00:00 -Allez, tout le monde en place ! Caméra en place, s'il vous plaît !
00:02 Et moteur en commande !
00:04 -Plus on écrivait, plus ça devenait très naturel que Jérémy réalise le tout.
00:17 Il n'arrivait pas à s'imaginer ne pas tout réaliser.
00:20 -Tu lui dis "sœur, celle-là, tu peux en taper plus bas,
00:22 à travers la vide, quand il sort le nez."
00:24 -C'était un tel cocktail potentiellement explosif
00:27 que je l'aurais pas confié à quelqu'un d'autre.
00:29 Fallait que je teste moi déjà pour aller au bout de la démarche.
00:33 -Jérémy, il reproduit pas...
00:34 Il fait pas une série ou un film à la manière d'eux.
00:37 Et en même temps, il est nourri d'une très, très grande et profonde culture
00:42 littéraire, artistique et cinématographique.
00:44 -Action !
00:45 -Je suis sorti, au bout de 2 heures d'une rencontre avec lui.
00:50 J'étais comme un fou.
00:51 Comme un fou, parce que je suis sorti de ce rendez-vous,
00:54 on avait parlé de cinéma japonais, de cinéma...
00:58 -Il est un néo-réaliste italien, il a 33 ans.
01:01 Ses références cinématographiques sont impressionnantes.
01:04 Et on a parlé avec Emmanuel De Vos, et c'est pareil.
01:07 -Tout de suite, j'ai vu qu'on parlait le même langage.
01:11 Moi, j'adore le cinéma coréen, et tout, ça lui aussi.
01:13 Mais bon, j'aime bien aussi qu'il connaisse bien Simon,
01:15 qu'il connaisse Megrec,
01:17 soit pas que sur des choses récentes,
01:19 mais qu'il ait aussi une vraie histoire du cinéma dans sa tête,
01:22 qui est bien remplie.
01:23 -Le film noir ou le polar, on peut l'appeler comme on veut,
01:26 mais c'est un genre fondateur de l'histoire du cinéma.
01:28 Et Hollywood s'est beaucoup construit comme ça.
01:30 Et donc, du coup, pour moi, c'est vraiment...
01:33 C'est tellement fondateur et de ma cinéphilie,
01:36 du cinéma populaire,
01:37 que c'est compliqué de me défaire de cet héritage-là.
01:40 -Comment on se tac sur lui, boum, il arrive en large,
01:43 et puis tape, tape, tape.
01:44 -Je dirais que Jérémy, en tant que réalisateur,
01:47 c'est quelqu'un de très nourri,
01:49 mais qui va proposer quelque chose de très singulier,
01:51 de la manière la plus organique possible,
01:53 au sein de son univers, qui est toujours un peu noir,
01:56 enfin, qui est teinté d'une certaine noirceur,
01:58 mais qui, en même temps, peut être aussi très coloré,
02:01 avec du contraste, de la matière.
02:04 -C'était une esthétique très particulière,
02:06 une configuration de caméras très particulières, de lumière aussi.
02:10 -Jérémy et en particulier son chef opérateur,
02:12 ils ont beaucoup réfléchi à ça.
02:14 Ils sont allés chercher des types d'optiques
02:17 avec lesquels on n'a pas l'habitude de tourner.
02:26 -On est revenus à de l'éclairage un peu plus old school,
02:29 mais beaucoup de lumière en "wet".
02:32 Du Fresnel, des trucs un peu plus traditionnels.
02:38 Après, je voulais pas être surchargé sur le plateau,
02:41 donc il y a beaucoup d'éclairage de biais, généralement.
02:45 Sur une pièce, on allait éclairer très fort un côté,
02:48 et après, laisser les gens évoluer dedans sans trop essayer
02:52 de les rattraper ou de compenser ça.
02:53 ...
03:02 Le truc qui m'a le plus frappé en étant avec eux,
03:04 c'est qu'ils dorment pas beaucoup.
03:06 Paris, c'est déjà une ville très lumineuse,
03:07 c'est pas forcément très beau à filmer en plein jour,
03:09 donc nous, ça nous permettait d'accentuer
03:12 et de matcher en stop et d'exagérer un peu ce côté diaphane
03:16 pour accentuer le manque de sommeil et tout ça.
03:19 Donc j'espère que ce sera perceptible, au moins consciemment.
03:22 ...
03:23 C'est vrai qu'il y a beaucoup d'épaules,
03:25 juste pour avoir la respiration.
03:27 ...
03:28 -Et redescend.
03:29 ...
03:33 -On a quand même pas mal varié les types de machineries et tout ça.
03:36 Il y a peu de stèdes, il doit y avoir un ou deux plans de stèdes,
03:39 c'est tout. Je suis pas un grand fan du stède.
03:42 ...
03:43 Globalement, c'est une dolly et de l'épaule tout le temps.
03:45 ...
03:46 Je voulais tourner à plusieurs caméras,
03:47 fallait que je sois quand même au contact,
03:49 il y a beaucoup de comédiens dirigés aussi.
03:51 Ça me permettait de chercher,
03:54 de trouver une forme de chorégraphie avec le chef opérateur
03:57 qui est devant la caméra.
03:59 ...
04:01 -Il recharge, lui, il le désigne avec son Glock 17
04:03 avant qu'il ait le temps de tirer.
04:04 Il y a Jean avec le SIC qui fait tir de barrage,
04:08 il se recache derrière la camionnette, il rentre en voiture.
04:10 Il va très bien.
04:11 ...
04:15 -C'est vrai que j'aime bien quand ça va vite.
04:17 J'aime bien quand ça va vite, surtout sur des sujets comme ça,
04:20 parce qu'il y a toujours un parallèle intéressant
04:23 quand on a une énergie de plateau proche
04:26 de l'énergie que déploreraient les personnages
04:29 joués par les comédiens dans la vie réelle.
04:31 ...
04:34 -Cette ambiance un peu nerveuse,
04:36 elle nous met aussi dans une atmosphère
04:39 qui est propice à ce qu'on est en train de tourner aussi.
04:41 -Quand tu veux dire par réplique, tu reviens là,
04:43 comme si tu venais guetter la voiture,
04:45 et quand tu veux, tu reviens là,
04:46 comme si tu voulais faire un peu par là.
04:47 -Je suis quelqu'un qui cherche beaucoup l'accident.
04:49 Ca me permet aussi de capturer des moments,
04:51 de choper des erreurs, de pouvoir rectifier.
04:54 Ca permet aux comédiens de proposer aussi plus.
04:57 -Si on voit ta femme ici, je dis.
04:59 -Ouais, mais c'est bizarre,
05:00 parce qu'il peut toujours la revoir s'il se fait expulser.
05:03 -Soit tu me donnes un truc tout de suite,
05:04 soit je fais péter ton brasset
05:05 et tu retournes bouffer la gamelle, direct, OK ?
05:08 -Vas-y, je vais chercher, je te propose des trucs.
05:11 -Parce qu'il y a un moment, ils sont pris par le rythme
05:13 et ils ont pas le temps de se dire
05:15 "OK, la dernière, j'ai fait ça, faut que je fasse ça."
05:17 Ca leur coupe l'obsession d'eux-mêmes.
05:20 -Je pense qu'à tous les grands réalisateurs ou réalisatrices,
05:24 ils dirigent pas...
05:26 Ils sont leur histoire, ils sont leurs films.
05:29 Donc il suffit finalement de les regarder
05:31 et de ressentir ce qu'ils veulent,
05:33 parce que quelquefois, on fait des prises,
05:34 et ils me disent rien, mais ça me va aussi.
05:37 -Moi, je vais le voir avant les scènes.
05:39 J'arrive à avoir mon petit moment avec lui,
05:41 donc il connaît toutes les armes, il connaît tous les déplacements,
05:45 donc c'est vrai que dès qu'on rentre dans une scène comme ça,
05:48 on est assez rassurés,
05:49 parce qu'on sait que Jérémie va pouvoir répondre
05:53 à nos questions ou nos doutes.
05:55 -C'est un flash ? -Oui.
05:57 -Jérémie, comment tu connais toutes les armes ?
05:58 -Je fais de la chasse.
06:00 -C'est un réalisateur qui fait une entière confiance,
06:03 et du coup, c'est à la fois vertigineux
06:05 et en même temps très agréable,
06:06 parce qu'on a champ libre, surtout.
06:09 -J'ai apprécié cette liberté.
06:11 Après, je l'ai prise de manière très sérieuse.
06:14 -J'en reste beaucoup de liberté, mais ce qu'ils ont pas dit,
06:15 je pense, c'est qu'on travaille beaucoup les personnages en prépa,
06:18 où moi, j'arrive avec tout ce que j'ai imaginé,
06:21 eux, ils arrivent avec qui ils sont
06:22 et comment ils voient les choses, que c'est leur métier.
06:25 On bosse ensemble, on se serre la main
06:26 et on part chacun avec une moitié de la carte au trésor,
06:30 et on peut toujours recoller les morceaux sur le plateau
06:32 quand on n'est pas d'accord sur une direction.
06:34 -Coupé !
06:35 Musique de tension
06:38 ...
07:07 ...
07:08 Merci à tous !
07:10 [SILENCE]
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