00:00 Retraite, climat, même combat.
00:02 Je m'appelle Mathilde Cahillard, alias MC Danse pour le climat.
00:09 J'ai 25 ans et je suis activiste à Alternatives à Paris depuis 2019.
00:13 Il y a une vidéo de moi qui a énormément tourné
00:15 dans laquelle je danse lors d'une manifestation
00:18 contre la réforme des retraites, c'était celle du 7 janvier.
00:21 Cette vidéo a énormément circulé à la fois au national
00:28 et même maintenant à l'international.
00:30 Pour nous, c'est un moyen de montrer qu'il y a différentes manières de lutter,
00:39 qu'on peut lutter de plein de manières différentes
00:41 et aussi de mettre un coup de projecteur sur le mouvement social en France
00:45 contre la réforme des retraites,
00:46 pourquoi la jeunesse commence à être particulièrement impliquée sur le sujet.
00:50 J'ai reçu énormément de messages de personnes qui m'ont dit
00:54 "Moi, je manifeste jamais ou je manifeste plus parce que j'ai peur."
00:58 Et là, ça me donne vraiment envie de venir et la prochaine manifestation, je viens.
01:01 Donc, plein de gens qui ont rehaussé leur niveau d'engagement
01:04 parce que ça les a inspirés, parce que ça les a touchés,
01:06 parce qu'ils se sont dit que c'était important.
01:07 Moi, déjà, à titre personnel, j'ai toujours adoré danser.
01:12 Et ensuite, dans la lutte, la danse a toujours été énormément utilisée
01:16 dans l'histoire des mouvements sociaux, notamment beaucoup par les femmes.
01:19 D'ailleurs, à ce titre, ça peut être beaucoup critiqué, dévalorisé,
01:25 notamment souvent par des hommes, il faut le dire,
01:27 avec une approche qui peut être un peu viriliste de dire
01:30 "Mais non, lutter, c'est quelque chose de dur, il faut être dur,
01:33 c'est quelque chose avec de l'affrontement, etc."
01:36 Et la danse, ça n'a rien à faire dans nos luttes.
01:38 Donc, je n'ai pas envie que cet exemple serve aussi à décrédibiliser
01:41 les personnes qui luttent autrement et qui veulent avoir
01:43 les modes d'action plus confrontatifs.
01:45 Par ailleurs, je fais aussi plein d'autres choses.
01:46 J'ai fait de la disobedience civile, j'ai fait des blocages,
01:48 j'ai fait plein d'autres choses dans la lutte.
01:49 En revanche, je n'ai pas non plus envie qu'on rejette ce modèle-là,
01:54 ce mode de manifestation-là et la danse,
01:57 parce qu'en fait, je pense que c'est hyper important
01:59 d'utiliser la danse, le chant, de manière générale, l'art, la culture
02:05 et plein de modes créatifs comme ça pour militer,
02:07 parce qu'en fait, ça fédère plein de gens.
02:09 Ça permet de percer aussi, de dépasser les cercles militants.
02:12 Moi, j'ai été énormément visibilisée,
02:14 mais c'est aussi le jeu médiatique qui veut ça,
02:15 de beaucoup incarner les luttes.
02:18 Mais en fait, on est un collectif, on est plein
02:19 et c'est assez épuisant sur la séquence en plus.
02:21 Ça fait trois mois qu'on est mobilisés.
02:22 Il y a les manifs, il y a aussi les piquets de grève dès 6h du matin,
02:26 on fait à manger pour les grévistes, pareil, pour qu'ils puissent tenir la durée.
02:29 Il y a toute une organisation.
02:30 Militer, c'est dur, c'est un gras.
02:32 Ça prend du temps, on encaisse souvent des échecs
02:36 et il faut garder la force et l'énergie de se réveiller le lendemain
02:41 à 6h du matin alors qu'on s'est fait gazer, interpeller la veille,
02:44 qu'on peut avoir des risques juridiques, des risques physiques.
02:46 Parfois, on le voit de plus en plus avec la violence grandissante
02:50 utilisée dans les schémas de maintien de l'ordre.
02:52 Et en fait, pour garder l'espoir, pour garder la force,
02:55 c'est important de conserver des espaces aussi au sein de la lutte
02:59 où on va créer de la joie et utiliser la joie comme acte.
03:03 Et c'est aussi un acte de résistance parce qu'en fait,
03:06 notamment moi, je viens du mouvement climat,
03:08 en fait, le système contre lequel on se bat,
03:11 c'est un système qui s'évertue à détruire nos conditions de vie
03:14 et à rendre la planète inhabitable.
03:16 C'est sur des problématiques qui sont très dures et très difficiles.
03:19 Nous, le monde qu'on veut voir advenir,
03:20 c'est un monde soutenable, un monde inclusif,
03:24 un monde où on ralentit, où on atterrit.
03:26 Et en fait, dans ce qu'on veut conserver,
03:28 qu'est-ce qui va nous rester ?
03:30 C'est aussi créer du lien avec les autres.
03:31 C'est un système dans lequel on veut nous faire travailler plus
03:34 pour produire plus.
03:35 La seule chose que ça va continuer à faire,
03:37 c'est d'enrichir une poignée de personnes complètement déconnectées
03:40 et qui sont en train de détruire nos conditions de vie.
03:42 Quand je me suis beaucoup renseignée sur l'écologie au départ
03:50 et que je voyais un peu tous les échecs qu'encaissait le mouvement social,
03:54 j'étais dans un truc un peu de paralysie,
03:57 l'éco-anxiété qui paralyse et qui ne me donne pas du tout envie
04:00 de se mettre en mouvement, qui m'a "sauvée",
04:02 c'est la mise en mouvement, c'est d'entrer dans un collectif
04:03 et c'est de faire des choses ensemble.
04:04 On peut toujours faire moins pire que le pire prévu.
04:06 Donc rien que pour ça, il ne faudra pas s'arrêter de lutter.
04:09 Puis il y a aussi un enjeu de dignité.
04:11 Notre fardeau, la chose qu'on va porter toute notre vie,
04:14 c'est la bataille contre le changement climatique
04:15 et l'excentréement de la biodiversité.
04:17 Et en fait, il y a aussi le fait de se dire,
04:19 si jamais je n'ai pas tout fait pour essayer de ralentir ça
04:24 ou de sauver ce qui peut encore l'être,
04:25 comment je pourrais m'en aller dans la glace dans 30, 40 ans ?
04:28 Sous-titrage ST' 501
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