00:00 Europe 1, historiquement vôtre avec Stéphane Berne.
00:04 Tous les jours, vous le savez, historiquement vôtre, je vous raconte l'histoire sans se la raconter avec Jean-Luc Lemoine
00:08 qui vient tout juste de mettre le point d'interrogation finale à son quiz à suivre.
00:11 Oh ce cher Jean-Luc, enfin le voilà parmi nous.
00:15 Pourquoi je sens une douce ironie dans la voix de Clémentine.
00:18 Pas du tout, là vraiment, pas du tout ces derniers temps, écoutez vraiment vous avez été au poil.
00:23 Oh merci beaucoup.
00:24 Ecoutez en plus, je sens que le niveau monte dans vos connaissances, la journaliste musicale est un peu plus sélective.
00:29 Ah voilà, ça doit être ça.
00:31 C'est un hymne, je vous aide.
00:33 Mais de quel pays ?
00:37 Ça ressemble tellement à un cantique protestant que c'est dans un pays, je dirais, peut-être un pays scandinave.
00:45 Bien vu.
00:46 Alors c'est pas le Danemark, c'est pas la Suède.
00:48 C'est pas la Suède, c'est pas la Norvège, c'est la Finlande.
00:52 C'est là où je vous retrouve, c'était la Nouvelle-Zélande.
00:54 Oh bah, pays anglo-saxon quand même, en tout cas pays protestant.
00:59 C'est là et puis la Nouvelle-Zélande.
01:01 Et puis il fait froid là-bas.
01:03 Escrocs.
01:04 Avant l'affrontement avec Clémentine, on va lui laisser la parole quand même.
01:11 Elle va nous raconter une histoire dont elle seule a le secret.
01:14 Aujourd'hui Clémentine, vous nous racontez le destin d'une repasseuse célèbre, à l'époque où les chemises sans plis de David Castelopès n'existaient pas,
01:25 Catherine Hübscher alias Madame Sangène.
01:28 Oui, Catherine Hübscher, née le 2 février 1753 dans un petit village d'une centaine d'habitants dans le Haut-Rhin en Alsace.
01:36 Famille misérable, six enfants, un père bûcheron et un peu braconnier qui mourra prématurément.
01:44 Et alors à 12 ans, Catherine est placée comme lingère.
01:47 Et Catherine va faire ça jusqu'à la mort de sa mère.
01:51 Et sa mère meurt quand elle a 26 ans, là elle a plus personne, ni père ni mère.
01:55 Et donc elle a un tuteur qui la place chez des bourgeois de ses amis à Paris.
01:59 Et là elle devient femme à tout faire.
02:01 Alors dans la fameuse pièce de Victorien Sardou, Madame Sangène,
02:06 le caporal Lefebvre vient faire laver et repasser son linge dans la boutique où travaille Catherine.
02:12 Et c'est comme ça qu'ils se rencontrent.
02:14 Mais tout cela est faux.
02:16 En réalité Catherine Hübscher n'a jamais été blanchisseuse repasseuse à Paris.
02:22 En réalité, ils se sont rencontrés tous les deux dans une brasserie où se retrouvaient tous les Alsaciens.
02:28 Et ça donnait à Catherine l'occasion d'échanger dans son patois alsacien.
02:33 Parce que quand elle a débarqué à Paris, elle ne parlait que le patois alsacien.
02:38 Et justement il se trouve que Lefebvre lui est de Roufac, un petit village au sud de Colmar.
02:43 Lui aussi il a perdu son père quand il avait 10 ans.
02:46 On le destinait à la prêtrise mais il s'est enfui.
02:49 Il ne voulait pas être curé, il est monté à Paris avec son baluchon.
02:52 Et il s'est engagé dans le régiment des gardes des rois à 18 ans.
02:55 Promu caporal en 1780.
02:57 Ce sont donc les deux là, deux Alsaciens, deux déracinés, deux orphelins, qui parlent le même patois.
03:04 Bon coup de foudre, ok.
03:06 Ils s'installent rue Poissonnière au Faubourg Montmartre.
03:09 Ils ont un premier enfant en 80 et se marient deux ans plus tard.
03:13 Même si François à ce moment là est promu sergent.
03:16 Ils n'ont pas un sou. Alors lui il donne des cours d'allemand, il donne des cours de grec.
03:21 Et puis il donne des cours de français à Catherine.
03:23 Parce que je rappelle qu'elle ne sait parler que le patois.
03:25 De son côté Catherine, elle fait des ménages pour mettre du beurre dans les épinards.
03:29 Je vous ai dit qu'on était en 83 quand ils se mariaient.
03:32 Elle a donc 30 ans, ça veut dire qu'elle fait donc depuis 20 ans,
03:36 elle fait donc la lessive, le repassage, le ménage cette femme.
03:39 Et c'est avec la révolution que commence l'ascension fulgurante de ce couple.
03:45 Pendant 5 ans, il est de toutes les campagnes sur la frontière Est.
03:48 Et son courage au combat en pleine révolution explique cette ascension fulgurante
03:53 comme seules les révolutions et les guerres peuvent en susciter.
03:57 C'est ça l'histoire des Lefebvre.
03:59 C'est des gens du peuple qui n'étaient pas grand chose et qui deviennent tout.
04:02 Enfin qui n'étaient pas grand chose, qui étaient des gens modestes
04:04 comme la plupart des maréchaux de Napoléon d'ailleurs.
04:07 Alors Catherine, quant à elle, maintenant elle peut s'offrir les services de quelqu'un pour son ménage.
04:11 Parce que d'ailleurs elle n'est pas du tout en état de l'assurer elle-même.
04:15 Parce que à chacune de ses permissions, Joseph lui fait un enfant.
04:18 Elle va en avoir 14. Dont un seul d'ailleurs, Xavier, atteindra l'âge adulte.
04:22 Mais on ne passe pas si facilement du plus dur des labeurs quotidiens à l'oisiveté.
04:27 Alors on a raconté que même quand elle est devenue duchesse,
04:30 elle écossait encore les petits pois chez elle.
04:33 On la voyait dans sa cuisine.
04:34 Et de ce passé de servitude, elle a aussi conservé des amis.
04:37 Des amis qui comme elle, étaient des femmes du peuple.
04:40 Elle va permettre notamment à l'une de ses anciennes copines, si vous voulez,
04:43 de devenir la femme de chambre de Joséphine.
04:46 Et puis cette femme, devenue immensément riche,
04:49 jamais elle ne cessera d'aider son entourage.
04:51 Or bien sûr, ça, ça fait partie...
04:53 C'est pas la légende, c'est la vérité.
04:55 Elle détonne à la cour parce qu'elle n'aime pas les parvenus prétentieux.
04:58 Elle se prive jamais de le dire.
05:00 Elle garde son franc parlé, y compris devant l'empereur Napoléon
05:03 qui toujours l'appréciera pour sa franchise.
05:06 Il faut imaginer l'impression de ce couple
05:09 quand ils ont été en 1798.
05:11 Lui, il est devenu commandant en chef de l'armée du Rhin
05:14 et ils retournent voir leur famille en Alsace.
05:17 Et... comment dire...
05:20 La dénivelé, le choc incroyable entre ce qu'ils étaient en partant
05:23 et ce qu'ils sont à ce moment-là.
05:25 Et quand Lefebvre est fait duc de Danzig en 1805 par Napoléon,
05:29 c'est la première fois que Napoléon attribue un titre de noblesse
05:32 à l'un de ses maréchaux.
05:33 Il y en aura beaucoup d'autres par la suite.
05:35 Mais enfin, c'est quand même la première fois avec les Lefebvre,
05:38 ça y est, la lingère est devenue duchesse de Danzig.
05:42 Alors, ce qui est très triste dans tout ça,
05:44 c'est qu'en 1817, le plus jeune, le dernier de leur fils, meurt.
05:49 Donc, ils ont eu 14 enfants.
05:51 - Aucun n'a survécu. - Aucun n'a survécu.
05:54 Donc, si vous voulez, pour des parents, quelle raison de vivre ensuite ?
05:58 François d'ailleurs meurt à Paris le 13 septembre 1820 à 65 ans
06:05 et Catherine lui survivra pendant 15 ans.
06:07 Alors, je précise quand même que si la pièce de théâtre de Sardou
06:10 lui a conféré l'éternité, cette Madame Sangène,
06:13 et bien jamais Catherine d'Hübscher ne s'est appelée Madame Sangène de son vivant.
06:18 C'était en fait le surnom qu'on donnait à une certaine Thérèse Figueur.
06:22 Et Thérèse Figueur, elle était une véritable femme soldat dans les armées de Napoléon.
06:26 Donc, vous voyez, la Madame Sangène théâtrale qui a eu un tel succès,
06:31 dont le succès ne s'est jamais démenti,
06:33 toutes les grandes comédiennes l'ont incarnée,
06:35 elle est en fait une sorte de savant mélange entre Catherine Hübscher,
06:39 lingère repasseuse alsacienne,
06:42 et Thérèse Figueur, femme soldat de l'armée impériale.
06:46 Merci beaucoup Clémentine.
06:48 Bon, maintenant c'est le moment de l'émission où vous le savez,
06:50 je ne contrôle plus rien, c'est vous Jean-Luc qui prenez la main
06:52 pour le Quiz Burn to be alive.
06:54 Ah, ce cher Jean-Luc.
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