00:00 [Musique]
00:06 Ça a été un gros challenge au départ, c'était pas volontaire vraiment, j'allais même pas jouer dedans.
00:10 Je voulais vraiment écrire une série et enrichir mes personnages
00:14 sans penser à moi et ce que j'allais devoir défendre.
00:16 Et puis petit à petit, au fur et à mesure de l'écriture et de l'engagement
00:20 et de l'amour pour cette série, j'ai eu du mal à m'en détacher.
00:24 J'ai cumulé les casquettes, ça a été une première pour moi et pour Netflix,
00:28 d'avoir ces cinq casquettes.
00:29 Parce qu'on néglige souvent le rôle de showrunner, qui est tout nouveau en France,
00:33 mais c'est la partie pour moi la plus difficile.
00:36 Parce qu'on est la boîte noire, vraiment le disque dur
00:40 et on est sollicité constamment par tous les techniciens
00:44 et à chaque étape du processus.
00:46 Netflix tenait à ce que ça soit moi, c'est vraiment moi qui ne voulais pas.
00:49 Je me disais, si vous voulez que je réalise, faut pas que je joue.
00:51 Je vais pas y arriver en fait.
00:52 Ensuite on s'est dit, bah tu joues mais tu réalises pas.
00:56 Et puis après, en échangeant avec les réalisateurs,
00:58 où je devais énormément les guider concernant la banlieue,
01:02 cette période de ramadan, puis ces femmes.
01:05 J'arrivais pas à trouver vraiment de réalisateur ou de réalisatrice
01:09 qui puisse vraiment ne pas trahir le scénario
01:12 sur lequel on s'était vraiment pris la tête avec mes co-scénaristes.
01:15 On se sent vieille, vraiment, parce que j'ai pris trois ans.
01:23 Je crois que je ressemble même plus aux premières images qu'on avait.
01:26 C'est deux ans et demi non-stop, des 16 heures par jour de travail.
01:30 Parce qu'on tourne et qu'après il faut répéter.
01:32 Et puis surtout on est tombé en plein confinement.
01:35 Donc on a les aléas de cette période-là, les problématiques.
01:38 On a la production qui nous appelle, le distributeur qui nous dit
01:41 "Cet acteur ne peut plus venir jouer pendant une semaine,
01:44 il peut pas être sur le plateau".
01:45 On réécrit.
01:46 Du coup c'est la casquette de scénariste de nuit qui écrit
01:49 pour être prête pour le lendemain.
01:50 Puis après c'est la casquette de la réalisatrice qui vient plus tôt
01:52 parce qu'on repère des nouveaux lieux, parce qu'on a réécrit des choses.
01:55 Et puis c'est la showrunneuse qui est là pour parler à tous les acteurs,
01:59 pour leur dire "Voilà, vous en êtes à ce moment-là maintenant
02:01 parce qu'on a bougé les lignes".
02:03 Et puis c'est l'actrice qui vient sur le plateau.
02:04 Et c'est du 24/24.
02:06 Et c'est comme ça pendant deux ans et demi.
02:08 Ça a été très dur, j'avoue.
02:09 Mais qu'on me demande de faire un film,
02:11 je crois que je le fais le deux doigts dans le nez maintenant.
02:13 La première question primordiale que je me suis posée,
02:20 c'est "Est-ce que ça va sonner juste ?
02:22 Est-ce que ça va sonner vrai ?
02:23 Est-ce qu'on va se dire "Tiens, elle fait son tchao pantin" ?"
02:26 Non.
02:27 Je voulais raconter une sororité très présente.
02:32 Je suis issue d'une famille où on est trois filles et un garçon.
02:37 Ma sœur élève un garçon différent, il est invalide.
02:42 Elle a eu une fille difficile.
02:45 Comment elle fait quand elle a ces problématiques-là ?
02:49 J'ai une sœur qui est chargée mentalement
02:52 parce qu'elle est mère célibataire et qu'elle s'occupe de ses deux fils,
02:55 dont un fils qui traverse pas mal de bouleversements.
03:02 À plus de 40 ans, elle se demande si elle est au bon endroit professionnellement.
03:07 Donc oui, je me nourris de ces femmes que je rencontre,
03:10 de mes sœurs, de moi-même.
03:12 Et j'écris et je me pose pas de questions.
03:14 Je me dis pas "Tiens, je suis stand-upuse,
03:16 on va vouloir forcément me voir dans une comédie."
03:20 Je pense que les gens ont juste envie qu'on les émeut.
03:23 Clairement, aujourd'hui, on n'a encore jamais vu
03:32 une femme issue des minorités présenter le JT de TF1.
03:35 Tout reste à faire.
03:36 Je me dis "Comment est-ce qu'on peut y arriver ?"
03:38 Comment c'est moi-même, en tant que réalisatrice ?
03:44 En étant femme, j'ai grandi dans des quartiers.
03:46 Je suis d'origine maghrébine.
03:47 On est complètement dans l'intersectionnalité.
03:50 Vraiment, je cumule les choses.
03:54 Et du coup, on doit faire deux fois, trois fois, quatre fois plus que les autres.
03:58 Et c'est pas grave, parce qu'après, on devient des perfectionnistes.
04:01 Et c'est là où, moi, je pense qu'il y a un double message dans la série.
04:06 J'ai été maman en même temps que je produisais ma série.
04:11 J'ai réalisé, je joue dedans et je montre à des femmes
04:14 croyant en vos rêves.
04:16 Je viens d'Anderlecht et je me retrouve sur une série Netflix
04:19 qui va être diffusée dans 186 pays.
04:23 Donc, tout est possible. Sky is the limit.
04:25 Mais c'est génial.
04:32 C'est justement pour ça qu'on existe.
04:34 Il y a tout à faire.
04:35 Les gens...
04:37 Il y a des personnes qui ont encore énormément de préjugés.
04:40 Il y a encore énormément de gens qui n'ont pas encore vu
04:43 de femmes issues des minorités porter un casting.
04:46 On porte le casting.
04:48 Des femmes qu'on voit peu et qui vont vous transcender
04:51 et dans lesquelles vous allez vous reconnaître.
04:53 Et pourtant, elles n'ont pas la même couleur de peau que vous.
04:54 Elles ne viennent pas de la même ville que vous,
04:56 mais elles vivent les mêmes choses que vous.
04:58 Et c'est ça, la puissance de la fiction.
05:00 Ces tweets-là, forcément, je les ai vus passer.
05:02 Et je me suis dit, en 2023, c'est génial.
05:06 Ça démontre que ma série, encore plus que jamais, doit exister.
05:13 Sous-titrage Société Radio-Canada
05:15 [Musique]
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