j'ai cassé le vase en faisant mon concerto. Et là aussi, il y a eu drame, genre fessée, claque, un truc comme ça.
11:34 Troisième souvenir, petit copain dans la classe qui me suivait m'a dit, je revois sa tête, mignon comme tout, et me dit, où est-ce que t'habites ?
11:44 Maîtresse, vous deux, on va vous mettre des langues. Alors il y avait des langues en carton, toutes roses, qu'on nous pendait là,
11:52 et puis qui traînaient par terre, on a eu le long. Et il a fallu qu'on passe dans toutes les classes des grands, l'horreur, l'humiliation,
11:59 pour montrer qu'on était bavard. - Que des souvenirs d'humiliation. La relation avec tes sœurs qui vont arriver par la suite,
12:08 comment vous vous entendez ? Parce que tu compares d'ailleurs un peu ta famille, tu dis que c'est un petit peu comme Woody Allen, entouré que de filles.
12:15 - Quand je vois les films de Woody Allen, je me retrouve complètement, je retrouve ma famille. C'est vrai qu'une famille où il n'y a que des filles,
12:22 ça donne une ambiance très spéciale quand même. - C'est-à-dire ? C'est quoi une ambiance de fille ? - Les filles, ça pleure beaucoup, ça a des humeurs,
12:32 c'est si peu timide, que ça se chamaille. C'est compliqué. C'est compliqué. Famille de fille, c'est compliqué.
12:40 - Tu as vécu dans cette complexité, toi, au début. - Oui. - Et comment tu t'en sortais ? Tu avais un côté masculin qui était très féminine, justement.
12:47 - On me disait que j'étais assez garçon manqué. Et puis, on trouvait que j'avais une tête à cheveux courts. Donc, j'étais assez grande, tête à cheveux courts,
13:01 et moi, j'aurais voulu avoir des cheveux longs. Mon rêve, jamais réussi. Parce que maman disait, non, non, non, non, elle m'emmenait même chez les coiffeurs pour garçons.
13:08 Et puis comme ça, on faisait une coupe bien courte qui durait longtemps. Et moi, c'était ma désolation. Parce que je me sentais un peu trop garçon comme ça.
13:15 Je voulais vraiment être une fille, très fille. Ce qui fait que la nuit, je mettais les draps de mes poupées sur la tête avec des petits élastiques.
13:25 Je faisais comme ça la nuit. Et j'avais l'impression que j'étais une fille la nuit seulement. Mais dans la journée, c'est vrai que c'est dommage.
13:33 - Tu peux te dire quoi ? Ça a changé par la suite ou pas ? Ou tu fais toujours la fille la nuit ?
13:38 - Oh ben non, mais la nuit, je ne mets plus de draps sur ma tête. Mais je fais du cinéma. Et quelquefois, on me met des perruques longues.
13:50 - Sur les cranards de mes nuits blanches. - Oui. Alors voilà, j'étais une fille. On disait garçon manqué parce que j'étais aussi assez intrépide.
13:58 J'avais peur de rien. Je voulais être cascadeuse. Je courrais partout. - C'est quoi les plans de...
14:04 - Et m'encourir, voulant... Je me disais plus tard, je ferais peut-être aussi les Jeux olympiques. Côté...
14:15 - Oh, qu'est-ce que tu fais ? - Oh, je sors de là. - Ne te laisse pas tomber.
14:29 - Eh, mais si je suis à ton tour. - Salut la fille.
14:37 - Tu sais, quand on est petite fille, on a toujours un rêve. On se dit quand je serai grande, je ferai ceci, je ferai cela.
14:42 - Alors justement, toi, tes métiers de prédilection, c'était quoi ? - Je me suis même pas dit je serai ceci, cela.
14:48 J'étais petite, j'étais déjà comédienne, actrice. Je fais ce métier depuis que je peux parler. Parce que depuis que je suis petite...
14:57 - Des morts. Accroche-nous, des morts. - Sauf que j'avais pas de sou.
15:02 Mais c'est vrai que petite, tout de suite, j'ai pu lire. Dès qu'il y avait des dialogues, je les apprenais.
15:08 Je montais des spectacles avec mes soeurs, avec mes camarades d'école. Tout le temps, je pensais qu'à ça, faire des spectacles.
15:13 - Il paraît qu'il y a 5 ans, justement, tu donnais des spectacles pour le parterre familial. - Oui, enfin, 5 ans. Je sais plus exactement quand exactement.
15:20 Mais c'est vrai, très vite, très vite, je m'amusais qu'avec ça. C'était ma passion et je faisais ça tout le temps.
15:25 - Est-ce que tu te sens nettement mieux maintenant ? - Oh oui, oh là là. - En adolescence.
15:29 - Ah non, j'ai beaucoup aimé le... Disons, quand j'étais petite, d'ailleurs, on me disait toujours, "Quelle âge je te voudrais avoir ?"
15:35 Et je disais "18 ans". "Pourquoi ?" Et là, comme j'étais très pudique et très timide, je ne répondais pas.
15:42 Mais je disais parce qu'à 18 ans, je serais fiancée. Je ne pensais qu'à ça. C'est vrai.
15:48 Et puis aussi parce que je savais qu'on aurait la liberté. On n'est pas libre quand on est enfant.
15:53 - Est-ce que le prince charmant, il est venu dans ta vie ? - Ah, drôlement, il est venu.
15:58 Mais sûr, bon, heureusement. Quand on l'a rêvé comme ça, il arrive. Tu plaisantes.
16:03 Oh bah oui, évidemment. C'est la... Bien sûr. Je me dis, pourvu qu'on soit amoureux jusqu'à 120 ans, comme la Jeanne Calment qui habite ici.
16:14 - Ah oui, c'est vrai qu'elle est là, la dame. - La dame qui a 120 ans. - Oui, elle habite près d'Arles.
16:18 - Est-ce qu'on peut être amoureux comme ça très longtemps, très très très longtemps ? J'espère.
16:21 - Est-ce que l'amour passe plusieurs fois ou est-ce qu'on peut avoir des amours différents ?
16:25 - Il peut passer plusieurs fois, oui. - On en parle. - Peut-être.
16:32 - Peut-être. Bon, alors, donc la petite fille, bon, 10 ans. 10 ans, on est une petite grande fille.
16:39 - Oui, 10 ans, oui. Je me revois vaguement. C'est très loin. - Oui, c'est très loin.
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