00:00 Et on en parle avec Benjamin Duhamel et Laurent Neumann, le président de la République, qui est arrivé à Rungis un petit peu après 5h30,
00:06 une déambulation au milieu des pavillons.
00:09 On écoute le président.
00:10 Il y a eu des débordements. Ils ont été sanctionnés comme les règlements à l'Assemblée le prévoient.
00:15 Mais il faut que le débat se joue. Le débat doit être démocratique. Il est parfois animé, parfois nocturne.
00:21 Il faut qu'on prenne un peu de distance collectivement avec tout ça.
00:23 Je pense qu'on parle de l'avenir de nos compatriotes. Il faut donc que ça se fasse dans le respect, dans le calme, dans l'esprit de responsabilité collective.
00:31 Mais j'ai confiance dans l'ensemble des parlementaires, parce que ce sont les élus de la République, qu'ils soient à l'Assemblée nationale ou au Sénat, pour le faire vivre.
00:38 Et ils ont un rôle important.
00:40 Certains ont bien appris ce spectacle.
00:42 Mais vous savez, la République, c'est plus grand que nous.
00:46 Et donc moi, j'ai confiance dans les élus de la République.
00:48 Et ils ont un mandat et ils ont une responsabilité, mais ils ont aussi la confiance de nos compatriotes. Ils sont là.
00:54 Donc il ne faut pas venir de bon matin en disant « ceux-ci se comportent bien, ceux-ci ne se comportent pas bien ».
01:01 C'est leur responsabilité. Il y a un règlement à l'Assemblée.
01:04 Mais la République, elle tient aussi par la dignité que chacune et chacun met dans sa fonction, mais par le respect qu'on doit à chacune et chacun.
01:11 Tous les élus de la République ont été élus. Ils sont dans le cadre de la République, à l'Assemblée nationale.
01:15 Et il faut tous aussi qu'on sache s'en souvenir.
01:17 Allez.
01:19 Le président de la République qui termine cette visite de pratiquement 3 heures au marché d'intérêt national
01:25 avec ce premier commentaire au sujet des incidents survenus évidemment pendant toutes les semaines de débats à l'Assemblée, les deux semaines.
01:32 Le ton est à l'apaisement, Laurent Neman.
01:34 Oui, absolument. On a même un président qui semble prendre de la hauteur, qui voit les choses d'en haut.
01:39 Certes, il redescend dans l'arène en allant à Rungis au contact des Français qui travaillent.
01:44 Mais c'est vrai que depuis plusieurs semaines, il s'est tenu à l'écart du débat parlementaire.
01:48 Et d'ailleurs, il choisit le moment où les parlementaires sont en vacances pour retourner sur le terrain, ce matin à Rungis, vendredi au salon de l'agriculture.
01:56 Et peut-être une remarque, il va à Rungis, mais il ne va pas n'importe où à Rungis.
02:00 Il va dans la division de Rungis qui est la plus dure, où le travail est le plus dur.
02:04 Il est dans la division des carcasses de viande où les bouchers passent leur journée, leur nuit à débiter des carcasses de viande.
02:11 Il n'y a pas plus dur comme métier. Et c'est cet endroit-là qu'il choisit d'aller visiter pour parler, évidemment, de la réforme des retraits et de la valeur travail.
02:20 — De la valeur travail. On l'écoute. — C'est le travail qui vous permet de construire votre avenir, de construire celui de votre famille.
02:26 Le travail doit continuer de mieux être rémunéré. On doit continuer d'avoir le progrès par le travail. Et donc on doit penser les carrières.
02:33 Et on doit aussi adapter les carrières, parce que c'est vrai que quand on travaille de nuit en portant des charges, à partir d'un certain âge,
02:39 il faut que la carrière puisse évoluer, qu'on puisse travailler moins longtemps, qu'on puisse se reconvertir et que ce soit pris en compte dans la retraite.
02:44 — L'éloge de la valeur travail qui s'oppose à quoi, M. Duhamel ? Ou à qui ?
02:49 — Qui peut s'opposer à ce que l'on a entendu sur le droit à la paroissité. — À la loisissité.
02:54 — Voilà, c'est un mot qu'utilisait Elisabeth Borne hier soir, en tout cas sur deux conceptions du travail différent.
02:57 Ce qui est intéressant dans ce que dit Emmanuel Macron, c'est, un, le fait d'insister sur les mesures d'accompagnement,
03:02 parce que précisément, ceux qu'Emmanuel Macron va voir à Rungis demandent des mesures d'accompagnement.
03:06 Il était d'ailleurs interpellé sur la pénibilité. C'est aussi une façon, dans la pédagogie de la réforme des retraites,
03:10 de l'inscrire dans un dessin, un tableau plus global, au fond, ce que dit Emmanuel Macron,
03:14 c'est qu'on fait cette réforme pour accroître la demande de travail et l'offre de travail général pour la prospérité.
03:19 Et malgré tout, une sorte de paradoxe, cette ancienne Sarkozy, ce qui est reprise pour ceux qui se lèvent tôt,
03:25 ceux qui travaillent tôt, est un petit peu en décalage avec ce que les Français disent à longueur d'enquêtes d'opinion aujourd'hui,
03:30 c'est-à-dire on veut pas tant travailler plus que travailler moins ou travailler différemment,
03:35 comme s'il y avait une sorte de décalage entre le fait de se rendre à Rungis, de faire l'éloge de ceux qui travaillent tôt,
03:40 et la demande sur une conception différente, ou du moins qui évolue par rapport à il y a une quinzaine d'années sur le travail.
03:45 Tonalité qui est à l'apaisement, mais sur le fond, pas d'inflexion.
03:48 Ah non, pas d'inflexion. Vous avez vu qu'il ne remet absolument pas en cause la fameuse mesure d'âge,
03:54 parce que c'est pour cela que les gens sont contre cette réforme et descendent dans la rue.
03:58 En revanche, oui, Benjamin a raison, il insiste sur toutes les mesures d'accompagnement, notamment la pénibilité au travail.
04:05 Et puis pardon, il parle aussi, pas simplement aux électeurs, il parle aussi à cette droite parlementaire.
04:10 Le texte arrive au Sénat, la droite parlementaire qui a cette valeur travail chevillée au corps,
04:15 qui se bat pour ça depuis 10 ans, 15 ans, 20 ans, sous Nicolas Sarkozy, la fameuse France qui se lève tôt.
04:21 Il a besoin du soutien des parlementaires de droite, enfin des sénateurs de droite,
04:25 puis des députés de droite lorsque le texte reviendra à l'Assemblée.
04:28 Donc il leur envoie quand même des messages. C'est un peu cousu de fil blanc.
04:32 Benjamin Duhamel, s'il retourne dans l'arène pour faire le service à prévente de la réforme des retraites,
04:36 c'est parce qu'il estime que le travail n'a pas été assez bien fait en amont ?
04:40 Souvent, Emmanuel Macron considère qu'on n'est jamais mieux servi que par soi-même.
04:44 Et il faut dire que de ce point de vue-là, il a eu un certain nombre d'exemples.
04:46 La complication gouvernementale partant parfois, si vous me permettez l'expression, un petit peu dans tous les sens,
04:51 d'où une volonté de simplifier en en appelant au bon sens des Français sur le thème "il faut travailler plus longtemps".
04:57 Là, petit risque de décalage là encore, parce que les Français dans les sondages...
04:59 On va l'écouter.
04:59 Écoutons-le.
05:01 Je pense que tout le monde a du bon sens dans notre pays.
05:03 Dans l'ensemble, les gens savent que oui, il faut travailler un peu plus longtemps en moyenne tous,
05:08 parce que sinon, on ne pourra pas bien financer nos retraites.
05:10 Cette réforme, elle permet de créer plus de richesses pour le pays, parce qu'on va avoir plus d'heures travaillées.
05:15 Si on a plus d'heures travaillées dans le pays, il faut créer plus de richesses,
05:18 il faut réindustrialiser davantage le pays.
05:20 Et cette réindustrialisation, c'est celle qui permet de financer l'éducation, la santé.
05:24 Ils savent peut-être qu'il faut travailler davantage, mais ils n'en ont pas forcément envie.
05:28 Mais non, mais non, c'est d'ailleurs ça qui pose un problème dans cette réforme.
05:32 Qu'il falle travailler plus, cette idée-là, elle peut être satisfaisante,
05:36 mais lorsque vous l'appliquez à vous-même au quotidien,
05:39 le rapport des Français au travail a considérablement changé depuis le Covid,
05:43 mais en réalité, bien avant.
05:44 Donc, il faut faire cette pédagogie.
05:47 Attention, Emmanuel Macron n'a rien dit pendant tout le débat parlementaire.
05:51 Mais ne vous y trompez pas, c'est lui qui décide de tout.
05:54 C'est lui qui tranche au bout du compte lorsque la loi reviendra à l'Assemblée
05:58 et qu'il faudra sans doute encore faire quelques concessions
06:01 pour s'attirer les bonnes grâces des députés de droite.
06:04 C'est lui qui décidera sans doute au bout du compte jusqu'où on peut aller,
06:08 quelles sont les concessions que l'on peut faire,
06:10 jusqu'où on peut dénaturer cette fameuse réforme.
06:13 Mais les 64 ans, vous avez mille fois raison, il n'est même pas question de revenir dessus.
06:18 Il a été rattrapé également par les autres sujets du moment, l'inflation par exemple.
06:23 Absolument, avec le président de la République qui parle dans un échange avec un Français
06:27 de la possibilité d'un nouveau geste sur le diesel.
06:30 Et à l'instant, ce que me rapporte...
06:32 On va écouter ce que dit le président.
06:35 Pour nos compatriotes qui sont les plus modestes
06:37 et pour qui c'est très dur de boucler la fin du mois,
06:40 donc on a mis en place des dispositifs d'aide.
06:42 Ils ne sont pas toujours suffisants, on le sait bien.
06:44 Donc là, il faut qu'on tienne.
06:45 Je pense que c'est ce semestre qu'on aura sans doute le pic de cette inflation.
06:49 Un mot sur le diesel. Qu'est-ce qu'il dit précisément sur le diesel ?
06:52 Un geste sur le diesel ?
06:53 Il dit qu'il faut un geste, mais on a du mal à savoir si c'est de l'État
06:56 ou s'il parle de la possibilité de...
06:58 C'est un peu contract, on traduit.
06:59 Un geste pour le diesel.
07:01 Il y a peu de chances qu'on revienne à un système universel
07:04 qui bénéficierait à tous les automobilistes.
07:05 On a mis en place un chèque carburant pour 10 millions de foyers de 100 euros.
07:09 Je ne pense pas que l'État fera quelque chose.
07:10 Il pense peut-être à la proposition de Total,
07:13 qui a promis dans les stations Total de faire un geste sur le gazole
07:16 si on passait les 2 euros le litre.
07:18 On est à 1,79 en moyenne nationale aujourd'hui, on est loin.
07:21 Pour préciser ce que dit Emmanuel Macron,
07:22 la discussion doit se finaliser avec les entreprises concernées,
07:25 comme ça avait été fait l'année dernière avec l'arrêt Sournes à la pompe.
07:27 Ce que dit donc Emmanuel Macron, c'est un appel supplémentaire
07:31 à ce qu'avait laissé en temps de Patrick Pouyanné, le patron de Total,
07:33 la possibilité de faire un geste sur le diesel.
07:35 Donc plutôt du côté des entreprises,
07:36 plutôt que de l'État qui a déjà fait cette indemnité carburante.
07:39 Rangis ce matin, ce sera le Salon de l'Agriculture, l'inauguration samedi.
07:42 Ça s'est bien passé ce matin, c'était relativement tranquille.
07:44 Ça s'est plutôt bien passé.
07:46 Ça risque d'être une autre paire de manches au Salon de l'Agriculture.
07:49 D'abord parce que ça va durer de nombreuses heures,
07:52 qu'il y aura du public et qu'il sera sans doute interpellé,
07:54 bien sûr sur la réforme des retraites, sur l'inflation, le bouclier tarifaire,
07:58 le prix de l'essence, tous les sujets qui concernent la vie quotidienne des Français, évidemment.