00:00 Culture Média sur Europe avec votre invité Philippe Bandel.
00:03 Maxime Brzezniewski, bonjour.
00:05 Bonjour.
00:05 Vous venez de réaliser ce documentaire "Conjet Paternité pour tous".
00:08 Il passera demain, mercredi à 22h55 sur Teva.
00:12 Je dis vous venez, mais c'est un tournage au long cours.
00:14 Combien de temps de tournage ?
00:15 5 ans quasiment.
00:16 5 ans de tournage.
00:18 En juillet 2021, tout par-delà, le conjet paternité est passé à 28 jours pour les pères français,
00:23 dont 4 jours obligatoires à la naissance de l'enfant.
00:26 Vous voyez là une des solutions à l'égalité réelle entre les hommes et les femmes.
00:30 On va en parler.
00:31 L'idée du film, d'abord, de base, c'est de suivre les pères.
00:34 Oui, l'idée du film, c'est Tristan.
00:35 C'est mon pote Tristan, qui est mon pote de lycée.
00:38 Et je pense qu'à l'époque, il n'imaginait pas une seule seconde qu'il allait devenir une sorte de militant féministe,
00:43 qui n'est pas un gros mot, le mot féministe, je précise.
00:45 Et en fait, Tristan s'est marié avec une Norvégienne qui s'appelle Louise.
00:50 Il a une carrière, il a toujours une carrière assez fulgurante.
00:52 Et quand il a eu son deuxième enfant, il est parti à Oslo.
00:55 Là-bas, vous savez que ce n'est pas trop la même politique du congé paternité.
00:58 Je l'ai pris grâce à vous en voyant votre doc, j'ignorais.
01:00 C'est plusieurs mois...
01:01 Cinq mois de congé paternité.
01:02 Non, c'est plutôt lui qui m'a inspiré ce documentaire, en vérité.
01:05 Et quand il est arrivé à Oslo, sa femme lui a dit
01:07 "Ecoute, mon petit gars, tu vas t'arrêter cinq mois seul avec ton bébé."
01:11 Et il l'a regardé, il lui a dit "Non, mais j'ai jamais de la vie, en fait, ce n'est même pas un rêve."
01:15 Et elle lui a dit "Ah non, mais tu n'as pas compris, en fait, tu n'as pas le choix."
01:17 Donc du jour au lendemain, il s'est retrouvé à faire tout ce que malheureusement beaucoup de femmes font à la maison
01:22 et que les hommes ne connaissent pas, c'est-à-dire non seulement s'occuper de l'enfant,
01:25 du deuxième, avoir la charge mentale, s'occuper du grand, faire le ménage, la cuisine, etc.
01:29 Avant qu'on rentre plus avant dans votre documentaire,
01:32 dès la deuxième minute, vous exposez le principe du doc et puis vous vous présentez vous-même.
01:36 Ah mais pardon, je ne me suis pas présenté.
01:39 Je m'appelle Maxime Rusnievski, j'ai 38 ans,
01:42 je suis entrepreneur spécialiste dans la lutte contre les discriminations.
01:47 Et là je me suis dit "C'est quoi ce métier, entrepreneur spécialiste dans la lutte contre les discriminations ?
01:51 Il y a écrit quoi sur votre passeport ?"
01:53 Je ne sais toujours pas moi-même.
01:55 C'est vrai que j'ai fait beaucoup de métiers dans ma vie.
01:57 Alors attendez, parce que j'ai travaillé en préparant le dossier,
01:59 j'ai découvert que vous étiez le co-créateur de la Fondation des femmes,
02:02 vous avez aussi été le porte-parole de Najat Vallaud-Belkacem au ministère des droits des femmes
02:06 et plus récemment, Le Monde vous présente comme producteur,
02:09 mais également comme soutien politique de Christiane Taubira.
02:12 Est-ce que vous êtes journaliste ? Est-ce que vous êtes militant ?
02:15 Ou les deux joueurs font une drôle de tête, Le Monde, 29 décembre 2020.
02:18 Est-ce que vous êtes journaliste ? Est-ce que vous êtes militant ? Ou est-ce que vous êtes les deux ?
02:21 - Alors non, je n'ai jamais été soutien politique de Christiane Taubira,
02:25 j'ai effectivement dit à un moment donné, bien avant qu'elle souhaite se présenter
02:28 que c'était quelqu'un qui pouvait compter à gauche.
02:30 Donc oui, c'est vrai que je suis un homme de gauche,
02:32 je crois beaucoup en l'égalité de manière générale et à la lutte contre les discriminations.
02:36 - Juste pour finir sur le sujet, Le Monde dit que vous avez co-rédigé une lettre
02:38 qui a été signée par plus de 150 personnes pour l'inciter.
02:40 - Tout à fait. - Donc c'était ça mon info.
02:41 - C'est vrai et même si aujourd'hui je me suis un peu éloigné de la politique
02:44 parce que vous me demandez, je suis entrepreneur,
02:45 oui j'ai une société d'économie sociale et solidaire qui s'appelle Remixte
02:49 et qui permet de lutter contre les discriminations au travail de manière très pratique.
02:53 Sur l'engagement politique, ça fait vraiment partie de moi,
02:55 c'est ce qui m'a amené là où je suis aujourd'hui.
02:57 Mais je crois qu'il y a d'autres formes d'engagement, en tout cas c'est la conviction que j'ai.
03:01 Et c'est vrai qu'à l'époque, c'est peut-être un peu moins le cas aujourd'hui,
03:04 mais en 2012, quand j'étais au cabinet de Najat Vallaud-Belkacem,
03:08 la lutte contre les discriminations, c'était plutôt un sujet de gauche,
03:11 c'est-à-dire qu'il y avait quand même un clivage, d'ailleurs la droite nous tapait dessus,
03:13 en nous disant "voilà, vous voulez faire l'égalité entre les femmes et les hommes, c'est vraiment bizarre".
03:17 Aujourd'hui, je remarque que c'est un peu plus consensuel et que même la droite y va.
03:21 C'est vrai que la politique pour moi c'est très important,
03:24 mais j'ai compris aujourd'hui que mon engagement passerait par autre chose.
03:26 - Mais comme on est une émission en média ici, est-ce que vous êtes un homme de télévision ?
03:29 Est-ce que vous êtes un réalisateur ? Est-ce que vous avez une caméra ?
03:31 Est-ce que vous avez des chargeurs, du son avec vous, une perche ?
03:34 - Alors, je ne sais pas tout faire, je ne suis pas technicien,
03:36 mais d'ailleurs sur ce film, j'ai été beaucoup aidé par Aline Thomas,
03:40 qui j'ai vraiment envie de rendre hommage, qui travaille beaucoup en télévision
03:43 et qui m'a vraiment aidé à donner une deuxième vie à ce projet,
03:46 parce que c'est dur de produire et de réaliser, ça c'est une bonne leçon.
03:49 Et donc non, je ne fais pas tout, mais c'est vrai que j'ai tenu à réaliser ce film
03:52 parce que ça faisait écouter à mes propres interrogations
03:55 est-ce que j'allais devenir père un jour, et filmer ses papas,
03:58 ça m'a vraiment beaucoup inspiré et ça m'a donné envie de croire
04:01 qu'une autre forme de masculinité était possible aussi.
04:04 - Vous êtes justement allé, c'est même une autre forme d'enseignement qui est possible,
04:07 parce que vous êtes allé filmer l'école des papas, je ne savais pas que ça existait,
04:10 ça se passe dans un hôpital à Nogent-sur-Marne,
04:12 on sent que ça ne rigole pas, il y a un animateur, il s'appelle Gilles Wacky de La Baume,
04:17 il a de l'humour, mais quand même, il demande si personne n'a été forcé à venir ici,
04:22 je précise qu'il n'y a que des types dans la pièce.
04:24 - Bonjour, bienvenue, soyez les bienvenus,
04:27 à cet atelier spécial futur papa, entre hommes, c'est magnifique.
04:34 Donc, personne ne vient sous la menace,
04:37 tu as intérêt à y aller, à cet atelier, je t'ai inscrit, c'est bon.
04:40 "Personne ne vient sous la menace", c'est étrange cette remarque,
04:43 ça ne rigole pas chez les nouveaux-pères.
04:45 - Non, d'ailleurs ce personnage, Gilles, est vraiment quelqu'un de très intéressant,
04:50 il déroule comme ça son atelier, il connaît par cœur finalement,
04:53 parce que maintenant il voit les papas depuis un certain nombre de temps,
04:56 mais en fait, en filmant cet atelier complètement surréaliste,
04:59 je me suis replongé 15 ans avant et je me suis dit,
05:01 mais c'est incroyable, jamais ce truc-là aurait pu avoir lieu,
05:04 c'est-à-dire mettre des pères dans une salle pour leur dire comment tu vas apprendre à changer de couille.
05:07 - Bien sûr, non, ma question était, est-ce que les pères viennent là sur l'injonction des mamans ?
05:10 Vous disiez que le Tristan, par exemple, en Norvège, n'avait pas eu le choix.
05:14 - Bon, j'exagère un peu, il était quand même content de le faire,
05:16 mais je pense qu'il y a dans la salle, honnêtement,
05:18 il y a des pères qui ne venaient pas spontanément, ça c'est sûr,
05:20 mais j'ai vu quand même des pères qui étaient motivés, qui avaient envie de bien faire,
05:23 et surtout des pères, c'est ce que j'explique souvent,
05:25 qui ont compris qu'être un père en 2023,
05:28 et bien c'est pas la même chose qu'à 30 ans,
05:30 que oui, en tant qu'homme, on est privilégié,
05:32 il faut le dire, en tant que féministe, je le répète tout le temps,
05:34 mais que le mot privilège, il est intéressant parce qu'aujourd'hui,
05:36 un privilège, c'est peut-être passer plus de temps avec son enfant
05:39 et pas forcément passer sa vie au boulot.
05:40 Et c'est ça que j'ai retrouvé chez ces pères.
05:42 - Dimension très intéressante dans votre documentaire, l'égalité hommes-femmes,
05:46 parce que si le congé paternité était de 5 mois, comme c'est le cas en Norvège,
05:50 peut-être que les salaires seraient égalisés,
05:52 parce que beaucoup d'entrepreneurs rechignent à engager une femme,
05:54 il y en a un qui dit dans votre doc,
05:56 quand on engage une fille de 30 ans,
05:58 on imagine bien qu'elle va avoir un ou deux congés paternités.
06:01 - Absolument.
06:02 - Et donc là, si tout le monde part avec la même règle,
06:04 - Oui, c'est ce qu'on appelle la présomption de maternité.
06:06 Quand on est entrepreneur, moi je suis chef d'entreprise,
06:08 bon, je ne suis pas concerné, mais j'en connais beaucoup,
06:10 ils arrivent, ils voient deux candidats,
06:12 un homme, une femme, de grosso modo 25 ans,
06:14 ils se disent, bon, il y a une chance sur deux
06:15 pour qu'elle, elle me pose un congé maternité.
06:18 Si demain, on a une stricte égalité,
06:20 ce qui est le cas en Espagne, il ne faut pas,
06:21 il est très loin, on n'est pas obligé d'aller en Norvège,
06:23 en Espagne, depuis deux ans,
06:24 on a l'égalité parfaite entre les femmes et les hommes.
06:27 Je vous promets que ça va être la révolution.
06:28 Et toutes les femmes qui nous écoutent le savent,
06:31 c'est un frein dans leur carrière, la naissance du premier enfant.
06:33 Il faut qu'il y ait un alignement.
06:35 Et surtout, ça ne va rien enlever aux hommes,
06:36 parce que Tristan, qui est le personnage principal du film,
06:38 il a de nouveau une très belle carrière.
06:40 Donc, tout va bien, en fait, dans sa vie.
06:42 Et pourtant, il s'est arrêté cinq mois.
06:43 - Documentaire très intéressant à voir demain,
06:46 mercredi 29 à 22h55 sur TVA.
06:49 Il s'appelle "Congé paternité pour tous".
06:51 Il est signé Maxime Rosnievski.
06:53 Merci beaucoup d'avoir été avec nous en direct
06:55 dans Culture Média sur Europe.
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