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  • il y a 3 ans

Chaque jour, Romain Desarbres et ses invités font un point complet sur l'actualité.
Retrouvez "Europe 1 Midi" sur : http://www.europe1.fr/emissions/europe-1-midi3

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Transcription
00:00 Europe 1 Midi, Wilfried de Villers.
00:03 Midi 47 sur Europe 1, pas question d'un accord avec la Sécurité sociale.
00:08 Les deux principaux syndicats de médecins libéraux ont rejeté à l'unanimité la
00:12 proposition de la Sécu hier soir.
00:14 Elle portait notamment sur une revalorisation des tarifs des consultations de 26,50€ à
00:19 30€ au lieu de 25€ actuellement, mais sous certaines conditions.
00:24 Pour en parler, nous sommes en ligne avec le docteur Jérôme Marti.
00:27 Bonjour Jérôme Marti.
00:28 Bonjour.
00:29 Vous êtes président de l'Union française pour une médecine libre.
00:32 Alors, les médecins ne veulent pas de cet accord avec la Sécu.
00:36 François Braune, le ministre de la Santé, a taxé ce matin les syndicats d'irresponsables
00:41 après leur rejet de l'accord.
00:42 Une réaction aux propos du ministre Jérôme Marti ?
00:44 À travers les syndicats, c'est l'ensemble des médecins qu'ils traitent d'irresponsables.
00:49 Voilà.
00:50 C'est le symbole même des non-négociations que l'on vient de vivre.
00:53 C'est le symbole même d'un gouvernement qui cherche à passer en force et qui confond
00:57 les médecins avec des salariés qu'il aurait, mais des salariés pour lesquels il ne respecterait
01:02 pas les lois du travail.
01:03 Voilà où on en est.
01:04 Vous avez jusqu'à mardi soir pour accepter ou non le passage du tarif à 26,50€.
01:08 Alors, on se doute bien que ça ne passera sûrement pas, mais les lignes ne vont pas
01:13 du tout bouger d'ici à demain Jérôme Marti ?
01:14 Non, ça je peux vous affirmer que les lignes ne bougeront pas et que les syndicats dans
01:18 leur ensemble ne signeront pas cette convention.
01:21 C'est une évidence.
01:22 Donc, quand on parle d'unanimité, tout le monde est très soudé sur la question.
01:26 C'est historique, cette unanimité est historique puisque nous avons des différences entre
01:30 nous, mais c'est le problème du bénéfice-risque.
01:33 Devant un risque qui est un risque majeur à la fois pour les médecins et les patients,
01:36 nous faisons front et je crois que cette défaite est à mettre à la boutonnière du président Macron.
01:41 Le point de blocage principal, Jérôme Marti, c'est le tarif des consultations.
01:46 Le gouvernement propose de passer à 26,50€, ça c'est le minimum, ce sera pour tout le
01:50 monde, jusqu'à 30€.
01:52 Mais alors là, c'est seulement si les médecins travaillent plus ou s'engagent à exercer,
01:56 notamment dans un désert médical, ce n'est pas la bonne solution selon vous, Jérôme Marti ?
02:01 Le point de blocage principal, il est à l'engagement territorial, vous l'avez dit, il est au fait
02:05 de dire "on vous augmentera, mais vous devez vous engager".
02:08 Vous avez face à vous une profession qui n'a jamais démérité, qui n'a jamais quitté
02:13 le soin et qui a toujours été là.
02:14 Le seul truc, c'est qu'on fait face aux dégradations du système qui sont en lien
02:19 avec les politiques sanitaires successives depuis des années.
02:21 Et donc on s'épuise, on s'épuise à faire face.
02:24 Nombreux sont les médecins qui déplaquent parce qu'ils sont atteints par cet épuisement.
02:28 On a une profession qui, pour plus de 50%, est au-delà de 52 ans, avec des gens qui
02:33 donc depuis 25 ans travaillent 55 heures par semaine sans les gardes.
02:36 Et on leur dit "vous allez en faire plus".
02:37 En faire plus, ça veut dire quoi ? Ça veut dire que vous allez allouer, allez, 5 minutes,
02:41 10 minutes maximum à chaque patient pour avoir toujours plus de patients, toujours plus de
02:44 patients.
02:45 Mais ce n'est pas ce qu'on veut.
02:46 Nous on veut une médecine qui soit une médecine de qualité et surtout, on veut que des jeunes
02:49 s'installent, qu'on favorise cette installation par l'attractivité du métier et ce n'est
02:53 pas le choix du gouvernement.
02:54 Jérôme Martien, on entend votre indignation, voire votre colère, mais finalement, comment
03:00 on fait pour résoudre le problème des déserts médicaux ? Si les médecins ne veulent pas
03:03 y aller et si, comme vous le dites, on ne peut pas les forcer à y aller, c'est quoi
03:08 la solution ?
03:09 C'est d'organiser de vraies négociations.
03:11 Là, on vient de vivre 4 mois où nous n'avons jamais eu les documents avant de discuter,
03:16 où on a obtenu le texte de la convention vendredi soir à minuit et demi, alors que
03:21 normalement on l'a 15 jours avant la fin, où on nous a changé les horaires au dernier
03:25 moment, etc.
03:26 Et on ne nous a jamais écouté autrement que par des sourires discrets.
03:31 On parle de négociation et on parle de partenariat.
03:37 Il faut qu'ils apprennent à construire avec leurs partenaires.
03:40 Jérôme Marti, ce serait quoi pour vous les contreparties que vous pourriez accepter,
03:47 que les médecins pourraient accepter ? Vous parliez notamment d'une consultation à 50
03:52 euros.
03:53 Aucun engagement qui ressemble à un contrat de travail déguisé.
03:58 Là, actuellement, c'est un contrat de travail déguisé avec un employeur qui ne respecterait
04:03 pas les codes du travail, puisqu'on nous demande par exemple d'ouvrir nos cabinets
04:06 50 semaines par an, de dosser notre patiente de 50 patients par an, ce qui quand même
04:13 en 5 ans fait 250 patients de plus, ou de répondre aux services d'accès aux soins,
04:18 c'est-à-dire aux appels du SAMU, plus de 5 fois par mois, qui sont des choses où on
04:21 n'a pas la main dessus.
04:22 On ne peut pas décider de ça.
04:23 Moi, si j'ai un médecin qui s'implante à côté de chez moi, et je le souhaite,
04:27 à l'évidence, je ne pourrais pas augmenter mon nombre de patients.
04:31 Donc, on nous demande des choses impossibles, parce qu'en fait, on veut résoudre vite
04:34 vite vite une problématique, sans penser à ce que l'on va faire pour demain.
04:38 Vous savez à quoi ça me fait penser ? Ça me fait penser à cette époque où on a
04:41 diminué le numéro de sclerosis, diminué le nombre de médecins, pour résoudre un
04:44 problème sur l'instant, sans penser à ce qui allait arriver 10 ans plus tard.
04:47 Et c'est ce qu'on est en train de mettre en place là.
04:48 Mais Jean-Martin, on vous entend, mais si dès demain, dans les semaines à venir, on
04:54 veut régler le problème des déserts médicaux, qu'est-ce qu'on fait ? C'est quoi la solution ?
04:58 Alors, plusieurs choses.
04:59 D'abord, on l'a proposé, on simplifie, on facilite et on nettoie nos professions.
05:04 On enlève un grand nombre d'actes qui aujourd'hui ne veulent plus rien dire et nous prennent
05:07 du temps.
05:08 On diminue la pression administrative.
05:10 On facilite les installations, c'est-à-dire on facilite la possibilité d'exercer dans
05:14 des cabinets multi-sites à plusieurs endroits à la fois.
05:16 On facilite le fait que si l'on veut allouer un temps de travail où, dans une zone qui
05:21 est déficitaire, le médecin puisse se faire remplacer d'une seule activité quotidienne.
05:25 Ce n'est pas le cas aujourd'hui.
05:26 Donc toutes ces choses-là, on les met en place.
05:28 Et puis, évidemment, on donne une plus grande attractivité financière à cette profession
05:32 qui n'a pas été revalorisée depuis des années et des années.
05:35 On ose aller vers la moyenne européenne, et c'est ce qu'on avait demandé nous sur plusieurs
05:38 années, sous close de revoyure avec l'assurance maladie.
05:41 C'est-à-dire on leur a dit « vous nous augmentez les tarifs chaque année et pas une fois tous
05:45 les cinq ans, chaque année ». Et nous, on s'engage à mieux prendre en charge les patients
05:49 qui ont des pathologies chroniques, les patients qui sont atteints par des addictions, etc.
05:53 On a des économies d'échelle qui sont extrêmement importantes, 144 milliards par an de dépenses.
05:58 Si l'on gagne 1% là-dessus, si l'État dépense 1 euro, il en gagne 5.
06:03 C'est un vrai investissement.
06:04 J'ai remarti, vous parliez du tarif des consultations, d'une revalorisation.
06:10 J'aimerais à ce sujet qu'on écoute Marie-Christine qui nous appelle de l'Oise.
06:14 Bonjour Marie-Christine.
06:15 Bonjour à tous et merci de prendre mon appel.
06:19 Alors, pour vous, ce que vous dites, c'est qu'il faut une revalorisation ? C'est ça
06:23 de l'acte médical de la consultation ?
06:25 Alors pour moi, oui, ça me semble indispensable de faire une revalorisation.
06:31 Il ne faut quand même pas oublier que ce sont des personnes qui ont des vies entre
06:34 leurs mains.
06:35 Il y a beaucoup d'études, beaucoup d'années d'études.
06:38 C'est un travail qui est très difficile aussi psychologiquement.
06:42 Quand on a des cas, il y a des cas graves, le médecin doit prendre le temps de parler.
06:49 Je le sais parce que moi je l'ai vécu personnellement pour mon époux qui a été touché par une
06:53 ALD.
06:54 Donc le médecin, c'est vraiment notre référent.
06:58 Il prend du temps, on lui pose des questions.
07:00 Et moi, je trouve que cette revalorisation à 26,50 euros, enfin je vais peut-être être
07:05 grossière mais c'est du foutage de gueule.
07:08 Enfin, je veux dire, les médecins ne font pas l'aumône.
07:10 Moi, je trouve que le minimum, ce serait 30 euros pour une consultation ordinaire et
07:16 pour une consultation beaucoup plus complexe, un minimum de 50 euros.
07:20 Alors, on demande aux médecins de travailler plus.
07:23 Tout le monde veut travailler moins aujourd'hui.
07:26 Il y a certaines personnes qui prônent la paresse.
07:29 Et là, on va demander aux médecins de travailler, j'entendais le monsieur parler avant, on
07:35 va demander de travailler 50 semaines sur 52.
07:37 Donc ça voudrait dire deux semaines de congé.
07:39 Non, les médecins ont le droit aussi à une vie, je pense, personnelle et familiale.
07:47 Et je trouve qu'ils en font déjà beaucoup.
07:50 Et pareil, on demande de travailler les week-ends, le samedi, dimanche.
07:53 Moi, je suis en Picardie, c'est quand même une région où on a une carence en médecins.
07:58 On a des maisons de santé qui assurent des gardes le samedi, dimanche.
08:01 Et bon, même si le médecin est là le samedi, dimanche, le lundi, il est à son travail aussi.
08:09 Déjà dans notre région, dans certaines maisons de santé, quand le médecin est de
08:13 garde, il travaille six jours sur sept, tant qu'il est un jour de repos dans la semaine.
08:17 Merci Marie-Christine pour votre témoignage.
08:21 Dr Jérôme Marti, je rappelle que vous êtes président de l'Union française pour une
08:24 médecine libre.
08:25 Marie-Christine, à l'instant, vous parliez d'une différenciation en fonction des consultations.
08:29 30 euros pour des consultations, disons, d'actes simples, 50 euros pour des consultations d'actes
08:35 plus complexes.
08:36 Est-ce que pour vous, ce serait une bonne solution, ça ?
08:38 Non, mais ça a été exposé dans cette convention, sauf que vous ne pouviez accéder aux consultations
08:43 complexes et très complexes que si vous signiez ce fameux engagement, si vous rentriez dans
08:47 ce fameux engagement.
08:48 Ce qui ne nous fait pas peur, c'est la quantité de travail, ne nous fait pas peur.
08:51 Vous avez des professions qui travaillent 55 heures par semaine.
08:53 Non, ce que l'on ne veut pas, c'est que l'on nous oblige à allouer très très peu de temps
08:58 à nos patients et à ne pas faire une bonne médecine.
09:01 Ça, c'est la première chose.
09:02 Sur les consultations complexes, il y a des syndicats, les portes.
09:05 Moi, ce n'est pas notre cas.
09:07 Moi, j'ai pour faiblesse de dire qu'après 25 ans de pratique, je ne sais toujours pas
09:11 ce qu'est une consultation facile.
09:13 Moi, je crois qu'il faut qu'on ait un tarif de base, qu'il soit un vrai tarif de base
09:17 pour faire de l'attractivité, pour faire face à l'inflation, pour maintenir nos entreprises
09:21 médicales en l'état et pouvoir faire de la qualité.
09:24 Et puis ensuite, on discute et puis on aménage les conventions.
09:27 Mais la base, c'est qu'il y ait un tarif qui soit un tarif digne de ce nom pour la médecine
09:30 libérale.
09:31 Merci beaucoup Dr Jérôme Marti, président de l'Union française pour une médecine libre.
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