00:00 Est-ce qu'il y a un endroit comme ça dans la société
00:02 où tu te retrouves avec des gens qui t'as rien à voir,
00:05 où il peut y avoir des parcours de vie ou des choses inavouables,
00:08 de tous âges, etc.
00:09 Le seul endroit où tu peux venir comme tu es.
00:11 Tout le monde est un peu "schlagoué" quelque part dans sa vie.
00:21 On s'est pas dit "tiens, on va faire de la musique engagée,
00:25 on va revendiquer des choses".
00:27 Le truc qui définirait Gwendoline, c'est ça en fait.
00:29 Salut Jacques, c'est Gwendoline.
00:43 On est devant le Terminus Bar.
00:44 C'est là qu'on avait composé plus ou moins le premier album.
00:47 On y va.
00:48 Eh le manette !
00:50 Quand même.
00:52 C'est pas mal.
00:53 C'est pas mal.
00:54 C'est pas mal.
00:55 C'est quand même...
00:56 Ouais, c'est bien.
00:57 C'est bien.
00:58 C'est bien.
00:59 Et ben Annette, c'est la tenancière du Terminus Bar.
01:04 Moi j'ai passé 3-4 ans à habiter en bas de la rue.
01:09 À la base, on était juste deux potes qui se retrouvions.
01:12 Puis c'est venu tout seul,
01:13 vu qu'on était habitués à faire de la musique ensemble,
01:14 on a refait de la musique.
01:15 Puis au bout de 3 semaines, on a fait "Oh, il y a 9 morceaux, bon...
01:18 Allez, on le met sur un bandcamp pour les copains".
01:20 Il s'est rien passé en fait pendant 2 ans
01:22 parce que le disque, on l'a jamais poussé.
01:24 On n'est pas allé voir des gens pour leur dire "écoutez notre musique".
01:27 Sauf que petit à petit, il y a eu des gens qui,
01:30 de par bouche à oreille, s'y sont intéressés.
01:32 On voulait porter le projet.
01:34 Et puis c'est là que, de fil en huille,
01:38 on a été mis un peu sur le devant de la scène avec les troncs.
01:41 Et puis il s'est passé plein de trucs après.
01:51 Dans la salle du fond, là-bas, on pousse le billard en fait.
01:54 Et il y a des gens qui ramènent une sono.
01:57 Du coup, il y a des concerts là.
01:59 Des super concerts d'ailleurs.
02:00 Il y a un truc à scanner,
02:01 puis tu pousses le billard contre le mur là-bas.
02:03 Et quand on a joué, on était plus là.
02:06 Parce que les gens là, comme ça...
02:07 Ouais, il y a des gens là.
02:08 Et puis c'était hyper bien.
02:10 Ça faisait depuis le début, on s'était dit
02:11 si un jour on fait un concert, on pourra jouer au Terminus.
02:14 On est venus à 12h du matin
02:18 Partir en rosette en bobinette
02:22 Avec tous les copains
02:24 Ce qui change ici, c'est qu'il y a une rencontre...
02:26 Enfin, dans des lieux comme ça,
02:27 t'as une rencontre humaine en fait.
02:29 Puis il y a une histoire de contexte, moi,
02:30 ce que j'aime bien aussi,
02:31 où les gens qui regardent le concert,
02:34 ils sont collés à toi.
02:35 Après, tu sors pas par derrière de la scène,
02:37 sur un espace élevé, etc.
02:39 Là, tu es tout de suite avec les gens,
02:41 et tu bois un coup, et tu débriefes, et tu parles.
02:43 Enfin, il y a une vraie rencontre.
02:44 T'as pas ça quand t'es sur une grosse scène
02:47 et que les gens se montrent plus bas.
02:49 Je pense à ce bar aussi, surtout,
03:01 parce que quand on était assis à cette place même,
03:03 d'ailleurs, je crois,
03:04 il y avait Jean-Louis qui organise des concerts
03:06 dans une asso,
03:07 et c'était la fermeture, et il disait
03:09 "Ouais, bon après, c'est gobelet, quoi."
03:12 Et du coup, c'est comme ça qu'on a donné le nom
03:14 de l'album, en fait, ce soir-là.
03:16 De temps en fait, de la journée, on se marrait,
03:18 on buvait des coups dans l'appart,
03:19 on écrivait des trucs à la comm'
03:21 après, on venait là au bar,
03:22 après, on continuait à boire des coups.
03:24 Il se passait autre chose,
03:25 on voyait d'autres gens ici,
03:27 ça nous inspirait,
03:28 on revenait complètement bourrés,
03:30 on continuait à chanter des trucs, etc.
03:33 Enfin, en fait, je pense,
03:34 tout l'esprit qu'il y a eu ici,
03:35 ça a beaucoup nourri.
03:38 "Embrassez-moi de mes embarras,
03:41 embrassez-moi dans le débarras,
03:44 débranchez-moi de mes postulats..."
03:47 Et on avait passé une soirée là,
03:49 comme ça, avec nos carnets,
03:52 on était bien sous,
03:53 et on écrivait plein de choses,
03:55 de tout ce qu'on entendait,
03:56 et puis on est retournés là-bas,
03:58 donc c'était à 100 mètres en bas,
04:00 l'appart de Mickaël et d'Aloïs,
04:02 et puis directement, on enregistrait
04:05 cette phrase qu'on avait trouvée
04:06 qui nous paraissait incroyable,
04:07 et le lendemain, on se réveillait,
04:08 en mode gueule de bois,
04:09 de "non, c'est nul".
04:10 Ça a été un peu ça,
04:11 tout le truc de l'album, en fait.
04:13 C'est inavouable, c'est pas possible,
04:15 et puis à la fin, on l'a sorti,
04:16 parce que ça nous faisait quand même bien marrer.
04:18 Je crois que c'est "Hamser" aussi qu'on a écrit,
04:20 c'est pas magnifique.
04:21 "Chevalier Ricard" aussi,
04:22 le refrain, parce que c'est du monde de DC.
04:24 "Elle a pas de nom,
04:27 elle m'appelle au comptoir,
04:29 chevalier du soir,
04:30 j'ai pas les questions,
04:33 puis racontez d'ici..."
04:34 Le truc qui définirait "Gwen Dolin",
04:37 c'est ça, en fait,
04:38 c'est genre, t'es dans le bar,
04:39 t'es dans cet espèce de monde
04:40 qu'on vient de citer là,
04:42 et quand tu sors du bar,
04:43 tu reviens dans tout le tas
04:46 de gyropodes, de machins,
04:48 de costards, de start-up.
04:51 Du coup, ça crée vraiment
04:52 un parallèle hyper bizarre.
04:54 "Start-up et open space,
04:58 ouais, c'est super viral."
05:01 Je suis la "Gwave", après,
05:03 je pense que tout le monde
05:04 est un peu "schlag-wave"
05:05 quelque part dans sa vie.
05:06 Je pense que le "schlag" en soi,
05:07 ça veut dire que juste
05:09 si t'arrives des couilles
05:10 et que t'as pas vraiment
05:12 la main dessus,
05:13 et tu fais rien pour que
05:14 ça s'arrange,
05:15 t'es même pas en capacité mentale
05:17 de te dire "ah, il faudrait
05:18 que je fasse ça pour que..."
05:19 Du coup, c'est un peu ça,
05:20 je pense, dans la vie
05:21 de tous les jours,
05:22 le mot "schlag".
05:23 Dans la musique, à ce moment-là,
05:24 on était un peu comme ça
05:25 dans notre attitude,
05:26 on savait pas,
05:27 on avait même pas d'objectif,
05:28 et du coup, ben voilà.
05:29 -T'as raison,
05:30 et puis l'album même,
05:31 c'était aussi ça,
05:32 il y avait pas de lendemain,
05:33 on savait pas que ça allait
05:34 être un album,
05:35 on faisait juste des morceaux
05:36 un par un pour se marrer.
05:37 On venait ici,
05:38 tout notre mode de vie,
05:39 il était sans lendemain,
05:41 c'était vraiment une érange,
05:42 c'était bien.
05:43 -Moi, je me disais ça dans ma tête,
05:45 la Terre entière me déteste,
05:47 et du coup,
05:48 je vais ouvrir ma gueule,
05:49 je vais faire une chanson, quoi.
05:51 Mais en aucun cas,
05:52 c'est pour ça qu'on s'était dit
05:53 "vas-y, on va faire un groupe
05:54 de ce truc-là,
05:55 on va faire des concerts."
05:56 C'était vraiment lâcher notre haine
05:59 quelque part au fond de nous,
06:01 tout un truc de société aussi,
06:04 où il y avait la politique
06:05 à ce moment-là,
06:06 où t'avais l'essor d'En Marche.
06:08 -Regardez la ville aussi,
06:10 ce que devait l'ARN,
06:11 tout ça,
06:12 ce qu'on était, nous,
06:13 dans notre vie,
06:14 il y avait ce truc où ça...
06:15 Je sais pas,
06:16 il y avait tout ça qui arrivait,
06:17 et puis en fait,
06:18 nous, on était encore
06:19 un peu comme ça, bloqués,
06:20 un peu en marge,
06:21 on savait pas où on allait.
06:22 -C'est plus que c'était
06:23 vraiment instinctif,
06:25 sans projet, sans avenir,
06:27 on se plaignait juste
06:29 et on rigolait
06:30 de notre propre situation,
06:31 de se plaindre.
06:32 On s'est pas dit,
06:33 "Tiens, on va faire
06:34 de la musique engagée,
06:35 on va revendiquer des choses."
06:36 -Il y a un effondrement
06:49 du bistrot, en général.
06:51 -Faudrait en parler avec Annette,
06:52 plutôt que sur la rivière.
06:53 -Je sais pas,
06:54 l'autre fois,
06:55 je suis allé dans un bar
06:56 et en fait, le ricard,
06:57 il était à 4 balles.
06:58 Et je me demandais
06:59 pourquoi il est à 4 balles,
07:00 le ricard,
07:01 et on me le fait
07:02 parce que je veux pas
07:03 qu'il y ait de poivreaux
07:04 qui viennent picoler la journée.
07:05 C'est peut-être
07:06 l'état d'esprit, en fait,
07:07 juste des gens
07:08 qui veulent entreprendre des choses
07:09 et faire du fric,
07:10 qui se disent des trucs comme ça,
07:11 qui sont dans le refus
07:12 d'accepter un peu
07:13 la tristesse de certains.
07:14 -Est-ce qu'il y a
07:15 un endroit comme ça
07:16 dans la société
07:17 où tu te retrouves
07:18 avec des gens
07:19 qui t'ont rien à voir,
07:20 qui peuvent avoir
07:21 des parcours de vie
07:22 ou des choses inavoidables,
07:23 de tous âges, etc.?
07:24 Et en fait,
07:25 d'un coup, tu t'en fous.
07:26 Le seul truc qui compte,
07:27 c'est que tu vas parler
07:28 de n'importe quoi,
07:29 de la boisson,
07:30 de ses seins.
07:31 -Que tu sois triste
07:32 ou heureux,
07:33 tu pourras toujours
07:34 trouver quelque part
07:35 un réconfort
07:36 que tu bois de la tise
07:37 ou pas.
07:38 Internet, en fait,
07:39 c'est arrivé,
07:40 t'as les téléphones,
07:41 machin,
07:42 où les gens
07:43 peuvent se rencontrer
07:44 différemment.
07:45 Et du coup,
07:46 ça a dû changer aussi,
07:47 c'est la donne
07:48 à ce niveau-là
07:49 où on n'a plus besoin
07:50 de lieux un peu fun
07:51 où on peut se rencontrer
07:52 à l'arrache.
07:53 -Ouais, alors le bistrot idéal,
08:06 ça serait déjà une personne
08:07 qui est tout le temps là,
08:08 c'est son lieu.
08:09 Il y aurait un mélange
08:10 de bistrot de quartier
08:11 avec des gens
08:12 juste qui habitent
08:13 à cet endroit-là
08:14 et qui viennent,
08:15 tous confondus
08:16 en termes d'âge, etc.
08:17 Et puis quand même,
08:18 un accès à la culture
08:19 avec des clés,
08:20 avec de la culture,
08:21 avec des concerts.
08:22 -Bonne idée d'ouvrir un bar.
08:23 Le terminal, ouais.
08:27 -Ça serait...
08:29 Ouais, ça serait bien
08:30 d'ouvrir un bar.
08:31 ...
08:32 ...
08:33 ...
08:34 ...
08:35 ...
08:37 ...
08:39 ...
08:40 Merci à tous !
08:42 [SILENCE]
Commentaires