00:00 Avec votre invité, Philippe Bandel, vous écoutez Culture Média sur Europe.
00:03 On est totalement dans le sujet. Bonjour François Chaumont.
00:05 Bonjour Philippe.
00:05 Vous êtes auteur réalisateur d'un documentaire disco,
00:08 "La Révolution Française", ce sera samedi à 21h sur France 3.
00:11 Pourquoi ce thème vous a-t-il intéressé ? Est-ce que vous-même vous êtes un nightclubber ?
00:14 Je ne suis pas spécialement un nightclubber, mais comme tout le monde,
00:17 je suis allé en boîte de nuit, je suis allé en soirée.
00:19 Et donc comme tout le monde, j'ai écouté beaucoup de discos sans forcément le vouloir
00:22 ou sans forcément décider d'acheter plein de discos,
00:24 mais je connais plein de petites discos par la force des choses, comme tout le monde.
00:27 Évidemment, ça remonte aux années 70, pour qui ne vous voit pas sur Europe 1.fr,
00:31 ce qu'on est filmé, dans ce studio, vous êtes de quelle génération ?
00:33 Vous avez connu quel disco ?
00:34 Moi, je suis né dans les années 70.
00:36 Je suis né à peu près en 76.
00:38 Donc vous êtes sorti en boîte dans les années 90 ?
00:40 Oui, exactement.
00:41 Mais il y a toujours eu du disco.
00:43 Moi, j'y avais...
00:45 Mais dans n'importe quelle soirée, il y a du Claude François, il y a du Dalida,
00:47 il y a du Céronne...
00:48 Vous n'alliez pas en soirée à 3 ans ?
00:50 Non.
00:50 C'est ça que je voulais dire.
00:51 C'était quel disco on passait dans les soirées où vous alliez ?
00:54 Parce que le disco, c'est aussi bien Céronne, aussi bien dans les années 90, la French Touch,
00:59 que maintenant, dans les années 2020, Clara Luciani.
01:01 Il y a plusieurs discos.
01:02 Tout à fait.
01:03 On écoutait dans les années 90, quand je sortais,
01:07 j'écoutais le disco des années 70, qui est indémodable.
01:10 Il y a plein de titres indémodables, inoxydables.
01:12 Et aussi la French Touch, Daft Punk, Asus, etc.,
01:15 qui, là, faisaient des ravages à cette époque-là.
01:17 Voici comment vous faites dans votre documentaire, les présentations.
01:19 C'est un large panorama.
01:21 Dans ce mouvement joyeux, désordonné, hédoniste, libérateur,
01:25 la France a joué l'une des partitions principales,
01:28 et sans doute même la plus élaborée.
01:29 Patrick Fernandez.
01:32 La révolution musicale actuellement française existe dans le monde entier.
01:43 Ça s'appelle le disco.
01:44 Entre le milieu des années 70 et le début des années 80,
01:49 c'est le French Sound qui est mondialement plébiscité.
01:53 Un son détenu par quelques sorciers tricolores
01:55 qui ont créé les groupes les plus emblématiques de ce mouvement mondial.
01:58 Ce sont les Français qui ont été les précurseurs et les pionniers du genre,
02:13 avec entre autres Saron, source d'inspiration inépuisable
02:17 pour de jeunes musiciens qui, encore aujourd'hui, se réapproprient cet héritage.
02:20 Ça c'est Daft Punk, on aura entendu Claude François, Bob Sinclar,
02:30 on aura entendu Village People, Saron, on l'a dit.
02:33 Vous dites que le disco est un mouvement, qu'est-ce que j'aime ce son,
02:36 est un mouvement bien plus contestataire qu'il n'y paraît.
02:38 Dans quel sens, de quelle manière il est contestataire ?
02:41 Il est contestataire dans les faits, en fait.
02:43 Là où le rock a été très revendicateur dans les paroles,
02:46 il y a eu beaucoup de...
02:47 C'est plutôt dans les messages qu'il véhicule que le rock s'est montré contestataire.
02:51 Le disco, c'est vraiment dans l'image qu'il renvoie
02:53 quand Sheila arrive avec ses danseurs noirs en 77 pour chanter "Love me baby",
02:59 quand les Village People, en fait,
03:04 propagent une espèce de culture gay sur la bande FM.
03:09 Mais une culture gay qui ne disait pas son nom, c'était absolument pas contestataire.
03:12 On a appris des années après que ça représentait les icônes
03:16 et les types de séduction de la communauté qu'on ne disait pas à l'époque LGBT.
03:22 Et que c'était pas revendicatif.
03:23 La seule revendication, c'était la nuit, la fête.
03:25 - Exactement.
03:26 Non, non, c'était une forme de...
03:28 Enfin, il y a plusieurs choses,
03:29 mais le disco, dans sa manière de faire la fête,
03:33 où toutes les communautés se sont retrouvées pour faire la fête autour d'un même son,
03:37 ça a permis à différentes communautés aux États-Unis
03:40 de faire la fête ensemble et sans être discriminées.
03:43 - Voilà, parce que sans leur faire injure, entre nous,
03:45 Claude François, que vous montrez, Dalida, Sheila,
03:47 c'était l'inverse de la contestation.
03:48 C'était le mainstream, il passait chez Guillux, chez les Carpentiers,
03:51 c'était dans tous les hits parades officiels, il n'y avait zéro contestation.
03:54 Il y avait des gens qui contestaient et d'autres non.
03:55 J'ai appris grâce à vous comment est né le terme "disco",
03:58 c'est un terme de business du magazine professionnel musical américain Billboard.
04:02 Racontez d'où ça vient.
04:03 - Oui, en fait, c'est-à-dire qu'à partir d'un moment où il y a eu le boom des boîtes de nuit dans les années 70,
04:08 il y a eu un classement pour les morceaux les plus diffusés à la radio
04:11 et un classement pour les morceaux les plus diffusés en boîte de nuit.
04:13 Donc ce classement-là s'est appelé le "Top Disco"
04:16 et ça a été la naissance officielle du disco, c'était en 74
04:20 et c'était le premier numéro 1 de ce classement, c'est Gloria Gaynor.
04:22 - Voilà, réécoutez-nous en replay europe1.fr
04:26 puisqu'on a ouvert cette émission avec ce titre de Gloria Gaynor,
04:29 "Gaynor never can say goodbye".
04:30 Au passage, c'est une Française qui a inventé la boîte de nuit, on peut le dire.
04:33 - Oui, Régine.
04:34 C'est Régine qui a été une des grandes dames de la nuit.
04:37 - Non, j'ai dit quelque chose de faux.
04:39 Non, non, elle n'a pas du tout inventé la boîte de nuit,
04:40 elle a inventé la discothèque.
04:42 Les boîtes de nuit existaient, c'est moi qui ai fait une erreur, pas vous.
04:44 Les boîtes de nuit existaient mais il y avait des groupes qui jouaient
04:47 et Régine a une idée absolument géniale,
04:48 comme elle n'avait pas les moyens de payer un orchestre,
04:50 elle a dit "je vais mettre des disques très forts"
04:52 et elle a inventé la discothèque à elle toute seule.
04:54 Elle a changé la face du monde de la nuit planétaire.
04:57 - Exactement, puis elle a demandé à ce qu'il y ait deux platines,
04:59 pour pas qu'il y ait de pause entre les morceaux,
05:01 pour pouvoir passer d'un morceau à un autre sans qu'il y ait de temps mort
05:03 et comme ça les danseurs pouvaient continuer à danser
05:06 et c'était mieux pour tout le monde.
05:07 - On voit des images extraordinaires,
05:09 on voit Dalida en studio qui écoute un mixage avec l'ingénieur du son,
05:12 il y a son frère, le manteau de fourrure, il faut le décrire.
05:15 - C'est Orlando dans les années 70, à la fin des années 70,
05:19 qui convainc sa sœur de faire du disco, ce qui n'était pas gagné.
05:22 D'ailleurs il y a beaucoup d'artistes qui sont allés un peu à reculons,
05:25 même Patrick Hernandez n'était pas du tout fan de disco.
05:27 Born to be Alive c'était une chanson folk à la base
05:30 qui a été remixée en disco,
05:32 donc c'était pas du tout forcé, même Amanda Lear quand vous l'écoutez,
05:35 elle n'était pas fan de disco.
05:36 Beaucoup de gens ont fait du disco sans forcément être de grands fans de disco à l'époque.
05:40 - Au passage j'ai appris que Dalida avait refusé de signer avec des maisons de disques américaines
05:44 parce qu'elle ça marchait, ça aurait pu vraiment marcher à l'international.
05:47 Sheila a bien marché à l'international, Patrick Juvet aussi,
05:50 Claude François un petit peu moins.
05:51 Claude François c'est une histoire tragique
05:53 puisqu'il est mort au moment où sortait je ne sais plus lequel des deux titres.
05:57 - Alexandrie Alexandra.
05:59 Le 45 tours est sorti le jour de son enterrement
06:03 et c'est ça qui a lancé sa deuxième carrière en fait.
06:06 - Je saute volontairement des étapes,
06:08 vous dites que le disco était la musique de la libération sexuelle,
06:14 j'ai l'impression qu'on dit ça à chaque documentaire.
06:16 Je l'ai entendu dire sur les années 30, sur Miss Tinguette, sur le jazz, sur Woodstock
06:19 et sur Gainsbourg, pour ne citer que 69 années érotiques,
06:23 qu'est-ce que le disco avait de particulier qui n'existait pas avant ?
06:26 - Alors on a parlé des revendications LGBT, il y a eu ça,
06:30 en même temps c'était les années 70, c'était la libération sexuelle,
06:33 pour le coup ça correspondait contrairement aux années 30,
06:36 et puis c'était la culture des boîtes de nuit,
06:38 donc c'était une espèce de religion où les gens sortaient pour faire la fête,
06:41 mais des fêtes qui pouvaient aller assez loin,
06:42 quand on entend Cérone nous parler de ces soirées au Studio 54 etc,
06:46 c'était quand même assez dévergondé,
06:48 donc ça correspondait vraiment à cette époque de libération sexuelle des années 70.
06:52 - Je suis obligé de résumer, je découvre que Ottawan,
06:55 T'es ok, t'es bad, t'es in, c'était Daniel Vanguard,
06:58 qui n'est autre que le père de...
07:00 - Thomas Bangalter, de Daft Punk.
07:02 - C'est quand même complètement dingue,
07:03 et il y a un sample de la musique de son père,
07:08 des Gibson Brothers si je ne me trompe pas,
07:10 le disco revient avec la French Toast on l'a dit,
07:12 puis la nouvelle chanson française,
07:14 quelque chose qui est extraordinaire en vous écoutant maintenant François Chaumont,
07:17 pendant toute l'interview, vous aviez le sourire.
07:19 Et c'est exactement ce que donne ce documentaire,
07:22 Disco, la révolution française, à voir samedi à 20h.
07:26 - J'adore le D.I.S.C.O.
07:28 - Daniel Vanguard, le père de Daft Punk, le père de Thomas Bangalter.
07:34 - Et le petit Thomas qui avait 4 ans,
07:35 il raconte qu'il était en studio et qu'il écoutait ça.
07:37 - Oui, c'est Chris Frankfort des Gibson Brothers qui nous raconte
07:40 qu'il voyait Thomas Bangalter écouter les sessions d'enregistrement.
07:44 - Quel plaisir que de se souvenir,
07:45 un grand grand merci d'avoir été avec nous en direct sur Report.
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