00:00 - Bien, M. Bilger, vous m'enlevez les mots de la bouche,
00:03 parce qu'en réalité, ça c'est ce qui cause la plus grande souffrance.
00:08 Pourquoi cette situation est arrivée, en particulier dans les CHU ?
00:12 Ça ne vous a pas échappé qu'il y a un problème de recrutement massif des professionnels.
00:15 La différence entre un interne et un professionnel plus âgé, ou senior en tout cas,
00:20 c'est qu'il y en a un qui peut partir.
00:22 Et d'ailleurs, pour beaucoup, il ne s'empêche pas de le faire.
00:25 L'interne, lui, il est prisonnier à l'hôpital.
00:28 Il est prisonnier à l'hôpital, il est heureux d'y être,
00:30 parce qu'il ne voit pas ça comme une prison.
00:33 Au début, il voit ça comme un engagement et un bonheur.
00:35 Mais le problème, c'est que lorsqu'il n'y a plus personne pour vous aider,
00:39 indépendamment de l'âge et de l'expérience,
00:41 le fait d'avoir des collègues pour vous soutenir, pour vous aider,
00:44 pour être certain que vous apportez le meilleur soin aux patients,
00:47 eh bien, c'est une nécessité pour tous.
00:51 Les internes, aujourd'hui, ne sont pas dans des conditions
00:54 qui leur permettent de soigner correctement les patients.
00:57 Et donc, vous l'avez dit, il y a des internes qui se retrouvent littéralement seuls.
01:00 Il y a des urgences, notamment à Paris, qui ont dû momentanément fermer,
01:05 car les internes étaient livrés à eux-mêmes,
01:07 totalement livrés à eux-mêmes avec des patients.
01:10 Et parfois, il peut y avoir des catastrophes,
01:11 et on en voit régulièrement dans les médias.
01:13 Donc oui, non seulement ça crée du désarroi,
01:16 mais je vais même plus loin, ça crée de la souffrance.
01:18 Parce que lorsque vous êtes dans l'incapacité de savoir
01:21 si vous pouvez prendre correctement en charge les gens,
01:23 à partir du moment où vous avez un cœur et une conscience,
01:25 vous souffrez, c'est tout à fait normal.
01:27 Et lorsque vous êtes épuisé, j'ai envie de dire, c'est le pompon.
01:30 À ce moment-là, ça peut arriver dans des situations dramatiques.
01:33 C'est comme ça qu'on a 25 % d'internes qui, aujourd'hui, sont en dépression.
01:37 [Musique]
01:40 Sous-titres réalisés para la communauté d'Amara.org
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